Accueil du site > Actualités > [ANALYSE] De la base au sommet - L’envers du « Krim » : Jusqu’où ira Aliou (...)

[ANALYSE] De la base au sommet - L’envers du « Krim » : Jusqu’où ira Aliou Sall ?

mardi 12 mai 2015

Il tisse sa toile, lentement mais sûrement. Aliou Sall, frère du président Macky Sall, a des ambitions et ne s’en cache pas. Zoom sur un projet présidentiel parti de la base des collectivités locales pour atteindre le sommet de l’Etat.


La stratégie de Karim Wade à l’envers

Chat échaudé craint l’eau froide. Et la stratégie de conquête du pouvoir de Karim Wade, alors tuée dans l’œuf par les Sénégalais, a sans doute mis la puce à l’oreille du président Macky Sall. Ou plutôt de son frère Aliou Sall qui a commencé à dévoiler ses ambitions, seulement au lendemain de l’accession au pouvoir du premier. Ce qui laisse entrevoir qu’on voudrait, avec les privilèges et positions du frère, donner un coup de pouce à Aliou pour se bâtir une légitimité, dans un premier temps. Aliou Sall en fait, c’est l’envers du « Krim », comprenez, l’inverse de la stratégie « Karim », puisque, contrairement à Wade-fils qui avait commencé par le sommet pour dégringoler vers la base, c’est justement par cette même base que Aliou Sall entame sa longue marche vers la conquête du pouvoir, aujourd’hui entre les mains du frère.

N’empêche. L’objectif et les ambitions restent les mêmes, mais diffèrent dans leur mise en œuvre et cheminement. Lesquels consistent à faire profiter de l’aura et des moyens de l’Etat mis à la disposition d’un membre de la famille, du clan, pour faciliter l’accès au pouvoir d’un des leurs. Aliou qui, pour couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs, a d’abord vogué en solo avec son mouvement « Air Macky » qu’il fusionnera plus tard dans l’Alliance pour la République (Apr), le parti présidentiel qu’il ne contrôlera qu’à la fin du processus, c’est-à-dire le jour où il sera suffisamment prêt à déclarer publiquement ses ambitions.

Alliés et ralliés, tous s’éclipsent au profit du frère

L’exercice consistait d’abord à faire admettre aux Sénégalais, que celui qui est présenté comme un « cas Karim bis », n’a rien à voir avec lui. Qu’il s’est fait « tout seul ». La preuve, il s’est présenté « seul » à des élections Locales dont l’issue n’était pas gagnée d’avance. Présenté ainsi, la chose parait simpliste car aucun membre de Benno n’aurait réussi à bousculer ainsi la coalition présidentielle et réussir à s’imposer sur les listes électorales. Le mode de scrutin aidant, porter Aliou Sall à la tête de la commune de Guédawaye ne devrait pas être compliqué. Ce que d’aucuns qualifient de « coup d’Etat local » réussi avec la complicité des membres de la majorité présidentielle (Benno) qui se sont abstenus de présenter un candidat, à Guédiawaye, dans le seul but de laisser la voie libre au frère de Macky Sall. Pari réussi.

Ams, Uael, Main basse sur les collectivités locales

Malgré quelques réticences, Benno a battu campagne et porté la candidature de Sall-le-frère qui réussit la « prise de la Banlieue ». Une fois devenu maire, Aliou Sall ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin, l’étape de Guédiawaye n’étant qu’une houle dans l’océan des ambitions que se fixe le frère de Macky. Janvier 2015. La prochaine étape consiste à faire de lui le président de l’Association des maires du Sénégal (Ams), une manière de lui bâtir une légitimé beaucoup plus accrue, afin de mettre entre ses mains le pouvoir décentralisé comme le dénonçait le maire de Thiès, Talla Sylla, qui avait révélé que l’élection sans surprise d’Aliou Sall à la tête de l’Ams s’était déroulée sur fond de corruption, avec des enveloppes d’argent distribuées. Ces accusations pour le moins graves, n’ont pas connu de suite judiciaire. Aucune enquête n’a été diligentée pour faire la lumière sur cette affaire qui, avérée, relèverait d’un malaise profond au sein de la classe politique : l’achat de conscience, pourtant dénoncé à chaque élection, législative ou présidentielle, propre à Benno cette fois-ci.

Aliou Sall, un pied dans les affaires

Si réussir des ambitions politiques nécessite des moyens financiers, le développement de ses affaires devrait lui donner une bonne assise. De l’affairisme d’Etat devrait-on dire. Le voilà protagoniste dans l’affaire Petro-tim, révélée par l’ancien président Wade, laquelle vient jeter de l’huile sur le feu attisé par un frère qui peine à convaincre sur ses velléités supposés de contrôle du pétrole sénégalais. Aliou Sall s’expose et engage encore sa personne dans l’affaire de la Banque de Dakar, un dossier dans lequel il aurait été un « simple facilitateur », ce qui paraît suspect aux yeux de l’opinion qui voit en lui, l’argentier (officieux) du pouvoir de Macky Sall comme le fût Karim pour Abdoulaye Wade.

La bénédiction complice du frère Président

Mais tout laisse croire que le président Macky Sall qui se refuse à aborder la question de manière officielle, souscrit aux ambitions claires et non-ambiguës de son frère qui prend du galon et tisse sa toile autour de l’Etat, contrôlant à la fois l’Ams et l’Uael, l’Union des associations d’élus locaux, placée dorénavant sous sa coupe. Si on y ajoute le pétrole et la banque, Aliou Sall jusqu’ici tenu à bonne distance du gouvernement qu’il n’intègre pas pour le moment, veut lever tout soupçon. Il se montre discret et navigue comme un électron libre au cœur du pouvoir qu’il contrôle sans en donner l’air, avec ce qu’on pourrait qualifier de bénédiction complice du frère-président.

Devant ses folles ambitions tues mais connues, se dresse un obstacle majeur qui pourrait ne pas en être un : l’avis des Sénégalais sur cette nouvelle forme de dévolution dynastique du pouvoir. L’opinion publique, les Sénégalais, les électeurs, accepteront-ils pour Aliou Sall ce qu’ils ont refusé à Karim Wade ? Rien n’est moins sûr.

Répondre à cet article

43 Messages de forum