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Dr André Diatta : « l’éducation, la formation et la recherche sont fondamentales dans tout pays qui aspire à plus de développement ou tout au moins à s’y maintenir ! »

vendredi 28 mars 2014

Dans un entretien qu’il a accordé au site Diaspora.fr, Dr André Diatta, ce natif de la Casamance qui exerce en tant que chercheur et enseignant dans les universités européennes est revenu sur l’importance de l’éducation, la formation et la recherche qui sont selon ce produit de l’Université Cheikh Anta Diop, fondamentale".


Enseignant-chercheur, André Diatta travaille aussi avec des associations à but caritatif.

Dr André Diatta, vous êtes manager, mais aussi chercheur et enseignant. Pouvez-vous vous présenter ?

Oui en effet, je suis chercheur scientifique et enseignant à l’université depuis l’obtention de mon doctorat en France, il y a quelques années. Après l’Irlande et l’Angleterre où j’ai vécu en tant que chercheur et enseigné à l’université (National University of Ireland, Maynooth et University of Liverpool, respectivement), je suis revenu en France où je suis chercheur au Centre National de Recherche Scientifique, pour quelques années.

En dehors du monde académique, je travaille aussi beaucoup dans des associations à but caritatif, en aidant à encadrer certains jeunes artistes et acteurs du monde culturel. A mes heures perdues, j’écris aussi des films, des livres, … dont on pourrait reparler sous peu.

Il n’y a pas longtemps, vous revenez d’une conférence aux Etats-Unis. Quel en était le thème ? Je me suis rendu aux USA en décembre dernier sur invitation, pour présenter certains de nos travaux à une conférence de la société mondiale des Mathématiques industrielles et appliquées (SIAM). Le thème de ma présentation est en rapport avec nos travaux sur la théorie de l’invisibilité, c’est-à-dire, le design d’un manteau qui rend invisible toute personne qui le porte. En fait, il s’agit de créer un matériau, qui n’existe pas à l’état naturel, qui permet idéalement de maîtriser et contrôler la propagation de tout phénomène de type ondulatoire, comme les ondes radio utilisées en télécommunication, optiques pour le cas de la vision (lumière, par exemple,) les ondes sismiques libérées lors des tremblements de terre, etc. L’idée serait donc de pouvoir rendre, par exemple, une ambulance invisible aux radars, un bâtiment invisible aux ondes sismiques, de sorte à l’épargner des tremblements de terre qui pourraient ainsi passer sans que les occupants n’en soient un tantinet inquiétés, un appareil médical sensible invisible aux ondes radio des téléphones portables, une île invisible au tsunami pour la protéger, etc. Je travaille aussi sur un thème connexe qui est le mimétisme. Là on permet à un objet recouverte de ce manteau, de paraitre comme un autre de nature complètement différente : on pourrait imaginer qu’une personne portant ce manteau apparaisse comme un chat, par exemple.

Pensez-vous qu’on trouvera dans les prochaines décennies une solution aux tremblements de terre ?

Des équipes y travaillent en tous cas, avec beaucoup d’espoirs ! Les premières expérimentations sont en cours. La théorie elle, avance à grands pas.

Le thème semble intéressant, les pays sont-ils suffisamment intéressés au sujet pour financer ces recherches ?

Oui, le sujet intéresse au premier chef plusieurs organismes et pays. Dès 2006, aux premières heures de cette théorie, certains organes de financement de la recherche notamment militaire d’Amérique, finançaient déjà des projets sur le sujet. Du reste, je travaille en ce moment dans un projet financé par l’union européenne.

Comment est née cette idée de pouvoir rendre un objet invisible. Cela ne vous fait-il pas penser à la magie ?

Non, cela n’a rien à voir avec la magie, c’est plutôt de la science, avec des démarches purement cartésiennes. Il y a juste quelques années, vous aurez cru à de l’illusionnisme, si on vous parlait de l’avènement imminent du téléphone portable, d’Internet à partir desquelles on peut faire des choses impressionnantes, parfois dans un sens proche de la téléportation tant rêvée. L’idée de pouvoir se rendre invisible rôde autour de la pensée humaine depuis la naissance du monde. Elle a fréquenté toutes les cultures de l’Humanité sous différentes formes selon les contextes. On la retrouve bien implantée dans la mythologie grecque, comme c’est le cas de la Kunée, ce masque qui rend invisible, fabriqué par des créatures un peu bizarres, les Cyclopes et offert à Hadès, dieu des enfers, frère de Zeus et Poséidon. Elle est aussi bien présente en Afrique dans nos contes et légendes, dans certaines croyances, mais aussi chez certains sorciers et charlatans qui proposent des amulettes qui rendraient invisible leur porteur.

Du reste, de nos jours, beaucoup de films l’illustrent d’une belle manière, comme on peut le retrouver dans Harry Potter et la Chambre des Secrets, et tant d’autres. De la même manière, pouvoir voler comme un oiseau hantait les cultures du monde ancien, avec la fameuse histoire de Icare et Dédale dans la mythologie grecque, et cela se concrétise aujourd’hui avec l’arrivée de l’avion !

En 2006, le professeur John Pendry de l’université Imperial College en Angleterre, a proposé avec ses collaborateurs, qu’en entourant un objet d’un certain matériau artificiel, les métamatériaux bien adaptés, on pouvait le rendre invisible, transparent, … Parallèlement la même année, beaucoup d’autres chercheurs à travers le monde, ont proposé divers moyens scientifiques de réaliser ce rêve. Depuis, les recherches sur le sujet sont en pleine effervescence.

A vous entendre parler, on croirait que c’est le sujet qui va révolutionner l’humanité

C’est n’est pas trop dire que de l’insinuer, même si beaucoup d’autres thèmes de recherche, y compris dans d’autres domaines, ont aussi cette capacité de révolutionner ce monde, fort heureusement !

Que pensez-vous justement de l’état de l’éducation et de la recherche au Sénégal ? Nous avons l’un des plus vieux systèmes éducatifs modernes en Afrique, puisque nous l’avons hérité de l’empire colonial français dont la capitale se trouvait au Sénégal. Je me pose toujours la question de savoir pourquoi l’éducation reste toujours paralysée par de longues grèves chaque année, depuis la cinquantaine d’années d’indépendance du Sénégal. Il doit bien y avoir une solution à ce problème, tout comme il devrait y avoir un moyen d’inverser les taux de réussite encore trop faibles dans les universités.

L’éducation, la formation et la recherche sont fondamentales dans tout pays qui aspire à plus de développement ou tout au moins à s’y maintenir ! Elles constituent les socles sur lesquels tout pays doit baser sa vision pour les futurs proche et lointain. Sans la recherche, à termes, la seule alternative qui resterait à un pays serait seulement d’importer des produits pour les revendre. Et cela seul, ne peut développer un pays.

Le Sénégal fait beaucoup d’efforts en matière d’éducation et de recherche, mais il est encore très loin de ce qu’on attend de lui, malgré les énormes potentialités en intellectuels, plus particulièrement en spécialistes dans tous les domaines, dont il dispose. La matière première la plus abondante au Sénégal, est la ressource humaine et elle ne peut être valorisée que par l’éducation, la formation et la mise sur pied de cadres adéquats pour l’éclosion de l’innovation, du génie et plus généralement l’expression des potentialités individuelles et collectives. Cela ne peut se faire qu’avec l’implantation et le financement de centres de recherche sur des thèmes adaptés à nos besoins spécifiques, un couplage ou tout au moins, une riche interaction permanente entre l’industrie, les grandes firmes et le monde de la recherche à tous les niveaux. Il s’agit de créer un cadre compétitif qui attire aussi bien les investisseurs, que surtout toutes nos compétences éparpillées dans le monde entier. Ce serait justement une bonne chose de créer des programmes qui puissent permettre aux expatriés de revenir, au moins pour une courte période, mettre leurs compétences au service du pays, un peu comme l’idée du « Transfert de connaissance par les expatriés nationaux » initiée par le programme TOKTEN.

D’un autre côté, l’Etat du Sénégal doit mettre un accent particulier sur la scolarisation des filles, sortir les dara du système informel, mieux les prendre en charge, tout en trouvant un moyen de former les maitres coraniques aux aspects de l’enseignement, de la vie et du droit de l’enfant, qui ne sont pas forcément inclus dans leur méthode d’enseignement de la connaissance religieuse. En retour de cette prise en charge, l’Etat peut exiger que tous les enfants qui y sont formés aient aussi parallèlement une éducation à l’école moderne.

Le système éducatif a besoin d’un diagnostic et d’une réévaluation fréquents, afin de très tôt identifier les possibles problèmes en amont, mais aussi de toujours l’adapter à la nouvelle donne et aux besoins locaux, tout au moins. Dans ce sens, j’ai beaucoup apprécié l’idée de « Concertation Nationale sur l’Enseignement Supérieur au Sénégal », dont le comité de pilotage était présidé par l’éminent professeur Souleymane Bachir Diagne.

Qu’est-ce que le Sénégal peut tirer de votre expertise ?

Déjà le travail qui se fait sur le sujet de l’invisibilité en soi par exemple, par les experts, quels qu’ils soient, sera bénéfique au monde entier, puisque les applications attendues pourraient être présentes dans tous les domaines de la vie et de la science en particulier. C’est un peu comme le cas, aujourd’hui, d’Internet dont personne ne pouvait imaginer l’invention et surtout l’invasion si rapide des recoins les plus reculés du monde, lorsque les chercheurs se penchaient sur des questions qui ont fini par aboutir à sa création. En ce qui me concerne personnellement, oui, j’ai toujours été présent et à la disposition de mon pays aussi bien pour des conseils dans le domaine de la science, de l’éducation, que pour tous besoins en général. Je collabore déjà avec certains de mes collègues de l’Université de Dakar, entre autres, dans l’élaboration de certains programmes de l’enseignement académique, mais aussi et surtout dans la recherche scientifique en soi. Par exemple, j’ai déjà participé à la mise sur pied, en faculté des sciences de l’université Cheikh Anta Diop, de programmes de certains Masters spécialisés mieux orientés vers le marché du travail et les besoins locaux. Malheureusement, j’ai décroché ces dernières années, du fait de mon calendrier qui ne me laissait guère le temps de continuer le travail. Mais je suis en train de recontacter mes collègues et nous pourrons continuer le travail. En plus de cela, je me suis toujours beaucoup investi dans la vie associative. C’est vous dire que, comme c’est le cas chez tous les fils et filles du pays, toutes expertises que j’aurais acquises seront utiles au pays.

Propos recueillis par K. Goudiaby (Diaspora.fr)

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