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Amara Traoré sort de sa réserve : « L’avenir du Sénégal, c’est l’équipe de Bata »

mercredi 7 mars 2012

Depuis son retour de la CAN 2012 où l’équipe du Sénégal a été la première sélection à être éliminée avec une peu reluisante dernière place dans la poule A, Amara Traoré s’était emmuré dans un silence total. Pour Stades, le désormais ex-sélectionneur s’est livré avec sincérité durant 90 minutes, le temps d’une rencontre de football. Ses deux ans à la tête de la Tanière, la prestation des Lions à la CAN, ses supposés contrats assimilés à des « fautes lourdes » par la FSF, sa non-maîtrise du groupe, son contrat, sans oublier son avenir de technicien, tout y est passé. Amara Traoré à cœur ouvert…


Entretien avec Stades

Coach, qu’est-ce que vous avez retenu de votre passage à la tête de l’équipe nationale du Sénégal ?

Après la non-qualification du Sénégal à la CAN-2010, tous les Sénégalais, surtout le monde des footeux, étaient d’accord pour la reconstruction du football national de manière générale et l’équipe nationale en particulier. C’est à partir de là qu’on m’a confié l’équipe pour deux ans. Et durant cette période, on a fait un bon parcours en éliminatoires de la CAN-2012, on était dans une poule où il y avait le Cameroun, la RDC et l’Île Maurice. Je me rappelle, après le tirage, il y a des gens qui m’ont appelé pour me signifier que la tâche ne sera pas facile parce qu’il y avait le Cameroun. Mais dans ma tête, je me disais que l’objectif était de mettre une équipe en place et de se qualifier même si, au départ, on savait que ça allait être difficile. On a gagné cinq de nos six matchs avec un match nul. Nous avons eu la meilleure attaque et la meilleure défense. Tout cela s’est fait sur la base d’un état d’esprit. Car il fallait panacher les anciens et les jeunes joueurs. Parce que dans une équipe, il faut toujours la sagesse et la jeunesse. Une équipe, c’est d’abord un bon état d’esprit, après suivront le talent et d’autres choses. J’ai eu la chance d’être en équipe nationale depuis 1986 avec Mawade Wade et Joe Diop. J’ai vécu beaucoup de choses jusqu’en 2002. C’est pour cela que j’avais des leviers sur lesquels je devais m’appuyer pour mener à bon port le bateau en gagnant du temps. C’est pour cela que je parle de bébé précoce.

Mais, durant le parcours des éliminatoires, des observateurs avaient émis des signaux rouges sur le jeu…

(Il coupe). Durant ce parcours, on a eu de très bons moments. L’équipe gagnait ses matchs avec des scores importants ; même les matchs amicaux ont été gagnés avec la manière. Au-delà de l’état d’esprit, on a beaucoup insisté sur les Valeurs en apprenant aux joueurs le comportement qu’il faut avoir lors de l’exécution des hymnes nationaux, même si ce n’était pas notre rôle. Que ce soit les attitudes ou le mental, rien n’a été laissé au hasard. Pendant tout ce parcours, on a senti des garçons merveilleux, réceptifs, concernés, concentrés, patriotes et qui ont montré qu’ils aimaient leur pays. D’ailleurs, ce sont eux qui achetaient pratiquement tous les billets aux supporters. Il ne faut pas oublier qu’ils étaient contactés par d’autres pays, mais ils ont fait le choix de venir défendre les couleurs de leur pays. Dans un premier temps, il y avait une équipe mise en place qu’il fallait étoffer parce qu’une équipe nationale n’est jamais fermée. Vous avez vu que lors des trois premiers matchs, il y avait un groupe qui était là. Par la suite, je suis allé chercher Cheikh Mbengue, Mohamed Diamé, Lamine Sané, Armand Traoré. Il ne faut pas oublier que cette équipe-là n’était pas prête parce qu’on parlait toujours de la reconstruction. Tous les observateurs nous ont demandé (au président de la FSF, au DTN et à moi-même) comment nous avons fait pour remettre cette équipe sur orbite ? Ça veut dire qu’il y avait un travail qui était bien fait au niveau de la FSF. Ce n’est pas moi, mais la FSF parce que je suis un employé de cette structure.

Les observateurs ont aussi trouvé votre équipe déséquilibrée…

Il n’y avait aucun problème. L’équipe jouait bien. Elle marquait des buts et en encaissait peu. Il n’y a aucune équipe nationale qui joue comme le FC Barcelone. On était en train de bâtir une équipe. On ne peut pas jouer comme Barcelone pendant qu’on reconstruisait. L’équipe ne jouait pas bien, mais elle se créait beaucoup d’occasions avec une bonne possession du ballon. Moi, je ne détiens pas le football, chacun a sa manière de voir, de philosopher. On faisait beaucoup de passes, on arrivait à contenir l’équipe adverse et on marquait des buts. Je veux savoir quel type de jeu on veut faire au Sénégal ? Il faut que les termes de références soient clairs. C’est bien de faire des discours, mais est-ce que les clubs sont dotés de moyens ? En général, en équipe nationale, on travaille sur des produits finis. C’est facile pour quelqu’un de rester dans son salon face à la télé et de dire « il fallait faire ceci ou cela ». C’est écœurant à la limite.

Trois matchs, zéro pointé à la CAN. Comment expliquez-vous cela ?

Lors de cette CAN, il s’est passé des choses inexplicables. En jetant un œil sur les statistiques, j’ai toujours vu une équipe du Sénégal qui domine ses adversaires, qui a plus de possession du ballon que ses adversaires, plus d’occasions qu’eux. J’ai fait le décompte des occasions et j’en ai vu 54 pour l’ensemble des trois matchs. Mais à l’arrivée, nous n’avons marqué que 3 buts et, à chaque fois, on perdait par le même score (2-1). À l’inverse, on a vu des adversaires qui ont eu peu d’occasions, mais qui nous gagnaient.

Qu’est-ce qui a manqué à l’équipe lors de cette campagne ?

Nous avons vu une équipe qui, face à la Zambie, a manqué les 23 premières minutes. Cela s’explique parce que lors de l’échauffement, l’équipe a eu des problèmes. Après la victoire de la Guinée équatoriale sur la Libye (lors du 1er match), des chefs d’État devaient quitter le stade. Nous, on s’était échauffé sur le terrain annexe, mais on ne pouvait pas regagner le terrain, les joueurs étaient dans tous leurs états parce qu’ils venaient d’être bloqués. Ce sont des choses pareilles qui nous ont fait rater notre début de match face à la Zambie, en encaissant très tôt. Mais derrière, vous avez tous vu la réaction de l’équipe. On s’est créé beaucoup d’occasions de but, la Zambie n’avait plus le ballon. On a d’abord changé notre organisation de jeu et on a pris les choses en main pendant le reste du match, mais aussi le reste de la compétition. Soudan et le Kenya. On se procurait beaucoup d’occasions de but, mais le résultat était le même. Cette équipe-là qui marquait beaucoup de buts dans un passé récent a subitement connu un arrêt… un blocage. En tant qu’entraîneur, je constate qu’offensivement, on est devenu inefficace devant les buts. À Bata, même devant les mannequins aux entraînements, on était devenu inefficace. Et là, le doute s’installe dans la tête des joueurs. On a tout fait pour que les garçons se sentent psychologiquement bien, mais en vain

Mais l’équipe a manqué d’engagement. Ça tout le monde l’a vu non ?

L’engagement, ce n’est pas de donner des coups de coude ou des coups de tête à l’adversaire. Ce n’est pas ça l’agressivité. L’agressivité, c’est d’avoir le ballon et de se créer des occasions par des dribbles, des centres, par des enchaînements et autres. Il ne faut pas confondre. Moi, je dis souvent que la meilleure manière de récupérer le ballon, c’est de le conserver. Après tout, on fait du football. En termes de possession de balle dans cette CAN-là, on a constaté que le Sénégal était en avance sur ses adversaires ; malheureusement, on a été inefficace. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, les joueurs ont tout donné. Il n’y a aucune organisation qui soit parfaite ; c’est une œuvre humaine. On sait qu’il y a des choses qui restent à faire qu’on devait continuer, qu’on voulait continuer et qu’on veut continuer. Mais tout ne peut pas être parfait d’un coup. Il y a eu des erreurs, mais c’est une étape vers l’apprentissage.

Sur le plan mental, d’aucuns pensent que le Sénégal s’est vu trop beau au point de minimiser ses adversaires…

(Il coupe). Au sortir des deux matchs contre le Cameroun, personne ne pouvait dire que mentalement cette équipe du Sénégal n’était pas forte. Elle a montré une force de caractère en dehors et sur le terrain. C’est ce que les garçons ont montré durant tout le parcours des éliminatoires. Rappelez-vous, j’ai toujours dit que le mental que nous avions durant les éliminatoires ne suffira pas. Il faut développer une autre stratégie mentale pour y aller. J’ai entendu des gens parler de mental, de la façon de jouer. On a tout dit, mon staff et le DTN, tout le monde a parlé, mais le vécu ne s’apprend pas. Il faut laisser cette équipe continuer. Il ne faut pas faire de la magie, l’équipe du Sénégal, c’est l’équipe de Bata. Dans la reconstruction, c’est cette équipe qui était à Bata qui devait constituer le socle pour la suite. On allait y greffer quelques jeunes et c’est tout. Les joueurs ont beaucoup appris et ils ont compris. Si on n’avait pas la compétition le jour de l’ouverture (NDLR : problème de disponibilité du stade après le 1er match), on allait voir une autre équipe du Sénégal parce que les joueurs allaient savoir ce que c’est une telle compétition. C’est Soyons lucides, sereins. Toutes les équipes ont gagné en sérénité sauf nous. Il n’y a que le Sénégal qui a la magie de tout remettre en cause après chaque CAN. Cette équipe-là ne manque pas de grand-chose. Seule la réussite nous a manqué lors de cette compétition. Moi, j’ai vu des joueurs concernés, patriotes et on n’a pas le droit d’en douter.

Lors de sa dernière évaluation, la DTN a soutenu que les Lions ont péché lors de la phase intermédiaire. Est-ce à dire que la préparation n’était pas bonne ?

Il n’y a eu aucun problème lors de la préparation intermédiaire. Il n’y a que la réussite qui a manqué à l’équipe. Il n’y a aucun problème physique, encore moins de régime. Les joueurs ont commencé à travailler depuis le mois de juin avec beaucoup de matchs au compteur, on ne va pas me dire que ces joueurs-là ont baissé de régime. C’est vrai qu’il y avait la trêve hivernale, mais tout le monde n’avait pas coupé. Même ceux qui ont arrêté pour dix jours avaient des programmes. On n’a pas décelé de problème physique au niveau des joueurs, à part Issiar Dia. Même pour lui, on l’a préparé et on lui a fait jouer des bouts de match. Dans des analyses, il faut être plus concret. On avait quatorze jours pour se préparer. On a pris l’équipe à partir du 8 janvier avec deux matchs amicaux, les 12 et 15 janvier, pour entrer dans la semaine de la compétition. Le travail physique ne se fait pas en équipe nationale, il se fait dans les clubs. C’est le produit fini que nous prenons pour faire l’entretien.

Malgré l’échec de la CAN, pourquoi avez-vous refusé de démissionner ?

Je ne veux pas me limiter seulement à la CAN en pleine reconstruction. On est resté invaincu lors des éliminatoires. À la CAN, on ne gagne aucun match. Moi quand je signais mon contrat, c’était dans l’esprit de la reconstruction. Ce n’est pas pour rien que je disais que je m’interdisais de rester trois ans sans rien gagner. Sur mon projet, ce n’est pas un échec, je suis dans les temps. Mais, si on perd trois matchs à la CAN, c’est un échec. Ni moi, encore moins la Fédération, personne n’a échoué. Par rapport au projet final, ce n’est donc pas un échec. Quand on joue un match et qu’on ne le gagne pas, c’est un échec. Encore une fois, les joueurs ont gagné en expérience. Par rapport au projet de la reconstruction, on est en avance parce qu’en deux ans, on a pu mettre en place une équipe qui faisait rêver au point que les gens nous citent parmi les favoris et c’est ce que j’ai d’ailleurs toujours refusé.. Cette équipe, en deux ans, a un vécu. Ce n’est pas pour rien que j’ai parlé de consolidation. En un moment donné, on a dépassé l’étape de la reconstruction, on est en phase de consolidation. On a glané beaucoup d’expérience, même au niveau de la FSF, il y en a qui étaient à leur première CAN. Je comprends un peu l’agitation de certains après la CAN, parce que c’était une première pour beaucoup de personnes.

Coach, dans la lettre qu’elle vous a adressée pour justifier votre limogeage, la FSF a parlé de sorties nocturnes fréquentes des joueurs à Saly durant la préparation et que vous ne maîtrisiez plus le groupe…

(Il souffle). Très honnêtement, moi je respecte mon peuple et tout le monde sait qu’Amara travaille toujours dans la vérité. J’ai toujours tenu un langage de vérité. C’est après la CAN qu’on m’a dit qu’il y en avait. D’ailleurs, c’est dans votre journal du 9 février que j’ai lu qu’il y avait une sortie nocturne. Mais, ce n’est pas moi qui vantais le mérite de ces garçons. D’abord, c’est le président de la FSF qui était le premier à vanter le mérite de ces garçons : leur patriotisme, leur humilité et leur sens des valeurs. Même le président de la République lors de la remise du drapeau a dit que ces garçons étaient sérieux, disciplinés et rigoureux.

Si vous avez entendu parler de tout ça, pourquoi avez-vous gardé le silence ?

Je n’ai rien dit parce que tout est dans la presse. La lettre qu’ils m’ont envoyée et que j’ai reçue le 24 février est pour l’essentiel dans le journal Stades du 9 février. Je n’ai pas parlé de Canal+, de la sortie nocturne des joueurs encore moins de la non atteinte des objectifs qui constitue une faute lourde. Moi, j’ai toujours dit que tant que je n’ai pas ma lettre de licenciement, je me réserve le droit de parler, c’est ça le sens de la responsabilité. Maintenant, j’ai reçu la notification, mais tout ce qui y est, je l’ai déjà lu dans la presse.

Pourtant, la FSF dit s’être fondée sur le rapport de la sécurité. En outre, à Saly, les joueurs auraient également mené la bamboula…

Avant d’aller à Saly, j’ai toujours dit qu’on y sera pour couper en laissant quartier libre aux joueurs. J’ai même invité les journalistes pour prendre les joueurs en interview, avec leur accord, jusque dans leurs chambres et à toute heure. Ces deux jours-là étaient faits pour ça. Ça c’est de la pédagogie. On ne peut pas donner quartier libre aux joueurs pour ensuite les surveiller. S’ils avaient envie de se retrouver quelque part, échanger des idées, c’est pour raffermir la cohésion et la dynamique de groupe.

Certains seraient rentrés dans un état d’ébriété et d’autres auraient tenté de faire rentrer des prostituées dans leurs chambres…

Quand je donne quartier libre aux gens, je vais dormir. Si quelqu’un a envie de boire sa boisson coca cola ou sa bouteille d’eau qu’il le fasse. Même dans leurs clubs, après le match ils boivent même si moi je le leur déconseille. Encore une fois, ils avaient quartier libre. Après l’entraînement, au petit déjeuner, je voyais des garçons très bien. Chaque matin, je demandais si tout allait bien, c’est-à-dire s’il n’y avait pas des choses extra-sportives. Dans la lettre de notification, ils ont dit que les joueurs ont tenté de faire rentrer des prostituées, mais notre mérite c’était de mettre la BIP parce qu’un responsable doit anticiper sur certaines choses. On a toujours anticipé sur ce genre de problème. On a dit aux joueurs, on ne veut pas des filles ici. C’était clair. Et, personnellement, j’ai demandé au Lieutenant Diémé de la BIP que personne ne rentre avec une fille au regroupement. Maintenant s’il y a quartier libre et que dehors des joueurs prennent une ou deux bouteilles et qu’ils rentrent, je respecte leur choix. Moi, je dormais. La sécurité était là pour veiller. Ils disent qu’à Dakar aussi les joueurs ont tenté de faire venir des filles. Je leur ai dit la même chose. Chaque fois qu’on a regroupement, je donne toujours aux joueurs l’occasion d’aller voir leurs familles car après c’est fini. On ne m’a jamais donné de rapport pour me dire que tel ou tel autre joueur était sorti.

oujours concernant les virées nocturnes de joueurs à Bata, pourquoi n’avez-vous pas sanctionné, alors que le règlement intérieur de la FSF vous le permet ?

À Bata, après la compétition, on était tous à table et j’ai dit aux joueurs qu’il y a une grosse déception au pays et que ce n’est pas recommandé de sortir. Je leur ai dit qu’ils ont toujours montré le bon exemple et qu’ils doivent continuer sur cette lancée, même s’ils ont parfois envie de sortir et oublier un peu la déception. Je l’ai dit devant tout le monde. Maintenant, les joueurs étaient sortis, la compétition était finie pour nous. Entre temps on m’a viré, comment vais-je sanctionner ?

Et les joueurs qui ne respectaient pas les hymnes nationaux ?

On parle du non respect des hymnes nationaux. Pourtant, lors de l’exécution des hymnes nationaux, un des joueurs qui rigolait a été sélectionné pour le match amical contre l’Afrique du Sud. Mais, il faut être cohérent dans la vie. Il ne faut pas chercher la petite bête pour infliger une faute lourde à l’entraîneur. C’est un couteau à double tranchant. Quand les joueurs viendront maintenant en sélection, ils vont se méfier et de la police et des dirigeants. Après tout, on fait du football qui demande une gestion humaine. Si les plus hautes autorités du football parlent ainsi, c’est vraiment gênant. Personnellement, c’est au dernier match que je me suis rendu compte que des joueurs rigolaient. J’ai dit à Ferdinand « ils ne sont pas conscients de ce qu’ils font ». Après le match, on a dit aux joueurs, il ne faut pas faire ceci ou cela, parce que l’hymne national d’un pays est au dessus de tout.

La FSF a fait cas d’un deal entre vous et Canal+. Qu’en est-il ?

Il n’y a aucun deal. Moi, je ne suis pas dans des deals et je n’ai jamais été dans un deal. Je n’ai jamais fait de deal. C’est Philipe Doucet de Canal+ qui m’a dit qu’il avait l’autorisation du président Me Augustin Senghor et de Louis Lamotte pour faire un film sur l’équipe nationale lors de la CAN. D’ailleurs, pour ce dossier, c’est le coordonnateur Ferdinand Coly qui est venu me voir pour me dire que le Président Senghor a demandé si je donnais l’autorisation pour que Canal+ puisse filmer. J’ai même pris du temps pour répondre parce que je ne veux pas être perturbé dans mon intimité. Ferdy est revenu pour me poser la même question, je lui ai dit OK, mais il faut les délimiter. Après la chargée de communication, Mme Cissé (Ndèye Dome Thiouf), est, elle aussi, venue me voir pour me dire que la fédération a donné son accord et ce qu’elle devait dire à Philipe Doucet. J’ai des témoins. Durant tout le temps que j’étais dans l’équipe nationale, toutes les télés qui se sont adressées à moi, je les ai systématiquement renvoyées chez la chargée de communication parce que c’est son rôle. C’est à la veille de notre départ que j’ai rappelé Philipe Doucet qui m’avait laissé beaucoup de messages vocaux. Je lui ai demandé si la FSF avait donné son accord, il m’a répondu par l’affirmative et Ndèye Dome me l’a confirmé.

Et la transaction financière de 5.000 euros ?

Ça, il faut le demander à Ferdinand Coly. Moi, je n’ai jamais signé avec qui que ce soit. D’ailleurs, la Fédération m’a envoyé une lettre pour dire que j’ai signé un contrat avec Canal+. Je vais porter plainte, il faut que les dirigeants le prouvent parce que moi je n’ai signé aucun contrat. Même un centime d’euro, je ne l’ai pas vu. J’étais surpris de lire tout ça dans la lettre de notification de mon licenciement. Et la justice va nous départager. Elle va tirer ça au clair.

Il paraît que vous avez aussi signé un contrat d’image avec Eden Park…

(Il se désole). D’abord Eden Park fait partie des sponsors de la fédération. En allant chez le président de la République pour la remise du drapeau national, tout le monde était content d’être habillé par Eden Park. Au-delà de ça, un entraîneur principal a le droit de coacher en polo, en costume, en chemise. Et tout habillement a une marque. Pendant la CAN, on a vu les entraîneurs s’habiller avec d’autres Je n’ai pas l’obligation de coacher avec Puma, je peux m’habiller avec une autre marque sauf une concurrente de Puma. Lors des matchs, on est obligé de faire des gymnastiques pour voir la tenue qu’il faut mettre pour coacher parce qu’on ne pouvait pas mettre Puma qui était floqué Orange. Parce que la CAF interdit qu’on mette ce genre de tenue. C’est pour cela que je suis allé puiser dans ma valise pour prendre mes habits civils, parce que je ne peux quand même pas entraîner torse nu. Même mes adjoints mettaient un débardeur pour cacher leur poitrine. Je n’ai pas signé un contrat d’image avec Eden Park ou pour une autre marque. Pour être honnête, moi je veux toujours aller en guerre avec des tee-shirts ou autre Lacoste. Si j’avais mis une tenue Puma, la Fédération allait venir me perturber sur le banc pour que je change sinon elle serait sanctionnée.

Qu’en est-il de votre contrat de trois ans avec la FSF ?

Il faut rappeler les faits. D’abord, tout le monde sait que ce contrat avait suscité un débat inutile. Ce dernier a fait de cette CAN sa priorité et subitement il y avait un problème de langage entre la Fédération et le ministre. Il y a quelqu’un qui n’était pas dans l’esprit de la reconstruction. Pourtant, dans notre esprit, la reconstruction devait continuer jusqu’en 2013. Mais entre temps, il y a quelqu’un qui vient et qui chamboule tout en disant qu’il faisait de la CAN sa priorité. La FSF n’a pas su dire au ministre que nous travaillons par étape. Cela a atteint le moral de l’équipe car c’était un débat inutile. Après, il y a un accord entre le président de la FSF, le ministre et moi. Je ne parle jamais de chiffre. Dans un contrat, il y a toujours des accords. Ce On les a limogés sans notification. Quand j’apprends par voie de presse que le président Senghor dit qu’on ne doit rien à l’entraîneur, ça me pose problème.

Vous voulez dire que la FSF vous doit toujours de l’argent ?

Aujourd’hui, mon avocat leur a écrit pour leur demander de me payer mes deux mois de salaire plus le reliquat de mon contrat. En des termes très clairs, il leur a dit : Amara Traoré est lié à la Fédération par un contrat de travail à durée déterminée de trois ans. Les modalités de rupture du contrat sont fixées par la loi, notamment l’article L48 du Code de travail. Aucune des conditions fixées par la loi n’est réunie. La FSF m’a notifié oralement mon licenciement sans aucun motif. Il a fallu que mon avocat écrive pour demander les motifs pour que, quinze jours plus tard, c’est-à-dire le 22 février dernier, la secrétaire du président s’empresse de m’envoyer un mail et, toujours selon ses dires, une lettre recommandée avec accusé de réception que j’ai reçue le 24 février. Voilà la lettre de mon avocat (NDLR : il brandit la lettre). Elle est écrite le 21 février et la Fédération a envoyé une réponse le 22 février. Je suis surpris d’apprendre que quand j’ai reçu la lettre, mon avocat n’était pas au courant. La FSF ne peut pas licencier quelqu’un pour faute lourde le 7 février et chercher des motifs à articuler quinze jours après le licenciement. Quand il y a des problèmes dans ce pays, on sait là où les régler et franchement moi je ne veux pas être le mendiant de mes droits. C’est comme si je n’avais pas de contrat. Au moment de m’engager avec la FSF, j’avais encore des possibilités. Mais on me fait signer un contrat et deux mois après, on me vire comme un malpropre. Et le contrat, on en fait quoi ?

Je vous renvoie la question.

J’ai un contrat en bonne et due forme. D’abord, la Fédération me doit mes deux mois de salaire et j’ai signé un contrat de trois ans où il n’y a pas de clause stipulant que si je n’atteins pas tel objectif, on me vire. Maintenant, je fais confiance à notre justice. Si je gagnais la CAN, je ne pourrais pas partir parce que mon contrat devait aller jusqu’en 2015. C’est à la justice de trancher et, là, ce sera avec mon avocat.

Vous avez toujours dit que vous étiez un soldat de la Nation. Est-ce que ce bras de fer avec la FSF n’indique pas le contraire ?

J’ai demandé à travailler, on m’a viré. C’est une question de principe. Il ne faut pas essayer de jouer sur la fibre patriotique des gens. J’ai toujours montré que je suis un soldat de la Nation. La preuve, je suis resté dix mois sans salaire, j’ai amené deux fois l’équipe nationale sans contrat. Faites un tour à Saint-Louis, je participe beaucoup au football sénégalais. C’est moi qui loge la Ligue régionale de football de Saint-Louis qui est restée trois ans sans payer la location. C’est moi qui finance le championnat minime à Saint-Louis. Mais quand quelqu’un travaille, on le paie ! Quand quelqu’un a un contrat quelque part, il faut le respecter ! Je suis fier d’être un soldat de la Nation, même les soldats qui sont au front sont payés. Moi, tout ce que je veux avec mon staff, c’est continuer mon travail. On ne veut pas qu’on continue, maintenant il faut solder les comptes.

Aujourd’hui, il est question de votre successeur. Pensez-vous que l’expertise locale est toujours crédible ?

J’ai bien aimé les propos de Lamine Dieng dans vos colonnes. Il y a des choses sur lesquelles il ne faut pas débattre. Aujourd’hui, il y a des élections présidentielles dans notre pays. Au niveau de la Fédération, il y a plus de 200 clubs affiliés. Ces clubs sont gérés par un Sénégalais non ? Pourquoi maintenant, on dit qu’il ne faut pas donner l’équipe nationale à un Sénégalais ? C’est la compétence qui doit primer. On a démontré que les Sénégalais sont capables de diriger cette équipe, c’est pour cela que je dis que certains de nos pairs doivent faire attention. Si un entraîneur sénégalais envisage de gérer l’équipe, il faut qu’il postule. Personnellement, s’il y a un entraîneur local qui est désigné pour diriger l’équipe nationale, il n’a qu’à compter sur moi, je suis prêt à l’aider. Tant qu’on ne met pas de côté nos égos, on aura toujours des problèmes.

Quel avenir pour Amara Traoré ?

Pour mon avenir, Dieu seul sait. D’abord, je suis entre Dakar et Saint-Louis. Après les élections, je vais retourner à Saint-Louis, je serai entre le fleuve et la mer pour m’inspirer. Je resterai au bord du fleuve Mame Coumba Bang me reposer. Pour ma carrière, ne vous faites pas de souci.

Par Bacary CISSÉ stades

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