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[ ENTRETIEN ] ABOU ABEL THIAM, PORTE-PAROLE DU PRESIDENT MACKY SALL : « L’attitude de Moustapha Cissé Lô est inacceptable »

lundi 7 mai 2012

Au palais de la République tout autant qu’au siège de l’Alliance pour la République, (Apr), on a peu goûté à la sortie du jour du tonitruant Moustapha Cissé Lô sur les ondes de Sud Fm. Et certainement à Benno Bokk Yakaar où cette sortie a fait désordre. Interrogé, le porte-parole du président de la République, Abou Abel Thiam trouve « inacceptable que des responsables se donnent en spectacle à travers les médias pour tenter de saper l’autorité du président Macky Sall ou pour stigmatiser ses alliés politiques ». Abou Abel Thiam revient par ailleurs sur les dernières décisions du chef de l’Etat, notamment l’abrogation de la taxation des appels entrants, la réactivation de la Cour de l’enrichissement illicite etc. Il se prononce également sur l’élection du président François Hollande en France.


Les investitures en direction des élections législatives continuent de susciter remous et rouspétance, il est vrai, dans tous les camps en lice. Mais chez vous, à Benno Bokk Yakkar, des voix comme celle de Moustapha Cissé Lô s’élèvent contre la tête de liste, Moustapha Niasse. Cela ne fait-il pas désordre ? L’autorité du leader de la coalition, le président Macky Sall n’en prend-elle pas un coup ? N’y a-t-il pas risque d’implosion de la coalition ?

Pour parler du cas spécifique de Moustapha Cissé Lô, il est inacceptable que des responsables se donnent en spectacle à travers les médias pour tenter de saper l’autorité du président Macky Sall ou pour stigmatiser ses alliés politiques. L’Apr est un parti démocratique ouvert où il est permis de poser toutes les questions et d’en discuter librement à travers les instances du parti. Les responsables ainsi que tous les militants et sympathisants le savent. Dès lors, il n’est pas acceptable d’étaler aussi publiquement des supposés différends, rien que dans le souci de polariser l’attention sur soi. Cette attitude est condamnable et condamnée. Car ce n’est pas responsable et ce n’est pas un exemple qu’un responsable doit donner. Cela dit, à part les foucades de Moustapha Cissé Lô, le débat qu’entraînent nécessairement les investitures me parait tout à fait normal et saint. Il est tout à fait normal que les ambitions se fassent jour. La compétition est la règle en démocratie. Un parti traversé par un tel débat est saint et vivifiant. C’est quand un parti politique cesse d’être attractif que ces instances sont mornes. Alors si le choc des ambitions se fait jour en son sein pour une représentation à l’Assemblée nationale, pourvu que cela se fasse certes dans le cadre du statut et des règles de fonctionnement du parti, la formation s’en porte mieux.

Pourquoi le président de la République a-t-il rapporté le décret portant taxation des appels entrants pris par son prédécesseur comme nous l’avons appris aujourd’hui, dimanche 6 mai ? Et comment comptez-vous compenser les 50 milliards projetés que cette taxe devait générer ?

Je crois qu’il faut comprendre la philosophie et l’état d’esprit de l’ère Macky Sall. Philosophie et état d’esprit fondamentalement axés sur la justice sociale. Au-delà de la restauration de la République, il s’agit ainsi de procéder à une remise à plat d’un certain nombre de choses. Parmi lesquelles, la correction des injustices et des hiatus dans la gouvernance publique, notamment dans ses aspects financiers. L’affaire des appels entrants a fait débat depuis la mesure inopportune de l’ancien pouvoir qui a consisté à imposer un peu plus indirectement ses concitoyens sur la base de leurs communications. Un impôt indirect qui a affecté lourdement le pouvoir d’achat des Sénégalais aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Les Sénégalais étaient par ce biais frappés d’une taxe indirecte qui grevait encore leur maigre budget. Pis notre pays était mis à l’indexe au plan international avec cette taxation. On lui a même appliqué la réciprocité enchérissant le coût des appels aussi bien sortants qu’entrants.

Tout cela fait que Monsieur le président de la République a décidé d’effacer ce décret. Qu’elles sont les conséquences ?

Un gain important pour ses compatriotes qui voient ainsi leur budget allégé de cette taxe et leurs communications avec leurs parents, amis et partenaires à l’extérieur relativement moins chères. Cette mesure participe des ruptures d’avec la gouvernance antérieure. Pour ce qui est des cinquante milliards de Fcfa projetés et dont l’utilisation était plus que douteuse, l’Etat trouvera des compensations ailleurs et d’utilité meilleure assurément. En tout état de cause, l’Etat ne peut pas continuer de présurer les citoyens pour des dépenses dont la pertinence reste à démontrer. Le président Macky Sall n’entend pas inscrire son mandat dans l’affaiblissement du pouvoir d’achat de ses compatriotes. Au contraire, il veut affermir ce pouvoir d’achat de sorte que les Sénégalaises et les Sénégalais s’épanouissent.

Pensez-vous que la Cour de répression de l’enrichissement illicite que vous cherchez à réactiver sera cette fois ci efficace ? Ne risque-t-elle pas de connaître le même sort que sa devancière sous Abdou Diouf, c’est-à-dire morte née ?

Si la restauration du pouvoir d’achat des ménages fait partie de la priorité de la demande sociale, la transparence dans la gestion des deniers publics n’est pas en reste. C’est là également une demande incompressible du peuple sénégalais. L’ancien pouvoir a été caractérisé par la fortune subite inexpliquée de certains de ses membres qui sont passés d’un état d’impécuniosité d’avant 2000, à un état de fortune faramineuse. Les audits et la réactivation de la Cour de répression de l’enrichissement illicite participent du souci du nouveau pouvoir de projeter la lumière sur ces fortunes inexplicables et inexpliquées. Il s’agit là d’une demande sociale aussi forte que celle de la baisse des denrées de première nécessité ou d’abrogation de la taxation des appels entrants par exemple. Aujourd’hui, le peuple exige de connaître la vérité sur ces fortunes et leur provenance. D’autant plus que parmi les pontes de l’ancien régime, certains bénéficient de revenus locatifs de l’ordre de 500 millions de Fcfa par mois, alors qu’il y a douze, dix ans avant, ils étaient à moins de 100 mille francs de revenu mensuel. La Cour comme tous les autres instruments juridiques dont dispose notre pays, est un levier pour connaître de l’utilisation des deniers publics en amenant ceux et celles qui étaient aux affaires à s’expliquer sur leurs subites richesses. Cela sera fait dans la légalité et dans le respect strict des libertés et des droits des citoyens consacrés par la loi fondamentale du pays.

Mais n’est-ce pas là un épouvantail que vous tentez simplement d’agiter à l’encontre de vos adversaires politiques en direction des élections législatives de juillet prochain ?

Absolument pas. C’est simplement une demande forte de nos populations. Nous sommes interpellés à chaque instant par les Sénégalais qui veulent savoir. Qui veulent un état des lieux sans complaisance. Dans ce cadre, ils ordonnent de connaître de la gestion antérieure de l’administration, des agences, mais également de ce qu’il en est de ces fortunes soudaines et arrogantes d’un certain nombre d’individus, qu’ils savaient pas du tout nantis avant 2000.

Dans ce registre de transparence, la déclaration de patrimoine du président de la République pas encore connue du grand public n’en suscite pas moins supputation et interrogations. Qu’en est-il ?

Un président de la République vient de quitter le pouvoir. Il est astreint comme à l’arrivée de faire sa déclaration. Est-ce qu’il l’a fait ? Je ne le crois pas. Le président Macky Sall a lui, procédé comme la Constitution lui en fait obligation, à sa déclaration sur l’honneur devant notaire et l’a déposée au Conseil Constitutionnel. Il est quand même bizarre de constater que l’on ne réclame pas au sortant de procéder également à sa déclaration de patrimoine comme lui en fait obligation la loi. La transparence exige que l’on fasse aussi bien sa déclaration à l’entrée qu’à la sortie. C’est ça la règle, c’est ça la loi. C’est quoi l’esprit de la loi ? C’est de prouver aux citoyens seuls juges que l’on n’a pas profité des positions de pouvoir pour s’enrichir indument. Le président Macky Sall devra être donc jugé à sa sortie et non pas maintenant que je sache. Par une sorte de renversement des choses voilà que l’on veut lui faire grief de s’être plié à la règle de transparence qui vaille en démocratie et en République. On lui fait assurément une mauvaise querelle. On ne peut décemment reprocher à quelqu’un un pêché de « droiture et de transparence » que je sache. Que ceux qui étaient là en fasse autant. En ce moment on saura qui s’est enrichi ou pas par le biais de ses positions de pouvoir.

La France vient de changer de président. On dit le président Macky Sall proche de Nicolas Sarkozy battu. Cette situation ne risque-t-elle pas d’affecter les relations diplomatiques franco-sénégalaises ?

Nous ne sommes pas plus proches de M. Sarkozy que de M. Hollande. Le président Macky Sall avait envoyé des invitations à son investiture à des amis politiques un peu partout dans le monde, notamment en France parmi lesquels, Monsieur François Hollande. A cette investiture, l’ancien Premier ministre et candidat du Parti socialiste français, M. Lionel Jospin est venu le représenter. Ce qui n’a pas empêché le Ps français d’envoyer aussi une forte délégation à la cérémonie. C’est dire l’excellence des rapports entre les deux hommes et entre l’Alliance pour la république (Apr) du Président Macky Sall et le Ps français. Il est vrai que le chef de l’Etat sénégalais a des rapports importants cordiaux et fraternels avec le président Sarkozy parce qu’ils se sont connus à l’époque où ils étaient tous les deux, ministre de l’Intérieur dans leur pays respectif. Le président Sarkozy lui a fait l’honneur de l’inviter après son accession à la magistrature suprême à Paris pour une visite d’Etat. L’un dans l’autre, ce qui importe c’est la coopération séculaire entre la France et le Sénégal, son affermissement et son développement mutuellement avantageuse. Toute à l’heure certains de vos confrères français nous demandaient si nous escomptons avec l’arrivée du socialiste François Hollande, la fin de la Françafrique. Je leur ai répondu que nous ne connaissons pas la Françafrique. Ce que nous savons ce sont les rapports d’Etat à Etat avec la France. Des rapports que nous voulons les meilleures. La France est un partenaire privilégié du Sénégal. Le président Macky Sall et son gouvernement œuvrent à consolider cet acquis et le renforcer au bénéfice bien compris des populations sénégalaises et françaises.

Madior Fall

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