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ENTRETIEN AVEC MACKY SALL, CANDIDAT DE MACKY 2012 « Si Wade dit avoir gagné avec 53 %, ce sera l’insurrection… »

lundi 20 février 2012

« Si Wade dit, le soir du 26 février : j’ai gagné avec 53%, comme ils sont en train de le faire, ce sera l’insurrection, on ne l’acceptera et nous mettrons tous les moyens à notre disposition pour le dégager du pays ». C’est ce qu’a déclaré Macky Sall, le candidat de la coalition Macky 2012 pour la présidentielle du 26 février prochain. Pour lui, Wade a mis en place toute une stratégie de confiscation du pouvoir. Dans cet entretien, il s’est aussi insurgé contre la profanation du lieu de culte, la Zawiya El Hadj Malick Sy de Dakar, par des policiers qui y ont lancé des grenades lacrymogènes.


Dans vos discours, vous ne cessez de mettre en garde Me Wade et son régime sur une probable stratégie de confiscation du pouvoir par le détournement des suffrages des citoyens. Est-ce à dire que vous êtes sûr que quelque chose se trame ?

Je sais effectivement qu’il y a une stratégie de confiscation du pouvoir qui est en train d’être élaborée dans le sens de faire croire que le Président sortant pourrait l’emporter dès le premier tour. D’ailleurs, ils viennent de nous en donner la preuve, avec la conférence de presse organisée à Paris, par leur bureau de communication, où le fils du Chef de l’Etat était sur place, ainsi que le ministre des Affaires étrangères. Mais personne ne les prend au sérieux. Dire que Wade peut gagner à 53% dès le premier tour n’a aucune réalité sociologique ou politique dans le pays. Puisque tous les observateurs avertis savent que Wade n’a même plus de parti. Vous n’avez pas vu un seul grand responsable du parti démocratique sénégalais (Pds) en campagne. Puisque tous n’y croient plus. Wade fait son tour du Sénégal par voie aérienne et partout il a été hué, sinon chassé à coup de cailloux ou des brassards rouges. Donc, il est impossible qu’il gagne, mais il veut installer les gens dans ce doute.

A vous entendre, c’est comme si le boycott de l’élection prôné par certains, arrange Me Wade. Est-ce votre lecture ?

Oui, ne pas aller aux élections avec lui, c’est faire son jeu. Parce que si les gens, du fait de la révolte normale face à sa candidature inconstitutionnelle en arrivaient à le laisser aller seul, aux élections, Wade aura atteint son but, c’est tout ce qu’il recherche. Il va se proclamer Président élu.

Dans ce cas, quelle est la bonne stratégie pour venir à bout du Président sortant ?

Je crois que la vraie stratégie, c’est de le contrer jusque dans les urnes, de le combattre partout dans le pays, ne pas lui laisser un seul millimètre d’espace. Ce que nous voyons sur le terrain, c’est cas le Sénégal est prêt pour le changement. Les Sénégalais sont pour le changement. C’est ce que j’ai constaté dans les campagnes les plus reculées. La Casamance est l’une des rares régions où Wade avait un potentiel, ainsi que la région de Kédougou. Aujourd’hui, ce sont des bastions qui sont tombés. Moi, je crois qu’il faut allier ce combat pour le retrait de la candidature de Me Wade, mais il ne faut surtout pas laisser Me Wade aller seul aux élections pour dire qu’il a gagné au premier tour. C’est une éventualité que je n’admets pas. Maintenant, s’il s’engage dans la confiscation, ce sera une autre gestion, d’une autre nature. C’est pourquoi, je l’ai mis en garde et je mets aussi en garde son ministre de l’intérieur pour son zèle.

Ousmane Ngom, le ministre de l’intérieur, est-il un élément du dispositif de Me Wade ?

Ce n’est pas la première fois qu’il s’exerce à ce type de provocation. Il avait, rappelez-vous, attaqué la Cathédrale au moment où il a voulu arrêter Jean-Paul Diaz. Il avait blasphémer l’Eglise Catholique, aujourd’hui, c’est la Zawiya El Hadj Malick Sy. Je crois que ce sont des symboles qu’on ne doit pas toucher et c’est de la provocation. C’est justement une façon pour eux de pousser à la réaction, donc d’arriver au résultat de report des élections. Je l’ai dit : on ne laissera pas une seule seconde à Me Wade après le 26 février. Ce qui fait que la situation est assez préoccupante, parce qu’à la fois, il y a la provocation du gouvernement au quotidien pour créer les conditions d’un non vote et en même temps, de l’autre côté, il y a le Président dans son discours de tous les jours et tout son appareil qui font croire que dès le premier tour c’est plié. Alors que tout le monde sait qu’il est aujourd’hui loin des 20 ou 25 %.

Si vous allez aux urnes et qu’il fraude, comme le disent beaucoup de rumeurs. Ne serez-vous pas le principal perdant ?

La fraude, c’est justement de lui laisser le terrain. Et si les gens ne sont pas dans le vote, en ce moment, il n’a même plus besoin de frauder, ça serait comme en 2007 où il n’y avait pas d’opposition. Or, ce que j’ai vu, c’est que les Sénégalais sont capables de rééditer ce qu’ils ont fait en 2000. Il ne faut pas compromettre cette voie démocratique. Il faut y aller jusqu’à son terme et épuiser le processus. Il nous reste encore une semaine. Nous nous sommes préparés depuis plusieurs années sur cette éventualité. Nous avons quasiment démantelé beaucoup de bases du Pds. Si sur le terrain électoral, il est battu, comment d’ailleurs il pourra proclamer les résultats d’emblée, sauf s’il n’organise pas le vote. Ça, je m’y m’attends, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas de conditions matérielles pour voter dans plusieurs localités où il se sait battu d’avance et après, sur la base de quelques résultats, il annonce une victoire en pleine nuit, le soir du 26 février. Ça, nous l’accepterons pas. Et puis de toutes les façons, ce combat est devant nous. Moi, je ne suis pas pressé, parce que ce combat va arriver. A partir du moment où nous avons épuisé toutes les voies démocratiques, en ce moment nous engagerons d’autres combats.

Apparemment, vous n’êtes pas dans la même logique que le M23 qui pense que le coup d’Etat constitutionnel va aboutir forcément au coup d’Etat électoral. Qu’est-ce que vous en pensez ?

S’il y a un coup d’Etat électoral, nous aviserons. Par démarche rationnelle, moi je ne peux pas, sur la base d’un fait, avoir des présomptions et bâtir toute une stratégie autour de cela. Le coup d’Etat constitutionnel ça été cette validation, totalement anticonstitutionnelle. Nous l’avons dit, mais, elle est là. Et qui a permis à Wade d’entrer en campagne, alors qu’il ne devrait pas ? Continuons le combat, il ne s’arrête pas sur ce point. Il faut le contrer et le battre électoralement. Si maintenant, il est battu électoralement et qu’il passe en force, on exigera son départ immédiat et nous mettrons tous les moyens pour cela, comme d’autres dictateurs ont été défaits. En ce moment, il ne s’agira plus de parler d’élection ou de retrait de candidature, il s’agira de dire : Wade dégage et de se donner les moyens de le déloger du palais de la République, mais on n’en est pas encore là. Moi, c’est ça ma démarche, celle de notre coalition. Nous sommes dans le M 23. Notre parti manifeste partout où les gens manifestent, mais le candidat termine sa mission, c’est dans une semaine, après on avisera. Je crois que c’est des choses qu’il faut prendre avec discernement et ne pas les traiter avec passion. Puisque moi, je connais suffisamment Wade, son système. Ce serait faire son jeu que de le laisser seul aller aux élections. Ça, c’est la meilleure façon de liquider tous les acquis que nous avons et de rentrer dans le jeu de gouvernement d’union nationale. Wade doit dégager et on peut le battre. Tous les leaders, candidats réunis, le battent à plate couture, sans même aller au second tour.

Pouvez-vous être explicite, lorsque que vous dites : nous mettrons en place tous les moyens pour faire partir Wade ?

Si Wade dit, le soir du 26 février : j’ai gagné avec 53%, comme ils sont en train de le faire, ce sera l’insurrection, on ne l’acceptera pas et nous mettrons tous les moyens à notre disposition pour le dégager du pays. Je le dis très clairement et sans ambages. C’est clair. Moi, je suis un démocrate, j’accepte le résultat, mais quand le jeu n’est pas transparent, je n’accepte pas. C’est simple. On ne peut pas laisser les gens s’amuser comme ils le font, détruire l’économie, corrompre tous les segments de notre société, détruire la cohésion nationale et vouloir ici s’imposer éternellement, nous l’’accepterons pas. C’est clair. Maintenant, si Wade veut entraîner le Sénégal vers la guerre civile, ça c’est son problème. C’est lui qui l’assumera.

A une semaine du scrutin du 26 février prochain, êtes-vous déjà dans les habits d’un président de la République ?

Non, je préfère ne pas parler ainsi. D’abord, je suis dans l’habit d’un candidat qui est au contact avec les réalités, avec les masses ; qui a, pendant plusieurs années, sillonné tout cet espace, le territoire pour rencontrer les populations ; qui connait leurs préoccupations majeures et leurs priorités. Aujourd’hui, je pense que ce message a été bien perçu et accepté. Rappelez-vous, quand j’ai quitté, c’était le 1er décembre 2008, nous avons créé, avec un petit groupe, l’Apr. Ce n’était pas évident. C’est un long processus d’un travail cumulé de plusieurs centaines de milliers d’heures de travail qui a amené cette communion avec les populations où l’espoir est permis. Donc, moi, je veux consolider cela et le confirmer par le vote et après on verra ce qui va se passer. Mais, je ne peux pas me projeter comme ça en me mettant dans les habits du Président. J’aspire à cette fonction pour justement pour apporter des solutions aux problèmes de nos compatriotes.

Vous vous voyez déjà au second tour ?

Logiquement, je devrais…au vu de notre de notre représentation nationale, je le pense, mais attendons les urnes pour voir ce que cela va donner.

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