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Entretien avec Abdel Kader Pierre Fall

lundi 20 mai 2013

Ami, proche collaborateur et conseiller de l’ancien président Abdoulaye Wade, Abdel Kader Pierre Fall qui a dernièrement quitté le navire PDS, évoque ses relations avec son ex patron Cheikh Tidiane Gadio, sa relation avec le pouvoir et son amitié avec Karim Wade.


Abdel Kader Pierre Fall, juriste, manager en finance, auditeur et consultant dans des projets de développement, administrateur du monument de la Renaissance et ancien second de Cheikh Tidiane Gadio. Issu d’une famille politique appartenant au Ps, il a fait ses premiers pas en politique au Rassemblement National Démocratique chez son mentor Cheikh Anta Diop. Après 1986, il se retrouvera aux côtés d’ Abdoulaye Wade...

Les bisbilles avec Cheikh Tidiane Gadio

Comment je suis arrivé au PDS ? « Cheikh Tidiane Gadio et moi avons soutenu le président Wade aux USA en essayant de regrouper les intellectuels autour du FCA (forum des citoyens pour l’alternance). Il avait fait de Cheikh Tidiane Gadio, le coordinateur. Nous étions assez proches de Wade, à un moment donné durant les élections de 2000. Il nous avait donné les numéros de téléphones de Karim, ses e-mails etc… A l’avènement de l’alternance en 2000, je suis venu seconder Gadio au ministère des Affaires Etrangères, d’abord comme Directeur de Cabinet, Secrétaire Général, ensuite. Par la suite, et pour des problèmes que je ne veux pas évoquer, je suis parti à la présidence comme conseiller spécial du président. C’est vrai que nous avons eu des problèmes Gadio et moi, ce qui valut mon départ du ministère. Nos relations ont été difficiles à un moment, car je n’ai pas compris son attitude qui consistant à fuir l’engagement politique. Or, j’avais décidé moi, d’entrer en politique et de prendre mes responsabilités. Certains sont allés lui raconter que je prenais du galon et risquais de lui faire de l’ombre ou de menacer son poste au niveau des affaires étrangères. Les problèmes ont dès lors commencé. Je m’en suis tenu à ma ligne en tant que secrétaire général qui consistait à gérer l’administration, le budget du ministère et le personnel. Un beau jour je suis informé que j’ai été relevé. Parce qu’en ce moment, il y avait une connexion entre Gadio, Idrissa Seck et Ousmane Masseck N’diaye. Tous les trois ont voulu m’enlever de là-bas. Ousmane Masseck je lui faisais de la concurrence à Saint-Louis et c’est plus tard que nous sommes devenus des amis. Par la suite j’ai été propulsé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Malaisie. Mais auparavant je militais à Saint-Louis dans la société civile ».

Relations avec le pouvoir actuel

« J’ai de bonnes relations avec le pouvoir. Parce que je ne me mêle pas de combat dont je ne maitrise pas les tenants et les aboutissants. Quand j’étais avec Wade, il y a eu le cas Idrissa Seck. Chacun tirait sur lui, mais je me suis abstenu. Quand il s’est aussi agi de Macky Sall et qu’on a commencé à l’attaquer je ne comprenais pas et j’étais confus puisqu’étant à l’extérieur comme ambassadeur. Je ne l’ai jamais attaqué et c’est pourquoi j’ai aujourd’hui des relations très cordiales et amicales avec lui et son entourage. Mais ce ne sont pas ces relations qui fondent mon départ du PDS ».

Le projet de dévolution monarchique, objet de son départ du PDS

« Je suis parti du PDS pour d’autres raisons. Mon départ est basé sur une analyse objective de la situation du pays et du PDS. Depuis le 23 juin au niveau des cadres du PDS nous avons eu des débats. J’étais parmi ceux qui ont clairement dit que Karim constituait quand même un problème pour le parti, même s’il n’avait pas l’intention de succéder à son père. Mais la dévolution monarchique était alors un problème qu’il fallait clarifier. Malheureusement la direction du CIS n’a pas voulu porter ce débat au plus haut niveau. Le président Wade devait clairement sortir dire à tout le monde que cela n’était pas son intention. Peut-être que s’il l’avait fait les gens allaient voter pour lui. Peut-être que Macky Sall allait rester avec lui. Je ne sais pas si c’était son objectif ou pas, mais la perception des sénégalais était unanime. Entre cadres nous en avons discuté et beaucoup ont estimé qu’il y avait un problème avec ce projet de dévolution monarchique. Ils exigeaient que Wade dise à tout le monde que ce n’était pas son objectif. Wade est intelligent comme Bush, comme un autre aurait pu aider son fils à faire une carrière politique sans recourir à des pratiques contre la constitution. Il aurait pu mettre un Souleymane Ndéné Ndiaye ».

L’affaire Karim Wade

« En venant au pouvoir Macky Sall a pris un engagement. Je ne veux pas dire que certains ont pris les deniers publics parce que je n’en ai pas la preuve. Du moment que c’est entre les mains de la justice laissons la justice faire son travail. Des affaires politico-judiciaires ont eu à exister dans ce pays et en définitive les gens ont pu, en faisant preuve de clairvoyance, régler ces problèmes en sauvegardant l’unité nationale, la paix sociale et par conséquent les conditions d’une émancipation au plan économique. L’arrestation de Karim Wade a été décidée par une juridiction. On peut être pour ou contre mais malheureusement cela a été fait. Je souhaite juste que cette procédure puisse protéger les droits de la défense et que cette procédure ne soit pas étalée sur la place publique. C’est avec beaucoup de peine que je vois Karim Wade en prison. Mais je ne peux pas commenter une décision de justice. Je sais que le gouvernement sénégalais doit s’évertuer à ce que ce procès soit un procès équitable. Karim, je l’ai connu très courtois, très poli. Les sénégalais ne l’ont pas connu ».

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