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CONFIDENCES D’HELENE DIOP, LA PLUS VIEILLE « ETUDIANTE » DE L’UCAD / « Une maladie me tue à petit feu »

mercredi 14 août 2013


Sur un air de confidences, Mame Hélène Diop, celle que se dit la plus vieille « étudiante » de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), se confie. Curiosité du campus de Dakar, Hélène, ce bout de femme de 48 hivernages, raconte sa vie d’« étudiante ».

« Etudiants, étudiantes, méfiez-vous des garçons ». « Etudiants, donnez-moi des pièces de monnaie ». « Etudiants, étudiantes, c’est à vous que je m’adresse. Demain, y a concert au stade… ». Tout étudiant ou nouveau bachelier qui franchit la grande porte de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar a sans nul doute été impressionné par ce bout de femme, soi-disant « folle ». Du « Couloir de la mort », aux différentes facultés (Lettres, Sciences et Techniques, Economie et de Gestion, Droit…) en passant par les pavillons (A jusqu’à Q), ou encore et surtout le service comptable, son nom est immortalisé dans le conscience des étudiants nouveaux comme anciens. Elle, c’est Hélène, la plus vieille « étudiante » de l’Ucad.

« Mère des étudiants »

Si elle était instruite, sûrement, elle pourrait écrire un livre sur l’Université de Dakar, sans risque d’être corrigée par les historiens de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan). Tellement la « mère des étudiants » est une légende vivante. Comme un ordinateur, Mame Hélène Diop de son vrai maîtrise mieux que quiconque l’espace universitaire. Elle est un produit fini de l’Université. Malgré ses handicaps (analphabètes, sans emploi), « l’amie intime des étudiants » est pétrie de qualités et de valeurs. Jamais son nom n’a été mêlé à des scandales (vols, trafic de chanvre indien, de drogue, prostitution…). En mère de famille, elle ne manque pas de prodiguer des conseils aux nouveaux bacheliers. Surtout à la gente féminine qu’elle invite à se consacrer uniquement aux études. Et à ne pas se laisser divertir par les garçons qui arpentent les pavillons à la recherche de proies faciles.

Sans salaire, Mame Hélène Diop quitte tôt le matin chez elle à la rue 31 X 2 bis de la Médina pour rejoindre le campus universitaire. Une fois au temple du savoir, elle sillonne les couloirs à la quête de la petite pièce de monnaie pour subvenir à ses besoins. Parfois, la « vieille étudiante » s’en sort. Des fois, c’est la galère. Qu’importe, elle se pointe, elle revient sans arrières pensées, sans fatigue, aux côtés de ses « enfants ».

Témoin de la mort de Balla Gaye, de l’année invalide de 88, elle a vu passer Djibo, Macky, Jules Ndéné, Me Diouf, Fada…

Il faut dire qu’Hélène Diop joue quand même un rôle important dans l’espace universitaire. Elle oriente et guide les pas des nouveaux bacheliers. Elle leur indique la B.U (Bibliothèque universitaire), le Rectorat, les toilettes, les restaurants (Argentin, Central, Self, entre autres), le service de comptabilité et la forêt de révision (bois sacré). Sa présence à l’Ucad fait que Mame Hélène Diop, « Wolof » bon teint, est une bibliothèque, voire un trésor de secret.

A la rue Calmette X boulevard de la République, près de l’Hôtel des députés où nous l’avons retrouvée, hier, au milieu des femmes handicapées, Hélène s’est reconvertie en mendiante à cause de la conjoncture difficile. Elle a quitté l’espace université et migrer en ville pour pouvoir joindre les deux bouts. Mais, avant de répondre aux questions, Mame Hélène Diop pose ses conditions. Elle nous exige des billets de banques pour compléter sa journée. Mais un accord est vite trouvé et elle accepte de dévoiler ses secrets.

« Entre les étudiants et moi, c’est une histoire d’amour qui s’est cimentée au fil du temps »

« J’ai été témoin de l’année invalide de 1988 et de la mort de Balla Gaye. La plupart des dirigeants du pays m’ont trouvée à l’Université. Macky Sall fait partie des premiers étudiants à qui j’ai ouvert la porte de l’Ucad. Je ne me souviens pas de l’année, mais il étudiait à la Faculté des sciences et techniques. Au fil des années, j’ai accueilli de jeunes bacheliers devenus, aujourd’hui, de très hautes personnalités. Je peux citer, Modou Diagne Fada, député, Aliou Sow, ancien ministre de la Décentralisation et des Collectivités locales, Souleymane Ndéné Ndiaye, ancien Premier ministre, Djibo Ka, député, Me El Hadji Diouf entre autres personnalités politiques », a-t-elle d’emblée révélé.

Evoquant sa relation avec les étudiants, Hélène de dire : « Je ne sais plus l’année de mes premiers pas à l’Ucad. En tout cas, j’étais jeune et bien portante. Entre les étudiants et moi, c’est une longue histoire. Je peux dire, une histoire d’amour qui s’est cimentée au fil du temps. Ils sont tout pour moi. Je les considère comme des frères. Eux aussi me considèrent comme leur mère. Je n’ai pas les mots exacts pour qualifier les relations que j’entretienne avec les étudiants. Car j’ai duré à l’université. Macky Sall, président de la République aujourd’hui, m’a trouvée à l’université ».

« J’étais une vraie ‘Jongoma’. J’avais des rondeurs »

Se rappelant qu’elle est partie à l’Ucad de son propre gré, Hélène Diop retrace sa jeunesse dorée. « Je partais à l’Ucad demander des pièces de monnaie aux étudiants. C’est moi qui annonçais les concerts et autres manifestations. A l’époque, j’étais encore jeune fille. J’avais du poids, j’étais une vraie ‘Jongoma’. J’avais des rondeurs. Bref, tout ce que doit être et avoir une jeune fille. Maintenant, je ne suis plus cette jeune fille à cause d’une maladie qui me tue à petit feu et que j’ignore », a-t-elle expliqué.

Comme toutes les mères, Hélene Diop dit avoir signé un pacte avec les étudiants et jamais au plus grand jamais, elle ne les quitterait. D’ailleurs, elle compte retourner au campus dès l’ouverture de l’espace universitaire, en octobre prochain.

Hélène et les étudiants devenus « riches »

De la reconnaissance, Mame Hélène Diop, en demande. La mère des étudiants, reconvertie en mendiante du fait de la conjoncture, fustige le manquement de reconnaissance des anciens étudiants dont elle a guidé les premiers à l’Ucad et qui sont devenus, aujourd’hui, par la grâce divine, président de la République, fonctionnaires, avocats, hommes d’affaires, magistrats, entre autres.

A la rue Calmette X Boulevard de la République, près de l’Hôtel des députés où elle mène ses activités, la plus vieille « étudiante » de l’Université de Dakar ne cache pas sa colère. Même le Président Macky Sall, son ancien « étudiant », n’échappe aux critiques.

« Youssou Ndour, je ne cesserai de prier pour lui et sa famille. Il ne m’a pas oubliée. Il m’offre entre 50 et 100 000 à l’occasion des fêtes de Tabaski et Korité. A chaque fois qu’il passe ici, il me salue », a-t-elle témoigné avant de poursuivre : « Moustapha Niasse, lui, il est avare. Il passe souvent ici sans nous saluer, donc nous donner de l’argent, n’en parlons pas. Ousmane Tanor Dieng m’offrait de l’argent, mais il a disparu depuis un moment. Quant à Idrissa Seck, je n’ai aucun contact avec lui. Pour les magistrats et avocats, ce sont les policiers qui m’empêchent de les voir ».

Quant au président de la République, Hélène Diop, affirme qu’elle ne reçoit plus de ses largesses depuis son accession au pouvoir, le 25 mars 2012.

« J’ai voté pour Macky Sall, actuel président de la République, à la dernière élection présidentielle. Je suis allée chez lui à Mermoz, le jour de la Tabaski, en 2012, mais les policiers et sa garde rapprochée m’ont chassée (elle se répète). Je suis allée au Palais présidentiel pour le rencontrer et le féliciter, mais en vain.

Les gendarmes postés à la porte d’entrée m’ont ordonnée de quitter les lieux », se désole la mère des étudiants.

« Entre Macky et moi, c’est une longue histoire, depuis l’Ucad »

Sollicitant une audience auprès du chef de l’Etat, Hélène de confier : « Il doit être reconnaissant et me recevoir. Parmi les candidats à la présidentielle, c’est lui qui était mon candidat. Le jour du scrutin, j’ai voté pour lui sans réfléchir. Donc, rien que pour ça, il doit me recevoir. C’est tout ce que je lui demande. Pendant tout le temps qu’il était aux côtés de Me Abdoulaye Wade, Macky Sall me recevait très souvent dans ses bureaux. A plusieurs reprises, il m’a offert 100 000 Cfa. Il faisait le même geste à l’occasion des fêtes de Tabaski et Korité. Je lui demande de perpétuer ses gestes. Ce n’est pas parce qu’il est devenu président de la République qu’il doit couper le robinet. Entre Macky et moi, c’est une longue histoire, depuis l’Ucad », a-t-elle expliqué.

Hélène de finir en disant qu’« avant la Tabsaki, je veux que Macky me reçoive. Je veux un toit et de l’argent. S’il ne fait pas, il me décevra.

Qui est Hélène ?

Au premier contact, on dirait une défiante mentale. Mais tel n’est pas le cas. Hélène, de son vrai nom Mame Hélène Diop, haute comme trois pommes, est un bout de femme qui jouit de toutes ses facultés physiques et mentales. Le destin l’a conduite à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) où un amour profond et sincère l’a liée au fil du temps aux étudiants. Habitante à la Médina rue 31 X 2 bis, Hélène Diop est née d’un père nommé Ahmet Diop (décédé) et d’une mère Aïda Ba.

Agée de 48 ans, mère d’un garçon décédé, la mère des étudiants traîne une maladie qui risque de mettre fin à ses jours, si ses compagnons d’hier à l’Ucad devenus « riches » ne lui viennent pas en aide. De l’aide, elle en demande toujours et encore.

Actuellement, Hélène Diop s’est reconvertie en mendiante. Au milieu des handicapés à la Rue Calmette X boulevard de la République, près de l’Hôtel des députés, elle tend la main à longueur de journée pour subvenir à ses besoins et se refaire une jeunesse afin d’« atterrir dans les bras d’un mari ». Pour ceux qui hésitent encore ou les célibataires endurcis, Hélène dit être « un cœur à prendre ».

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