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Alliance Total-Eiffage-Orange dans le business des hydrocarbures : C’est la franco-fric !

samedi 12 avril 2014

La concurrence notée dans la vente d’essence et de gasoil est rude. Même dans les endroits les plus inattendus, on se cherche de l’espace pour installer une station-services à Dakar au détriment des habitants. Les axes stratégiques attirent les opérateurs. Sur le réseau de distribution, les multinationales n’entendent pas se laisser égaler par les sociétés nationales qui sont parvenues à contrôler plus de 30% du réseau terre et plus de 65% du réseau pêche. Le bon positionnement en vaut le prix.


Total face à Elton, Shell et Edk dos à dos, c’est de bonne guerre commerciale, dit-on dans le secteur. Sur les carrefours et les grands axes routiers, on rivalise de couleurs, celles des Majors et des compagnies nationales. Ça pompe à tous les coins de rue. Les stations d’essence pullulent à Dakar. A cause de la rareté des espaces, elles commencent envahir et à atteindre le confort des Dakarois. Après avoir pris pied au sein de la « Maison du Parti socialiste » à Colobane, elles cherchent maintenant à mettre le pied sur la Corniche Ouest. Les habitants du quartier Fann-résidence se sont opposés au projet de construction d’une station service non loin de l’ambassade du Mali. Les riverains ont évoqué la proximité avec l’université Cheikh Anta Diop en proie dans des crises cycliques. Le statut résidentiel du quartier a été mis en exergue. Comme pour donner du crédit aux motifs avancés par les résidents, l’architecte Pierre Goudiaby Atepa prévient qu’on ne construit une station d’essence en face d’une université. Finalement, le maire de la commune d’arrondissement y a mis son veto. Titulaire de la franchise Shell, Vivo Energy avait acheté ce terrain de l’ancien ministre Daouda Faye. La société attendait son autorisation de construire pour réaliser son projet. Le document administratif n’a pas été délivré. Pendant ce temps, Total a su décrocher une autorisation de construire une station-service à Colobane, dans une parcelle de terrain qu’elle a acquise du Parti socialiste. A Pikine, les habitants de la cité Lobatt Fall ont dénoncé la réalisation d’un projet similaire. Celui-ci étouffe les maisons et expose ses habitants à l’insécurité. Malgré tout, le préfet de Pikine a persisté et le chantier est resté ouvert. « Le promoteur est fondé à construire et pour plusieurs raisons. L’assiette foncière est un titre de l’Etat qui lui a été loué par le procédé d’un bail. A partir de ce bail, il a sollicité l’autorisation de construire, et la circularité a été faite au niveau de tous les services impliqués. Le maire de la ville de Pikine a fait la délimitation de l’autorisation de construire. A la suite de cela, le dossier m’a été transmis et en ma qualité de représentant de l’Etat dans le département de Pikine, j’ai également approuvé cette autorisation de construire. C’est au vu de tous ces éléments que j’ai dit que le promoteur d’Edk Oil, représenté par Demba Ka, est autorisé à construire sur cette assiette de 2200 m2 louée par l’Etat ». L’essence est tirée. Il faut la boire », s’explique l’autorité Alioune Aïdara Niang.

Des études d’impact toujours favorables Le directeur général de Maack petrolium company, M. Ahmet Guissé, assure qu’aucun investisseur n’ose construire sans au préalable disposer d’une autorisation délivrée par l’autorité compétente, à savoir le maire. Ainsi, pour chaque édification d’une station d’essence, la responsabilité de la collectivité locale est engagée. En panne de recettes fiscales, les collectivités locales pensent plus à la patente que devra payer la société, qu’à la sécurité ou au confort des administrés. Autant l’autorité décentralisée est impliquée, autant les services de l’Etat ont leur mot à dire. Et pour cause, le Code de l’environnement exige des études d’impact en amont pour tout projet d’essencerie. L’essence et le gasoil demeurent des produits inflammables et volatiles, donc très sensibles. Toutefois, comme pour les autres projets supposés nuisibles à l’environnement, il est rare de tomber sur un investisseur dont le projet aurait été bloqué par un avis défavorable de la Direction de l’environnement. De plus, les relations entre les investisseurs et les autorités habilitées à délivrer leur avis préalable vont souvent au-delà du service public désintéressé. Pour le cas du projet de Vivo energy voulu sur la Corniche, une réunion du Comité technique régional de suivi environnemental et social des projets de développement local avait eu lieu à la Direction de l’environnement et des établissements classés. Elle avait pour ordre du jour la « validation du rapport d’analyse environnementale initiale du projet de construction d’une station-service par Vivo energy à Fann-Résidence ». Les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Avaient pris part à la rencontre, les représentants du préfet de Dakar, de la Direction de l’environnement, de la Ville de Dakar, de la Direction des hydrocarbures, de l’Onas, de l’Ageroute, du Service régional de l’Aménagement du territoire. Le maire de Point E-Amitié-Fann-résidence, Malick Diop, s’est fait représenter par son secrétaire général. Ce dernier a fait part du refus catégorique de la commune d’arrondissement. Ce qui bloque de fait tout le projet. A Pikine, la quiétude d’une quinzaine de maisons se voit compromise avec l’érection de cette station service sur 2 200 m2. Cette fois-ci c’est l’Etat qui a délivré un bail à Edk.

La contre-offensive des Majors A l’entrée de Pikine, c’est donc une société sénégalaise qui cherche une place. Dans la région de Dakar, elle est en concurrence avec des dizaines d’entreprises, dont les Multinationales. Total en est une. La filiale sénégalaise a lancé une contre-offensive pour contrecarrer la percée des entreprises sénégalaises qui gagnent de plus en plus de parts de marché. Au premier janvier 2013, Total a racheté le groupe Touba Oil, augmentant ainsi ses parts de marché à près de 35%. Le distributeur français renforce son réseau terre à Dakar, qui concentre plus de 60 % des ventes de carburant dans le pays. Toutefois, la position dominante de Total indispose certains concurrents, depuis que la filiale locale est autorisée à installer des stations-services sur l’autoroute à péage. L’enjeu est le contrôle de 15 000 passages de véhicules par jour. Au-delà, les Majors sont dans une politique de repositionnement stratégique. En 2013, plus de 580 millions litres ont été vendus sur le réseau. Les professionnels sénégalais du pétrole ne se laissent pas prendre. Ils occupent désormais plus de 68,19 % des ventes dans le réseau pêche, visible dans les ports de pêche, en 2012.

Un marché de plus de 425 milliards Les Multinationales ne se bousculent pas sur le réseau pêche. Le marché sénégalais de distribution d’hydrocarbures sur les réseaux terre et pêche est estimé à 425 milliards de francs Cfa en moyenne. Par ailleurs, l’aviation, la Senelec et les industries sont de gros clients. Depuis 2000, des opérateurs sénégalais ont profité de la libéralisation du transport et de la distribution des hydrocarbures, à travers la loi 98-31 du 14 avril 1998 pour investir dans la filière. La société Elton Oil Company a fait des émules. En 14 ans, près d’une trentaine d’entreprises à capitaux sénégalais sont présentes dans le secteur des hydrocarbures. Le rythme d’arrivée de nouveaux opérateurs témoigne de la vitalité du secteur des hydrocarbures. En 2014, la part de marché des entreprises à capitaux sénégalais va baisser de 35%. Ce recul est dû à l’achat de Touba Oil qui détenait 4,32% du marché par Total. Avec le monopole sur l’autoroute à péage, Total va booster la domination des Majors. Les perspectives laissent voir une reconfiguration de la carte du réseau avec une présence plus accrue des investisseurs étrangers ou sénégalais qui se donneront les moyens de leurs ambitions. Certains acteurs n’excluent pas qu’une sélection naturelle s’opère et que les plus faibles se trouvent éliminés. Au regard d’une telle projection, l’Etat est appelé à jouer un rôle de régulateur. Face à la menace chinoise, les entreprises françaises semblent être dans une dynamique de solidarité. On a remarqué qu’en tant que concessionnaire de l’autoroute à péage, Eiffage a attribué le marché des stations-services de la voie rapide à Total. Cette dernière se ligue avec Orange, actionnaire majoritaire de la Sonatel, dans la distribution du carburant. Comme quoi, Paris renforce sa mainmise sur des secteurs porteurs de l’Economie nationale.

Le Quotidien

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