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AFRIQUE-RWANDA-POLITIQUE Boris Diop : "Le Sénégal n’a rien à faire dans le dossier de Victoire Ingabiré"

mardi 15 mai 2012

Le Sénégal n’a rien à faire dans le dossier de Victoire Ingabiré, du nom de l’opposante rwandaise, actuellement emprisonnée dans son pays, a affirmé l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop pour qui, une intervention sénégalaise sur ce sujet "serait perçue comme un scandale aux yeux de l’Afrique et du reste du monde". .


"Ce serait une infamie, une tache indélébile (...)", a réagi l’écrivain sénégalais, interpellé par l’APS sur la récente sortie du président de l’Union des ressortissants rwandais au Sénégal (URRS), le docteur Samuel Hakizimana, invitant le président sénégalais à s’investir pour la libération de Victoire Ingabiré.

"Ce monsieur flatte les Sénégalais et le régime en misant sur notre vanité, notre ignorance de la situation, mais en réalité, la seule chose que le Sénégal a à faire, c’est de lui demande, au nom de qui il parle réellement, et quelles sont ses relations avec Victoire Ingabiré", a ajouté M. Diop, qui dit soupçonner Samuel Hakizimana d’agir seul dans cette association qu’il a créée.

"En tant que réfugié politique, Samuel Hakizimana est astreint à l’obligation de réserve et devrait avoir un autre comportement", a souligné l’enseignant-chercheur à l’université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, avant de s’interroger "sur la composition de cette union dont il semble être le seul membre."

Parlant des relations entre Samuel Hakizimana et Victoire Ingabiré, M. Diop n’a pas manqué d’attirer l’attention des responsables de la Rencontre africaine pour la défense des Droits de l’Homme (RADDHO) sur l’identité réelle selon lui de son hôte. Il a fait savoir que Victoire Ingabiré a rencontré Hakizimana en 2001 à Dakar, lors d’un séjour de l’opposante dans la capitale sénégalaise.

"Certes, reconnaît M. Diop, Victoire Ingabiré était en Hollande au moment du génocide (du 6 avril au 4 juillet 1994). Mais, elle est poursuivie pour avoir relativisé les souffrances des Tutsis en s’exclamant, lors de sa visite au musée du génocide : +mais, où sont les Hutus qu’on a tués+".

De même, elle a aidé sa mère, Thérésa Dusabe, à s’exfiltrer de son pays où elle a été condamnée à 30 ans par les tribunaux populaires mis en place après le génocide, a indiqué l’écrivain.

"Sa mère était sage-femme et a commis des meurtres en éliminant les fœtus de ses patients", a affirmé Boubacar Boris Diop dont les recherches se sont notamment intéressés à l’évolution du Pays aux mille collines.

Il a à ce sujet notamment publié ’’Murambi, le livre des ossements’’. Construit comme une enquête, ce roman, dont la lucidité a été saluée par la critique, éclaire sur le génocide rwandais. Ce roman a déjà été publié aux éditions Stock en 2000.

Pour Boubacar Boris Diop, "le combat que mène Victoire Ingabiré est des plus déshonorants et il ne faut pas commettre la faute de la présenter comme une martyre, car elle est le visage politique d’un mouvement qui s’appelle Front démocratique de libération du Rwanda (FDLR), rangée dans la catégorie des associations terroristes par l’ONU et les pays occidentaux".

Selon lui, ce mouvement est reconnu pour l’activité de ses membres spécialisés dans le viol et autres "actes barbares" commis dans la forêt du Congo.

Il est aussi classé dans la catégorie des négationnistes du génocide, a insisté le chercheur qui leur attribue la thèse, selon laquelle, l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana - point de départ du génocide - a été commis par les Tutsis, comme a voulu l’attester le juge français Jean-Louis Bruguière.

"Cette thèse a été contredite par des enquêtes faites par des experts commis sur autorisation du juge français Marc Trevidic, qui a remplacé Jean-Louis Bruguière, et aujourd’hui, il est de notoriété publique que ce coup a été monté par les extrémistes Hutus pour justifier le génocide", a-t-il commenté.

"Les extrémistes Hutus ont voulu éliminer le président Juvénal Habyarimana qui voulait céder face aux pressions et signer les accords d’Arusha pour le partage du pouvoir, contrairement à leurs visées ségrégationnistes", a affirmé l’enseignant-chercheur qui accuse Victoire Ingabiré de porter le discours de cette aile radicale.

"Ingabiré raisonne en termes d’ethnie et nie le génocide", déplore Boris Diop, notant une collusion de ses idées avec celles des auteurs de "cet acte barbare commis sur des populations voisines".

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