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ADMINISTRATION DE L’ASSEMBLEE NATIONALE : Quand les retraités s’accrochent à leurs postes

vendredi 6 octobre 2017


Retraitée depuis des années, la Sg de l’Assemblée « s’oublie » et continue d’envoyer les autres à la retraite. Ce que refuse son adjoint, retraité lui aussi depuis le mois passé, selon une source. Le patron de la comptabilité, à la retraite depuis 6 ans, est aussi toujours aux commandes. Ces deux derniers, des piliers du régime dans le Sine et le Ndoucoumane, ont visiblement une « immunité politique » contre la retraite. Pendant ce temps, des employés, en particulier des chauffeurs, peinent à avoir un contrat en bonne et due forme et vivent dans l’instabilité et la précarité.

Celle dont tous les employés parlent, en sa présence ou dans son dos, c’est bien la secrétaire générale de l’institution, Marie Joséphine Diallo. Le premier reproche qu’on lui fait, c’est de s’accrocher à son poste, alors qu’elle a largement dépassé l’âge de la retraite. « Elle devait aller à la retraite depuis 2011. Quant Niasse est arrivé en 2012, elle a tout fait pour être reconduite. Elle leur a trouvé une audience avec le président Niasse. Et à l’audience, les syndicalistes, représentants du personnel, ont plaidé pour son maintien. Niasse ne pouvait pas faire autrement que de la laisser en place, du moment que ce sont les travailleurs qui ont demandé qu’elle reste », nous souffle une source anonyme. Cette dernière d’ajouter, dans un brin d’humour : « elle refuse d’aller à la retraite, alors que c’est elle qui signe les départs à la retraite des autres ». Une situation qui commence même à nourrir des actes de rébellion, selon notre interlocuteur. « Il arrive qu’un employé, à qui on a par exemple remis une demande d’explication, rouspète en disant qu’elle est à la retraite et qu’elle n’a plus rien à faire à l’Assemblée », explique-t-il. Et d’ajouter : « Ici, tout passe par elle avant d’aller à Niasse ».

Son adjoint Baye Niasse Cissé, à la retraite depuis le mois dernier, entend rester lui aussi

Le plus cocasse dans cette situation est que le secrétaire général adjoint est appelé à faire valoir ses droits à la retraite, lui aussi, depuis le mois passé. Mais, à en croire notre source, Baye Niasse Cissé ne compte pas bouger d’un iota, du moment que son supérieur (la Sg) est à la retraite depuis 2011, mais garde toujours son poste. « On parlait du cas de la secrétaire générale, maintenant la situation s’est compliquée, car son adjoint est aussi à la retraite depuis le mois passé. C’était un responsable de l’Afp et maire de Nganda, mais il a quitté l’Afp pour l’Apr et ses relations avec Niasse ne sont plus ce qu’elles étaient. Niasse a là une occasion de les envoyer à la retraite tous les deux, mais il veut maintenir encore la secrétaire générale. Devant cette situation, son adjoint ne veut pas partir lui aussi. C’est cette situation qu’on vit ici actuellement », déplore un employé de l’Institution. Seulement, Baye Niasse Cissé est un pion essentiel de l’Apr dans le Ndoucoumane.

Le Directeur de la comptabilité, également à la retraite depuis 2011, est encore bien parti pour rester

La Sg et son adjoint ne sont pas les seuls atteints par l’âge de la retraite. Notre source cite aussi un agent qui tient lui-aussi un poste stratégique à l’Assemblée, bien avant l’arrivée de Macky Sall au pouvoir. « Il y a aussi le directeur de la comptabilité, Thierno Amadou Diaw, qui est dans la même situation. Lui aussi devait aller à la retraite depuis 2011. Mais il est toujours là. Lui et la secrétaire générale font la pluie et le beau temps à l’Assemblée », note notre interlocuteur. Et il va encore rester longtemps, du moins pendant tout le régime Sall, qui lui doit une fière chandelle. Apolitique à l’époque, il a été conduit quasiment de force dans l’arène politique en 2012, par Macky Sall, qui avait à cœur de gagner Diakhao (Sine).

Les chauffeurs dans le flou : Même leur délégué ne connaît pas leur nombre exact

S’il y a des employés qui broient du noir à l’Assemblée, ce sont les chauffeurs, qui vivent dans l’instabilité permanente. « Depuis l’arrivée du régime de Me Wade, il n’y a plus d’embauche. Quand ils sont arrivés, au lieu de considérer que les chauffeurs qui étaient là sont des chauffeurs de l’Assemblée, ils se sont dit que ce sont des chauffeurs du régime Ps et ils ont rompu tous les contrats. Seuls nous, qui sommes des décisionnaires, sommes restés. J’ai fait 35 ans ici. Depuis le régime Wade, seuls les membres du bureau (vice-présidents, secrétaires élus, questeurs) ont le droit de prendre des chauffeurs sous contrat. Des contrats liés à la fonction. Cela veut dire que quand un membre du bureau perd son poste dans le bureau, son chauffeur perd aussi son poste. D’ailleurs, depuis lors, beaucoup de chauffeurs sont partis », a déclaré Ibra Ndiaye, délégué des chauffeurs. Et la situation est d’autant plus confuse et compliquée que lui-même ne sait pas combien il y a aujourd’hui de chauffeurs à l’Assemblée. « Pour être honnête, je ne peux pas vous dire combien de chauffeurs il y a à l’Assemblée. Même les décisionnaires, comme moi, je ne peux pas vous dire combien ils sont », ajoute-t-il. Mais, un des doyens de l’Assemblée, Lamine Diouf, Sg du Syndicat autonome des chauffeurs de l’Assemblée nationale et des institutions parlementaires, un ancien chauffeur arrivé dans l’institution en 1970, a levé un coin du voile. Dans une correspondance datée du 24 janvier 2017, envoyée à Niasse, il évoque la situation des chauffeurs avec force détails. « Lorsqu’on vous dit qu’il y a 80 chauffeurs à l’Assemblée, moi je dis non, puisqu’il n’y a que 36 chauffeurs en activité et 30 autres qui sont partis à la retraite. Depuis les législatures passées, il n’y a que 7 autres chauffeurs qui sont là », soulignait-il à l’intention du patron de l’institution.

Un chauffeur d’un conseiller de Niasse touche 50.000/mois

Parmi ces chauffeurs cités, certains travaillent pour des membres du cabinet du président, avec souvent des miettes. « Dans tout le cabinet du président, seul le chauffeur du directeur de cabinet est embauché. Tous les autres sont payés par les conseillers et autres qui les emploient. Et vous imaginez que, dans ce cas, les salaires ne peuvent pas être importants. Je connais un chauffeur d’un conseiller technique de Niasse qui touche 50.000 F Cfa. C’est dérisoire », note notre interlocuteur, qui se désole que les jours de session, par exemple, ces chauffeurs passent toute la journée à l’Assemblée sans aucune prise en charge en termes de repas, alors que leurs patrons ont des frais de repas de 6000 F Cfa. Pire, notre source note : « le chauffeur d’un homme d’affaires influent et proche du pouvoir est embauché à l’Assemblée nationale, alors qu’il n’y travaille pas ».

Un député en business avec l’Assemblée pour des terrains au Lac Rose

Dans le souci de participer à l’épanouissement de son personnel, l’Assemblée nationale a trouvé des terrains vers le Lac Rose. Des terrains cédés d’ailleurs par un député, en l’occurrence l’homme d’affaires Diop Sy. Mais, selon certains témoignages, la distribution de ces terrains est entourée d’une nébuleuse. « L’histoire de ces terrains fournis par Diop Sy, vers le Lac Rose, est très intéressante. Car elle risque de mettre à nu toutes les choses pas nettes au niveau du personnel. Le président (Niasse) avait demandé de faire la liste de tous les employés concernés. Mais on n’a pas voulu dresser cette liste. La secrétaire général a demandé qu’on la laisse faire la distribution », note notre source.

Mbaye THIANDOUM

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