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Entretien avec le président de la République : Macky dévoile ses maquettes à Ziguinchor VIDEO

vendredi 29 juin 2012

A l’occasion du Conseil des ministres décentralisé de Ziguinchor, le chef de l’Etat, après un premier entretien accordé au magazine panafricain Jeune Afrique, a voulu s’adresser pour la première fois à la Presse nationale. Pour ce faire, il a choisi de mêler différents médias -radio, télé, presse écrite, agence de presse- et accepté de se soumettre aux questions des représentants du journal Le Quotidien, de la Télé futurs médias, de l’Agence de presse sénégalaise (Aps) de la Radiotélévision sénégalaise (Rts), aux côtés de qui se trouvait le représentant à Dakar de Radio France internationale (Rfi). Tous ces organes diffusent à travers leurs canaux respectifs, le présent entretien au cours duquel, le lecteur s’en rendra compte, aucune question n’a été éludée, ni aucune réponse escamotée. Dans son style calme, mais direct, Macky Sall n’a pas tremblé à l’oral de la presse.


Vous venez de faire 100 jours à la tête de l’Etat du Sénégal, depuis votre élection le 25 mars 2012. 100 jours c’est le délai qu’avait donné le Président Abdou­laye Wade, votre prédécesseur, pour régler la crise casamançaise. Il n’y a pas réussi tout comme avant lui, le régime socialiste. Vous héritez de ce dossier brûlant. Que comptez-vous faire pour un retour définitif de la paix en Casamance ? Depuis 30 ans, des efforts ont été faits par les différents gouvernements. Il ne s’agit pas de minimiser ces efforts. Je suis arrivé à la tête du Sénégal au moment où la question est restée entière. Il y a eu quand même des évolutions positives. Puisqu’il y a eu une sorte de trêve, un cessez-le feu qui ne dit pas son nom, mais qui, je l’espère, va se consolider. Il y a de bonnes dispositions de part et d’autre, d’après les contacts que j’ai eus avec la rébellion. J’espère que sous mon magistère nous pourrons trouver des solutions durables. Tout ce que je peux faire, c’est d’engager l’Etat du Sénégal dans la voie du dialogue, de la paix. Evi­demment, il s’agit de défendre l’intégrité territoriale. Il s’agit aussi de créer les conditions d’un dialogue pour que tous les Séné­galais, du Sud ou du Nord, puissent se retrouver dans un même territoire, dans une mê­me Nation. Que les efforts de développement soient accentués, particulièrement dans cette région naturelle de la Casamance. C’est pourquoi, saisissant l’occasion du Conseil des ministres décentralisé, j’ai lancé ce matin (avant-hier, jour de l’entretien, Ndlr) l’idée d’un développement territorial qui devra s’appuyer sur les potentialités de chaque région. Mais aussi, sur les spécificités de chaque région, pour asseoir une base de développement intégré tenant comp­te de ses spécificités et de ses potentialités. La Casamance va être le point focal de cette expérimentation. J’espère que nous pourrons, à travers des grappes à construire avec les différents projets et programmes dans la région, avec un programme accéléré de désenclavement intérieur comme extérieur par voies aérienne, fluviomaritime et terrestre, donner des réponses à la paix. La paix sans les réponses économiques, sans les réponses liées au développement ne sera que vaine tentative. Il y aura naturellement la question de la négociation, du pardon et de la réconciliation, de la démobilisation, de la réinsertion des combattants et du développement de façon générale de la Casaman­ce. Je suis pleinement engagé à cela. J’encourage toutes les forces vives, toutes les bonnes volontés, à œuvrer pour que nous nous retrouvions autour de cet idéal. De manière très concrète, le chef rebelle Salif Sadio semble favorable à l’ouverture de négociations avec les nou­velles autorités, pour peu que ces négociations se fassent sous la médiation de la communauté catholique de Sant’Egidio et hors d’Afrique. Est-ce que c’est une proposition qui vous semble recevable ? J’ai suivi le communiqué de Salif Sadio. Je pense qu’il a été authentifié. J’ai salué ce communiqué, parce que c’est déjà un effort, un pas positif. Maintenant, aller négocier à l’étranger, personnellement je ne suis pas fondamentalement opposé. Mais tout dépend du menu des discussions et de quoi nous allons discuter. Déjà, donnons des chances à la négociation. Ne campons pas sur des préalables. De toutes les fa­çons je pense que c’est un pas et ce pas devrait être de mon point de vue, confirmé par la libération des otages ou des prisonniers, peu importe l’appellation. Ce serait un pas vers cela. Et aussi il faudrait un cessez-le feu clair et net. Le reste serait discutable.

Est-ce que vous seriez prêt à envisager de lever le mandat d’arrêt qui pèse sur Salif Sadio ? Si ça doit être un préalable pour aller vers la paix, absolument.

On sait l’espoir qu’avait suscité votre déplacement en Gambie au début de votre magistère. Alors, au-delà du symbole, comment les choses évoluent concrètement ? Est-ce qu’il y a un début de mise en œuvre des engagements pris par Banjul ? Je profite de votre question pour remercier le Président Yaya Jam­meh qui a joint l’acte à la parole. Après mon séjour de Banjul, il a effectivement initié des actions que j’ai suivies et j’ai eu le compte rendu régulier. Vous savez, dans cette matière, on ne peut pas en même temps travailler et communiquer. Je peux simplement vous rassurer que des efforts sont faits dans cette direction.

Vous avez fait une visite dans des cantonnements militaires à Mpack et vous avez promis une aide accrue ou un soutien aux forces engagées pour la défense du territoire national. En quoi consistera ce soutien et quelle aide comptez-vous apporter aux blessés et mutilés de guerre, parce que cette zone a fait beaucoup de victimes dans les rangs des forces armées. La question de la défense nationale ne peut pas être traitée fondamentalement dans l’immédiat. Je viens du poste de Mpack, dans la zone 5, à la frontière avec la Guinée-Bissau, où j’ai pu voir comment nos soldats travaillent au quotidien, de jour comme de nuit, pour défendre l’intégrité du territoire et assurer la sécurité des personnes et des biens. C’est l’occasion pour moi de rendre un hommage mérité aux forces armées sénégalaises, de saluer leur courage et leur engagement. Ils travaillent parfois dans des conditions extrêmement difficiles pour la défense de l’intégrité du territoire national. Pour cela, en ma qualité de chef suprême des Armées, je me dois de leur assurer les meilleures conditions pour assumer cette fonction régalienne. S’agissant maintenant du moral des hommes, j’ai décidé de doter l’Armée nationale de moyens, en ce qui concerne les œuvres sociales. Jusque-là, les soldats qui perdaient la vie sur le théâtre d’opérations, leurs familles n’avaient droit à rien du tout. Il n’y avait pas de capital-décès pour le soldat qui est en période de durée légale. Rien n’était versé aux familles. J’ai décidé par rapport à la jurisprudence du Joola que dorénavant, 10 millions de francs Cfa seraient versés aux familles des soldats disparus, morts sur le théâtre d’opérations. Mais également, la même somme pourrait être versée aux mutilés graves et blessés de guerre. En dehors de cela, des efforts seront faits dans l’équipement individuel pour la protection du soldat contre les balles, les mines antipersonnel. Des moyens militaires normaux leur seront donnés pour pouvoir assumer leur mission.

Parmi les causes avancées pour expliquer la persistance de la crise, on parle d’une nébuleuse d’intérêts de personnes plus ou moins identifiées, qui tireraient les ficelles de cette crise et qui en profiteraient. Avez-vous appréhendé cette crise sous le registre de la complexité du problème par rapport aux intérêts inavoués ? Dans chaque crise, il y a ce qu’on appelle l’économie de la guerre. Vous avez le seigneur de guerre ailleurs, les professionnels qui opèrent dans un sens ou dans un autre. C’est normal. Ici dans le cadre de la recherche de solutions, les différents gouvernements ont dû s’appuyer sur des personnes pour essayer de trouver des solutions à cette crise qui n’a que trop duré. Evidemment, toutes ces personnes ne sont pas forcément animées par la même intention. Il n’est pas exclu qu’il y ait eu des personnes qui étaient cupides. Pour le moment, nous n’en sommes pas là, puisque nous ne sommes pas dans cette logique de donner des missions à des « Monsieur Casamance » ou de donner des ressources financières à des personnes pour transférer de l’argent en direction du maquis ou des questions de cette nature. Par contre, toutes les bonnes volontés qui se manifestent, qui par des contacts divers pouvant amener les uns et les autres à faire avancer les positions, seront les bienvenues et seront considérées comme interlocuteurs.

Concrètement quelle sera la stratégie de Macky Sall pour dénouer la crise casamançaise ? Il n’y a pas de stratégie de Macky Sall. Il y a des acteurs au sommet de l’Etat, le chef d’Etat, ses services, des ministères comme celui de l’intérieur et des Forces armées, comme la Gambie et la Guinée-Bissau, qui sont des pays arrière-bases de la rébellion. Il faut essayer de sensibiliser ces pays qui sont de fait, parties prenantes, dans la mesure où nos territoires sont liés. Il faut aussi tenir compte de la réalité de la composition sociologique de la population casamançaise. Vous avez les femmes, les cadres casamançais, les autorités coutumières et religieuses, l’Eglise. Il faudra écouter tout le monde et essayer d’avancer vers le dialogue en apportant des stratégies concrètes pour le développement, la réinsertion et la réintégration. C’est une stratégie globale.

Sur l’approche du développement territorial, est-ce qu’il s’agit d’une discrimination positive pour la Casa­mance ou une remise à niveau par rapport aux autres régions ? Il s’agira d’une politique nationale. Seu­lement, je voudrais commencer avec Ziguinchor qui est la région naturelle de la Casamance. Vous savez, la réforme administrative de 1972 a débuté à Thiès. Parce qu’une réforme, il faut bien l’expérimenter quelque part. A partir du moment où, sur un théatre d’expérimentation vous avez des résultats, vous pouvez ajuster votre stratégie et la déployer à l’échelle nationale. Donc il s’agira d’une politique nationale de développement territorial. Mais le théâtre d’application initial va être Ziguinchor, parce que nous avions déjà le Programme de développement des activités économiques et sociales en Casamance. Nous avions également le Programme d’appui à la reconstruction de la Casamance, avec la Banque mondiale. Il s’agit de mettre tout cela en cohérence et d’y ajouter le volet désenclavement. Renforcer la construction de la piste d’atterrissage, pour donner à la région sud de véritables aéroports de dimension internationale afin d’accroître la possibilité de recevoir plus de touristes. Il s’agira aussi de revoir les routes par lesquelles on doit voyager vers la Casamance sans grande difficulté. Il faudra aussi voir avec la Gambie, qui vient de signer avec le Sénégal l’accord pour le financement de la construction du pont de Farafégné. Il me faut aussi sur le plan maritime, renforcer le bateau Aline Sitoé Diatta. Je dois dire qu’il y a deux autres bateaux en construction grâce à la coopération coréenne. C’est tous ces programmes qu’il faut soutenir et démarrer au plus vite.

En arrivant au pouvoir le 3 avril 2012, vous avez trouvé le Sénégal dans un certain état. D’aucuns ont dit que les caisses de l’Etat étaient vides, et beaucoup de bruit a couru autour de cette question. Alors dites-nous, comment avez-vous trouvé les caisses de l’Etat ? Dire que les caisses de l’Etat sont vides, c’est juste une expression. Il faudrait en avoir une vision imagée. L’Etat du Sénégal est un Etat pauvre par définition. Nous sommes classés parmi les pays pauvres très endettés, donc nous n’avons pas d’argent. Ensuite, la solidité de notre économie malgré ce statut, dépend de nos performances économiques et de la validité de notre ca­drage macroéconomique. Dans ce cadre, l’un des indicateurs essentiels est d’avoir un déficit budgétaire soutenable. Et le critère de convergence de l’Uemoa a fixé ce niveau du déficit à 4%. Au moment où je prenais service, le déficit était de plus de 7,5%, ce qui équivalait à plus de 652 milliards de déficit par rapport au budget déjà voté en 2012. Moi, je suis venu avec un programme social qui me tenait à cœur. J’avais décidé de travailler pour la réduction des prix des denrées de première nécessité. Cela me paraissait impératif. Et j’ai tenu, malgré cette situation, à faire bénéficier aux Sénégalais de cette réduction, pour alléger la souffrance des populations. Heu­reu­sement sur une denrée stratégique comme le riz, c’est le patriotisme de l’Unacois et de ses commerçants qui nous a sauvés, pour que nous n’ayons pas à soutenir davantage cette baisse. C’est une valeur de l’ordre de 40 francs sur le kilogramme qui est prise sur leurs marges. Sur l’huile aussi, dans les fûts… On ne parle pas de l’huile pour les gens qui ont les moyens. Il ne s’agissait non plus de subventionner le riz de haute qualité. Il s’agit de subventionner les ménages les plus pauvres, les plus démunis. Cela, grâce à la coopération avec l’Unacois ne nous a finalement coûté que 8 milliards sur les 9 mois qui restent. Donc moi, j’ai accru le déficit de 9 milliards sur ce plan. Mais il y avait un autre déficit. Pour la Senelec, vous savez que pour maintenir les prix actuels, il fallait que l’Etat mette cette année 105 milliards. Or, eux n’avaient prévu dans le budget 2012 que 40 milliards de francs Cfa. Donc, il y avait un déficit de 65 milliards à trouver. Donc nous l’avons rajouté. Au moment où je prenais le pouvoir, tout le monde sais qu’il y avait la famine en milieu rural, puisque dans tout le Sahel, l’année 2011 a été catastrophique. Le gouvernement qui m’a précédé devait lancer un appel à l’aide internationale et surtout mettre des moyens pour soutenir ces efforts. Cela n’a pas été fait. Alors j’ai fait inscrire 30 milliards pour le soutien alimentaire d’urgence. La coopération internationale nous a évidemment aidés et c’est le Pam avec d’autres partenaires qui sont en train de distribuer cette aide en faveur des populations les plus démunies. Elles ont été évaluées à plus de 800 000 personnes au­jourd’hui touchées par ce fléau. En plus de cette aide alimentaire, il y a eu l’aliment de bétail qui a été fortement subventionné, parce que le bétail aussi a été éprouvé. Maintenant, il fallait aussi préparer la prochaine campagne agricole. Parce qu’on n’est pas simplement dans l’aide, mais il faut de la production. Et pour accompagner cette production, nous avons également décidé de mettre 34 milliards pour la campagne présente, sous forme de subvention pour les semences, à hauteur de 24 milliards et de subvention pour les engrais pour le reste. Au total nous avons mis 34 milliards plus 8 milliards que le Fao vient de décider de mettre en termes d’addition. Cela a accru le déficit, on est à presque 8%, ce qui est insoutenable. Ce n’est même pas possible de signer avec le Fonds monétaire. Alors qu’est-ce qu’il faut faire ? J’ai décidé à partir de ce moment, de réduire le train de vie de l’Etat, faire des programmes d’ajustement interne pour réduire les dépenses. En les réduisant, on réduit le niveau du déficit. C’est la raison pour laquelle d’emblée, j’ai dit que je ne dépasserai pas 25 ministres dans le gouvernement. On est passé de 38 à 25 ministres. Il y a eu le débat sur les ministres-con­seillers, mais vous savez très bien que le ministre-conseiller est un statut. Il n’y a aucune charge en dehors de son salaire personnel. Et donc nous avons réduit drastiquement les structures, puisque 38 ministères c’était autant de directions et d’agences. Nous avons fait là aussi l’effort de supprimer 60 structures - agences, directions et directions nationales. Aujourd’hui, j’ai attaqué la carte diplomatique pour toujours rationaliser et réduire les dépenses. La vente de l’avion, même si cela n’a rien apporté parce qu’on devrait le bazarder à trois ou quatre millions de dollars peu importe, mais il nous permet de gagner 5 milliards d’entretien et de fonctionnement annuels. Ce sont ces économies d’échelle sur l’ensemble du fonctionnement de l’Etat, qui nous a permis avec le soutien de la France, qui dès mon élection, a décidé d’octroyer un appui budgétaire de 150 millions d’euros. D’ailleurs, je vais voir le Président Hollande la semaine prochaine et ils vont faire le premier décaissement. Cet effort plus l’ajustement interne, nous a amenés à un niveau de déficit déjà de l’ordre de 6,5% en 2012. J’essaie de finaliser les négociations avec Tigo et si on arrivait à trouver un accord, on va encore baisser ce niveau de déficit. Nous nous projetons en 2014, à une convergence autour de 4%. Ça, c’est une orientation stratégique forte. Pour le reste, nous allons essayer d’appuyer le secteur social, sans oublier le secteur de la production. Il faut encadrer la productivité pour le développement. Tout cela tourne autour de l’agriculture, avec toutes les mesures d’accompagnement. Le renouvellement du capital semencier avec différents pays.

Sur quel levier précis comptez-vous vous appuyer pour amorcer une véritable croissance économique du pays ? La bonne question serait : sur quel secteur s’appuyer pour amorcer ou accélérer la croissance économique. Cela n’a rien à voir avec les questions de fonds spéciaux ou de fonds politiques. Le secteur le plus adéquat pour accroître la croissance reste l’agriculture, le secteur primaire. D’abord, on a vu que c’est devenu une loi empirique qu’à chaque fois que nous avons une bonne pluviométrie et un bon encadrement, il y a eu une évolution quasiment parallèle entre la production agricole et la productivité nationale, donc l’augmentation du Produit national brut. L’agriculture est un secteur de production qui emploie énormément de main d’œuvre. C’est aussi par ce secteur que nous pouvons amorcer le développement du secteur industriel, grâce aux industries de transformation. Ensuite, vous avez le secteur des services, à travers les Tic, qui impacte à hauteur de 12% notre production nationale. Mais c’est l’agriculture combinée au tourisme, qu’il faut redéfinir et redonner une chance à ce secteur vital qui jadis avait fait les beaux jours du Sénégal. Mais pour relancer le secteur du tourisme il faut un certain nombre de réformes structurelles. Il faut d’abord changer la façon dont notre pays est aujourd’hui encadré en termes de transport aérien, de gestion des aéroports, de politique de redevances tous azimuts, qui surchargent le prix des billets vers la destination Sénégal. Alors que pour d’autres destinations toutes aussi belles vous avez des billets pratiquement au tiers du prix. Cette réflexion est déjà engagée au niveau du gouvernement et nous allons travailler à ouvrir le ciel de Dakar surtout sur la destination Paris, en plus de deux compagnies françaises comme Corsair qui veulent « compétir » depuis quatre ans. Nous avons un pavillon national à protéger, à soutenir mais il faut en même temps trouver l’équilibre, tout en permettant l’ouverture des lignes et en réduisant la redevance au niveau de l’aéroport international de Dakar. Il faudra également renforcer une meil­leure régulation dans le secteur des télécommunications et avoir une gestion tout à fait vertueuse. Parlons des fonds spéciaux. Nous avons un budget de plus de 2 500 milliards de francs Cfa. Les fonds ne dépasseraient pas 7 à 8 milliards de francs Cfa par année. Ces fonds spéciaux n’ont jamais fait l’objet de discussions mais je dois vous dire que ce sont des fonds qui permettent de régler un certain nombre de situations et de dossiers qui ne peuvent toujours pas être livrés à la presse parce qu’un Etat ne fonctionne pas comme cela. Tout ce que le président de la République est amené à gérer, il ne peut pas le mettre sur la place publique. Je ne pense pas que le vrai débat soit autour de cette question, mais que globalement la gestion des ressources publi­ques soit faite dans un climat de transparence et surtout d’imputabilité, où les gestionnaires de fonds publics devront être amenés à rendre des comptes.

Vous avez proposé un dispositif de création de 500 000 emplois dans le programme Yoonu Yokouté. Où est-ce que vous en êtes ? Mais je viens d’arriver. Laissez-moi poser mes bagages. Pour parler sérieusement, le programme avait fait une projection sur sept ans. L’ambition, c’était de créer 500 000 emplois principalement dans le secteur primaire : le secteur de l’agriculture, de la production de l’aquaculture, de l’élevage, de la production animalière. Mais ces emplois pour être créés, il faudra permettre au pays de former sa jeunesse. C’est pourquoi avant de répondre à ce besoin, ma priorité aujourd’hui est de développer des pôles de formation professionnelle dans toutes les régions. C’est inscrit déjà. A partir de 2013, nous allons construire un centre de formation professionnelle dans chaque capitale régionale. Des centres qui auront des spécialités selon les potentialités des zones. Ici par exemple, à Ziguinchor, nous mettons l’accent sur l’agriculture, sur les métiers du tourisme mais également sur les métiers de la pêche, etc. Dans le Nord, un accent sera mis sur les métiers de l’élevage, les transformations des produits laitiers mais également sur l’agriculture irriguée. Ailleurs c’est d’autres spécialités qui seront développées, dans la zone de Thiès autour de l’industrie avec toutes les zones industrielles, etc. Je travaille avec un certain nombre de pays à monter très rapidement ces centres de formation en plus de l’université du Sine Saloum que je compte mettre en œuvre à Kaolack. Donc, le système éducatif de formation va être vraiment l’ossature ou la plateforme qui permettra de donner des réponses au secteur agricole, au secteur économique pour que la jeunesse soit à même de répondre.

Est-ce qu’au cours de ces cent premiers jours, vous avez déjà pu poser des actes qui permettront de trouver une solution durable aux problèmes des délestages ? L’énergie est un problème majeur pour le Sénégal. Un problème que je connais parce que je suis géologue. Je connais le secteur, j’y ai évolué parce que j’ai été ministre de l’Energie. Nous avons un problème structurel, d’abord, dans le secteur de l’énergie. Un système de production basé sur le thermique quasiment, à l’exception de l’hydro-électricité qui nous vient de Manantali qui est très faible, 80 mégawatt a peu près sur une puissance sollicitée de 500. Récemment avec le Plan Takkal, on a même utilisé du gasoil. Donc c’est comme des véhicules qui sont utilisés pour fabriquer des mégawatts. Tant qu’on n’a pas fait le saut pour nous appuyer sur une base thermique telle que le charbon qui a été lancé et qu’il faudrait poursuivre. Ma solution idéale, ce n’est pas le charbon, mais en attendant on n’a pas tellement le choix. Aujourd’hui, il y a des perspectives qui se dressent avec une importante découverte de gaz en Mauri­tanie. Si cela est confirmé, un partenariat étroit avec ce pays devrait nous permettre, dans un bénéfice mutuel d’arriver à une production d’énergie abondante à bon marché, et surtout d’une énergie propre. Nous évoluons vers les énergies propres, l’économie verte. Nous sollicitons cela. C’est dans un horizon de 4 à 5 ans, si tout cela est confirmé. Mais en attendant, il nous faut mettre à profit la centrale à charbon. Il nous faut optimiser les ressources actuelles à travers les partenariats publics-privés, qu’il faudra encourager davantage.

Toujours est-il que les coupures de courant sont revenues. C’est la période de chaleur, on risque d’assister à une situation encore plus difficile. Qu’est-ce que vous allez faire, poursuivre le plan Takkal ou l’abandonner ? Dans le contexte actuel, on ne peut pas encore l’abandonner. Puisque si vous l’abandonnez vous renoncez à près de 150 mégawatts qui sont horriblement chers. Mais nous accélérons la réfection des centrales en apport de certaines centrales de la Senelec qui sont aussi une composante de ce plan et nous sommes en train de voir dans quelle mesure un abandon partiel de certaines centrales de location pourrait permettre le plein recouvrement des capacités de Kounoune qui peut déjà donner davantage de capacité et réduire le coût, puisqu’aujourd’hui nous sommes presque à 6 milliards par mois en termes de combustible rien que pour ces centrales. C’est intenable. La solution, c’est de supporter ce coût, le temps de mettre de grandes capacités à un niveau beaucoup moins cher. C’est de cela justement que des Coréens sont en train de discuter avec la Senelec. Mais encore une fois, l’option pour nous, je l’ai dit à nos partenaires, c’est une énergie propre. D’ici là nous n’avons d’autre choix que le charbon qui pourrait nous revenir autour de 60 à 70 francs le kilowatt/heure alors qu’aujourd’hui on paie plus de 120 francs. Pour certaines capacités, c’est presque 175 francs.

Vous allez augmenter le prix de l’électricité ? Pour le moment, il ne s’agit pas d’augmenter le prix mais si les tendances devaient se poursuivre, si les produits des hydrocarbures devaient augmenter, en ce moment ce serait une situation qu’il faudra envisager. Pour le moment, cette année, nous avons mis 105 milliards. La solution durable, c’est de créer les conditions d’un approvisionnement mieux rationnalisé tant pour les hydrocarbures que, disons, pour la source d’énergie elle-même. Les recherches sur nos bassins sédimentaires se poursuivent et sont de bon augure et d’ici là nous sommes obligés de solliciter des énergies moins coûteuses afin de pouvoir faciliter une compétitivité de notre économie.

Vous avez trouvé des contrats dans le secteur minier qui ne sont pas toujours à l’avantage du Sénégal. Allez-vous les laisser en l’état ou allez-vous vous engager dans une logique de renégocier ces contrats ? Il y a eu des difficultés sur certains. Sur d’autres, les contrats ont été signés en fonction du Code minier. C’est le Code minier lui-même qui n’a pas donné des avantages à nos pays. Depuis quelques années, la tendance a été au sein de l’Uemoa de rendre attractifs les investissements au point de ne réserver aux pays que 15% des ressources de leurs sous-sols. C’est absolument inacceptable de mon point de vue. Les 15% sont, bien sûr, un pourcentage où l’Etat ne supporte pas les investissements. Mais il y avait une clause dans le Code minier sénégalais qui permet à l’Etat de monter jusqu’à 25% ou de mettre des nationaux qui pourraient monter jusqu’à 25% en participant aux investissements. Aujourd’hui, sur la mine de fer la plus importante, la Falémé, je dois dire pour le regretter, que le Sénégal, par une mauvaise gestion de ses contrats a été condamné à payer 75 millions de dollars. Ça a été fait en catimini parce que ça n’a pas été évoqué dans la presse. Pourtant le Sénégal les paie en ce moment. Après cela, le contrat a été donné à Mittal. Depuis lors, il n’a pas réalisé d’investissements ici. Aujourd’hui le Sénégal est encore en arbitrage sur ce dossier avec le même Mittal. Je tenterai de rencontrer le patron de Mittal pour trouver une solution à l’amiable, afin de nous permettre d’exploiter le minerai de fer puisque nous avons grâce à la conjoncture, des compagnies capables de participer à la construction de chemin de fer, du port minéralier de Bargny. Il est possible de faire des combinaisons puisque le tout demande un investissement très lourd de plus d’un milliard de dollars voire 1,5 milliard. Des compagnies se sont présentées, mais il faudrait nettoyer le contentieux afin de nous permettre de nous relancer. J’ai instruit le ministre des Mines de faire le point sur tous ces contrats. Mais je ne peux pas dire que tout est mauvais. Je ne peux pas dire non plus que tout est bon. J’attends la finalisation de toutes ces évaluations pour pouvoir me prononcer sur toutes ces questions.

Où en est la mise en œuvre de la couverture médicale universelle promise ? Nous allons y travailler avec le ministère de la Santé, en liaison avec les différents acteurs, les assureurs, les Instituts de prévoyance maladie (Ipm) pour définir les mécanismes de financement de ce fonds de couverture maladie universelle. Déjà nous avons décidé en Conseil des ministres que certains soins dans les hôpitaux doivent être gratuits. Les institutions vont prendre en charge une partie de la couverture et les coopératives vont prendre en charge l’autre partie.

Quelle option de sortie de crise pour l’école ? Nous sommes d’accord pour organiser de véritables concertations autour de l’école. Nous avons engagé le gouvernement dans une négociation globale du secteur de l’éducation et de la formation. Toutes les questions seront posées pour stabiliser l’environnement scolaire et universitaire. Ensuite, il va falloir faire en sorte que les moyens déployés servent à l’accès et à la qualité de l’enseignement et de la formation. En plus, nous allons valoriser le métier d’enseignant. Il y aura des Assises de l’éducation.

Jusqu’où êtes-vous prêt à aller dans les audits, dans la sanction contre ceux qui sont accusés d’avoir dilapidé les fonds publics ? Vous avez fait partie du gouvernement de l’alternance ; on vous reproche de devoir assumer un certain passif. Vous avez des amis aujourd’hui dans l’opposition et qui se retrouvent sous le coup de la justice. Jusqu’où la machine judiciaire va-t-elle aller ? Y aura-t-il un blocage à votre niveau ? Il faut remettre les choses à leur place. Il n’appartient pas au président de la République que je suis, de juger des gestionnaires ou même de les envoyer devant la justice. Mon rôle a été de ne pas protéger des amis supposés fautifs. Il appartient à la justice de dire ce qu’il en est, et aux personnes épinglées de se défendre. C’est cela un Etat de droit. Le rôle du président de la République n’est ni de protéger, ni d’enfoncer un ami. Je ne le ferai pas. Je n’enfoncerai personne mais je ne protégerai personne.

Dans nos pays un président de la République a beaucoup de pouvoirs, même si c’est de façon officieuse... C’est la Constitution qui confère au président de la République des pouvoirs, en tant que chef de l’Exécutif. Vous savez que tout est question d’appréciation et du rôle qu’on se donne en tant que président de la République. Je considère que nous devons faire confiance à notre justice. Elle doit être une administration autonome dans ses jugements et dans son fonctionnement. Le rôle du Président n’est pas de se mêler des activités de la justice. Maintenant, il faut que les gens comprennent qu’ils sont appelés à défendre un bilan et à rendre des comptes positivement ou négativement.

Dans leur ligne de défense, ceux qui sont ciblés, évoquent votre participation dans les différents gouvernements de Abdoulaye Wade C’est une fuite en avant. Je n’ai participé à aucune malversation. Ils avaient largement le temps de vérifier. J’étais un adversaire farouche de Abdoulaye Wade. Je pense qu’ils ne m’ont pas fait de cadeau. Ils ont même voulu m’accuser de blanchiment d’argent. S’ils avaient des cas avérés, ils allaient les exploiter contre moi. Ils avaient largement le temps de le faire. J’ai participé pendant sept ans et non huit ans dans leur gouvernement. Il est clair que je faisais partie de leur combat et j’en ai assumé le bilan. Dans ce bilan, il y a un actif, un passif, un bilan personnel et collectif moral. Sur le plan personnel, on ne peut pas me reprocher d’avoir mal géré un fonds ou un budget sinon ils m’auraient traîné sur la place publique. Je partage le bilan collectif. Aujourd’hui, il s’agit pour ceux qui ont géré de répondre et pas le président de la République. Quand je finirai, je vais répondre. Pour le moment, c’est une perte de temps de parler de la gestion du Président Macky Sall quand il était ministre.

Cette spirale des audits ne risque-t-elle pas de déboucher sur une chasse aux sorcières ? Il n’y a pas de sorcières à chasser. Encore une fois, il ne s’agit pas de juger le régime de Abdoulaye Wade. On est dans l’audit d’une gestion. Ceux qui ont eu à gérer, doivent en rendre compte. Puis, on évalue. Parmi eux, il y a des gens qui ont bien géré. Ils ne s’inquiètent pas. S’il arrive que d’autres aient des difficultés, il faut qu’ils répondent devant la justice. C’est tout. Donc, il ne s’agit pas de dire qu’il s’agit d’une chasse aux sorcières. Je rappelle que ces audits ont été réalisés par le régime passé en 2008, 2009 et 2010. Vous vous rappelez des rapports de la Cour des comptes, de l’autorité de régulation des marchés publics et de l’Inspection générale d’Etat…

Qu’en est-il de l’attitude de Abdoulaye Wade qui continue à faire de la politique contre vous ? Je n’ai aucun commentaire à faire là-dessus. C’est son choix personnel, qu’il assume. S’il considère qu’il doit continuer à faire de la politique pour rester mon adversaire, je le respecte. Mais j’aurais souhaité qu’il soit traité comme un ancien chef d’Etat qui mérite notre confiance, notre respect et notre considération. Mais s’il plonge dans la fosse politique, il sera traité comme un opposant. Je pense que pour tout ce qu’il a pu faire dans ce pays, pour son parcours, sa place n’est pas dans l’opposition.

A son arrivée en 2000, Wade avait absous Abdou Diouf. Est-ce que vous êtes prêt à l’absoudre ? C’est un abus de dire que Abdoulaye Wade avait absous Abdou Diouf. C’est exagéré même. Je récuse ces propos. Un président de la République n’absout pas. Un président de la République peut dire qu’il ne va pas entrer dans un débat de caniveau en fouillant dans les détails, la gestion de son prédécesseur. Cela peut être une position d’un homme d’Etat. Mais un chef d’Etat n’absout pas. Personnelle­ment, je ne voudrais pas essayer de salir le président Wade. Mais il ne doit pas se mettre à dire que le nouveau pouvoir ne va pas durer trois mois, etc. Il se met à nous critiquer. Nous sommes obligés de réagir avec des moyens politiques.

Le ministre de la Justice disait que Abdoulaye Wade est difficilement res­pectable… Je ne l’ai pas entendu dire cela. Donc, je ne peux pas y porter un commentaire. Vous savez que j’ai toujours respecté le président Wade pour plusieurs raisons. D’abord pour son âge. Puis, il a été mon leader politique. Il était également mon président de la République. Pour toutes ces raisons, il doit être traité avec considération et respect. C’est un ancien président de la République. Maintenant, s’il (re)descend dans l’arène politique, parce qu’il aime la politique, je lui dirai bienvenu.

Seriez-vous prêt à faire de Wade un Premier ministre ? Je ne pense pas que Abdoulaye Wade serait disposé à être un Premier ministre. Ce serait difficile. Ma gouvernance est celle du terrain. Il faut beaucoup de capacités physiques. Ce ne serait pas très heureux de faire travailler un homme de son âge. Je pense que c’est une caricature, le président Wade mérite une retraite. Il peut réfléchir sur l’avenir de l’Afrique, écrire ses mémoires, donner son avis sur les crises multiformes qui sont devant nous. Je veux parler de la Guinée-Bissau, du Nord Mali, de la Casa­mance. C’est ce rôle-là qu’il devrait jouer. Ses avis seront les bienvenus. Je parle au président Abdou Diouf, pourquoi pas à lui. S’il me donne des avis, j’en ferai bon usage.

Vous aviez dit que la famille Wade était envahissante par rapport à la gestion des affaires de l’Etat. Karim Wade a eu à exercer des responsabilités politiques au Sénégal. Alors, y a-t-il un cas Karim Wade au Sénégal ? Je pense que s’il y a eu un cas Karim Wade, c’est dans le passé. Pour le rôle qu’il a eu à jouer dans la sphère publique. Mais aujourd’hui je ne le pense pas. Maintenant il est justiciable comme tout le monde et il doit aussi, en tant que gestionnaire, rendre compte de sa gestion comme tous les autres. Mais, il n’y a pas de cas Karim Wade. S’il doit être audité dans sa gestion, et il le sera d’ailleurs comme tous les autres, Karim Wade sera audité.

Ne pensez-vous pas que toute la crise que le Sénégal est en train de vivre est liée à l’intrusion de la famille de Wade dans l’espace de la gestion de l’Etat ? Ne pensez-vous pas que le combat que Wade est en train de mener est de type familial ? Je ne voudrai pas focaliser mon temps sur la famille du président Wade ou Wade lui-même. Il avait choisi de se faire accompagner par les membres de sa famille. Le fait en soi n’est pas d’ailleurs un fait inédit. Des chefs d’Etat introduisent leur famille dans le management. Mais seulement ils exposent leur famille à la critique publique. A partir du moment où on assure une charge publique, on est plus dans le domaine privé. Mais, je pense qu’aujourd’hui les Sénégalais ont mis un terme à cette situation-là. Ce n’est pas la peine d’insister outre mesure. Comme j’ai eu à le dire, tous ceux qui ont géré des ressources publiques devront, comme tous les autres citoyens, rendre compte de leur gestion tout simplement. Ce n’est pas la peine d’en faire des cas particuliers ou d’insister outre mesure. Il faut les mettre au même niveau, même s’ils font partie de la famille de Me Wade. Je me garderai aussi de tout acharnement contre sa famille.

On vous reproche d’avoir pris part à la campagne des Législatives et la loi vous l’interdit… On me reproche d’avoir ma photo sur les affiches. J’ai respecté la décision de la Cour d’appel de Dakar. C’est le respect de la chose jugée. Vous savez que je peux avoir un avis différent mais, je respecte la décision de la justice parce que je suis un démocrate. Je veux que tout le monde respecte la décision de la justice. Moi qui vous parle, j’étais le candidat du Pds aux Législatives de 2007 et les affiches sur lesquelles je figurai j’y étais avec le Président Abdoulaye Wade, lui en première ligne et moi en seconde. En 2007, cela n’a pas posé de problème. La Cour d’appel n’avait pas jugé nécessaire de rendre une décision parce que certainement il n’y avait pas de recours. En 2001, le Conseil constitutionnel l’avait récusé et cela a fait l’objet de plusieurs interprétations. Encore une fois nous respectons la loi c’est pourquoi j’ai appelé immédiatement mes amis de Bennoo bokk yaakaar pour leur dire d’enlever ma photo sur les affiches. Ils ont finalement trouvé un mécanisme, c’est le fait de mettre une sorte d’autographe collé à la place de ma photo. Je vous dis que dans les plus grandes démocraties comme la France ou les Etats-Unis ce débat ne se pose pas. La photo de Hollande, par exemple, a été brandie dans tous les meetings du Parti socialiste. J’ai vu lors des temps d’antenne sur France 24, l’actuel Premier ministre faire une propagande pour la liste de la majorité. Cela n’a gêné personne. Mais comme ici ça gêne, on l’accepte puisque c’est notre démocratie. Un président de la République, il lui faut une majorité pour gouverner et vous voulez qu’il soit neutre par rapport aux listes qui sont en compétition. Imaginez que je n’aie pas une majorité à l’Assemblée, cela veut dire que tout le programme que je suis en train de développer ne verra jamais le jour. On ira vers une cohabitation et un blocage à terme des institutions. Le Niger l’a connu. Aujourd’hui, devant les périls qui se posent, sur les risques terroristes, sur la situation en Casamance, sur les périls causés par la drogue, si nous avons un Etat où l’Exécutif est bicéphale, nous allons vers la déstabilisation des institutions. C’est clair. Je pense que, moi qui ai renoncé à deux années de pouvoir, les Sénégalais qui m’ont élu par plébiscite le 25 mars, doivent me donner une majorité et me juger au terme des 5 ans. Si vous élisez un Président et vous ne lui donniez pas une majorité, il y aura de la cacophonie, les résultats seront désastreux pour le Sénégal. Un Président doit pouvoir dire que je soutiens telle liste, parce que c’est elle qui va devoir soutenir mes politiques. Un Président a besoin d’une majorité parlementaire pour gouverner. C’est comme cela que marche le système. Nous sommes en politique, mais nous sommes aussi dans une République et la Constitution ne l’interdit nulle part. Mais les juges ont interprété et nous respectons.

Est-ce qu’on peut s’attendre à une réforme de la loi électorale en ce sens ? D’autant que vous avez un chantier de réforme institutionnelle avec une nouvelle Constitution annoncée. Quels seront les contours de l’article institutionnel que vous comptez dessiner pour le Sénégal ? Tout dépendra des résultats mais je suis optimiste. J’avais voulu également mettre a profit les résultats des conclusions des Assises nationales pour m’en inspirer et proposer par la suite un projet de constitution. Cela pourrait prendre au minimum une année ou une année et demie pour parfaire la réflexion. Ce n’est pas la peine de nous presser. Les constitutions doivent être bien pensées pour éviter que le pays ne tende vers une situation de blocage. Donc au bout d’un an ou un an et demi on devrait pouvoir adopter cette nouvelle Constitution qui verrait l’application du quinquennat renouvelable une seule fois, et rendre la disposition non révisable.

Est-ce que cette nouvelle révision concernera le mode de désignation des sénateurs ? Oui ! C’est un projet global qui touchera la Constitution donc les institutions et bien sûr le mode de désignation des sénateurs. Le projet touchera les sénateurs et le sénat lui-même. C’est à l’issue de discussions que nous arriverons aux institutions et au mode de désignation des membres de ces institutions. Pour l’As­semblée nationale, il me semble que nous avons une institution équilibrée entre un scrutin majoritaire et un scrutin proportionnel. Pour le sénat, jusque-là il y a un choix de 66% par le président de la République et cela me paraît un peut excessif et on pourra aller certainement vers une réduction de ce quota, avant de réfléchir sur les institutions et leur optimisation.

Sur l’avenir de votre coalition au-delà des Législatives, certains prédisent une séparation inévitable. Est-ce que vous vous préparez à cette éventualité ? Je ne vois pas pourquoi on veut prédire le pire scénario. Ce sont des personnalités politiques très responsables qui ont constitué la Coalition Benno Bokk Yaakaar. Nous étions en compétition et j’ai été celui que les Sénégalais ont choisi et mes camarades de Benno bokk Yaakaar ont accepté ce choix et se sont mobilisés et ont d’ailleurs participé à ce choix. Par la suite nous nous sommes mobilisés pour mettre en place une liste commune ce qui n’était pas évident. Mais nous avons pu constituer une liste sans difficulté. Il y en a eu mais vous n’avez pas entendu de grandes crises. Nous avons mis en avant des principes et des normes qui obéissent à la transparence et à l’équité. Nous avons gagné ensemble, nous devons gouverner ensemble. Je ne serai pas à l’origine d’une rupture au sein de cette coalition et je crois savoir que les autres leaders ne feront rien pour arriver à cela. Maintenant à la fin de ce processus, c’est-à-dire en 2017, s’il y en a parmi ces leaders certains qui veulent aller à l’élection présidentielle, ils sont libres de le faire. Moi je suis un démocrate. Evidemment, il faut que je me prépare à faire face à cette éventualité. Ça, c’est une question politique qui appelle une attitude politique. Mes compagnons qui voudraient aller demain aux élections doivent préparer cette hypothèse dans leur compagnonnage avec moi.

Vous annoncez déjà une candidature pour 2017 ? Non, c’est prématuré. Mon objectif, c’est d’abord de réussir ce mandat. Je suis relativement jeune, si je le réussis, il serait compréhensible que je puisse demander un autre mandat. Mais ce n’est pas encore le moment, ni le temps.

Certains de vos camarades au sein de l’Apr considèrent que votre souci de ne jamais être à l’origine d’une cassure au sein de la Coalition Bby semble vous lier les mains. Est-ce que vous n’êtes pas trop prisonnier de cette volonté d’être toujours ensemble avec vos alliés au point de ne pas les fâcher et de ne pas prendre des décisions ? Si ce sont des alliés à moi qui le disent, ils ne me connaissent pas malheureusement. C’est un engagement volontaire et une conviction. Je n’ai pas les mains liées. C’est un compagnonnage, on discute avec des partenaires politiques très responsables qui connaissent l’Etat, le rôle et la place de chacun. Nous devons discuter des problèmes parce que nous partageons la même coalition, nous partageons le pouvoir, mais il y a un chef qui est le président de la République, le président de la coalition. De ce point de vue, il n’y a pas de problème. Il n’y a pas de mains liées ou quoi que ce soit. Je crois qu’il y a des gens qui ont peur de notre compagnonnage parce peut-être dans leur conception de la gestion du pouvoir, il faudrait plutôt être seul que de le partager. Ce n’est pas ma conviction. Je prie et j’invite tous les responsables de mon parti à travailler dans un esprit de collégialité, dans un esprit de partage des responsabilités parce que lorsqu’il s’est agi d’aller à la conquête, nous avons partagé avec les autres les peines et les souffrances. Aujourd’hui il faut partager les responsabilités. Dans cet esprit-là je crois que nous pouvons aller loin. Il n’y a aucun risque sur quelque blocage que ce soit et croyez-moi, je suis absolument très libre sur les décisions et les positions que je pourrais être amené à prendre.

Vous voulez dire que le gouvernement restera en l’état après les Législatives du 1er juillet ? En principe s’il n’y a pas eu de surprise au mois de mars lors de notre avènement, normalement le gouvernement ne devrait pas changer, puisque c’est un gouvernement de coalition. Il a été conçu sur la base de quotas, donc sauf événement spécial on devrait rester dans le même format. Ce n’est pas dans mes intentions. Maintenant un gouvernement ça peut changer du jour au lendemain.

Y a-t-il eu entente entre vous et Moustapha Niasse quant à la présidence de l’Assemblée nationale et Idrissa Seck aussi pour ce qui est du Sénat ? Com­ment appréciez-vous la réaction de votre parti par rapport aux ambitions qui se déclarent à l’intérieur même de ce parti ? Je dois dire qu’au moment où nous formions la Coalition Bby, tous les leaders, tous les candidats, les 12 qui m’ont soutenu l’ont fait sans poser aucune condition. Et nous n’avons pas discuté, contrairement à ce qui a été dit à l’époque dans la presse ni de poste, ni de quoi que ce soit. C’est seulement à la victoire que j’ai interpellé les uns et les autres pour leur dire : « Nous avons gagné, je dois former un gouvernement. J’aimerais savoir les positions des uns et des autres sur ce gouvernement. Toutefois, je vous dis que mon choix serait d’avoir un Premier ministre apolitique pour mettre tout le monde à l’aise. » Donc les leaders pourraient avoir des positions sur les autres espaces du pouvoir. C’est comme ça que les uns et les autres ont estimé pouvoir apporter leur expérience et leur contribution dans tel ou tel domaine. Les discussions sont arrêtées à ce niveau. Maintenant quant il s’agira de les mettre en œuvre, nous le ferons avec responsabilité.

Un candidat à la députation, l’ancien ministre de l’Intérieur Ousmane Ngom parle de tentatives d’humiliation et de cabale politique dans son interpellation l’autre jour par la police… C’est drôle, puisque j’ai été convoqué par la police au moment où lui-même était dans le gouvernement. J’ai répondu à cette convocation. J’ai répondu aux questions de 16h à 20h et je suis rentré chez moi. On m’a relâché mais on a retenu mon passport. On a convoqué d’autres leaders politiques qu’on a parfois même amenés manu militari à la Dic. C’est connu. Lui-même a fait interpeller Jean-Paul Dias dans la Cathédrale. S’il n’avait pas dit qu’il ne répondrait pas à une convocation, je ne crois pas que la justice serait obligée d’aller le cueillir là où il était. Il faut que force reste à la loi et que nul ne soit au dessus de la loi. Tous les responsables du Pds sont allés répondre et ils sont rentrés tranquillement chez eux. On n’a pas eu besoin d’envoyer la force pour les ramener. Mais si vous refusez de déférer à une convocation, on vous amène de gré ou de force. Il n’y a pas eu de tentative d’humiliation de qui que ce soit, mais on ne peut pas défier l’Etat. Il faut que cela soit clair. Nul n’est au-dessus des lois et force restera à la loi. Cheikh Tidiane Sy n’est pas forcément mon meilleur ami, c’est lui qui m’a fait convoquer, mais quand même, il est allé répondre et est rentré chez lui. Mais quand on dit à la radio : « Je ne répondrai pas à une convocation », mieux que « j’appelle les gens à manifester », on prend un très gros risque.

Comment est-ce que vous voyez la présence à côté du Sénégal d’un territoire qui est contrôlé par des islamistes, des rebelles. N’y voyez-vous pas de risques pour votre pays ? Il y a de très graves risques pour nos pays surtout que d’après les informations en notre possession, cette présence d’Aqmi et d’autres mouvements entraîne le recrutement d’Ouest-africains, parmi lesquels il y aurait des Sénégalais. Donc c’est une position qui peut être intéressante pour les terroristes. Ce qui se passe au nord Mali doit tous nous interpeller. La Cedeao depuis le début du conflit a fait le maximum d’efforts qu’elle a pu mais les résultats restent mitigés. Il y a eu une médiation du Burkina qui a permis d’éviter le pire à Bamako, qui essaie aujourd’hui d’entrer en contact avec le mouvement Touareg le Mnla, Ansardine, etc. et d’essayer de les amener à accepter de coopérer avec la possibilité de déploiement d’une force africaine pour la reconquête du nord Mali. Je crois qu’il est temps d’agir et le sommet de Yamoussoukro devra prendre une décision claire et nette.

Qu’est-ce qu’on peut attendre du Président Macky sall par arpport au nouveau code de la presse ? J’ai demandé au ministre chargé de la Communication de me faire le point sur ce projet que je n’ai pas suivi. Il me semble que nous allons l’examiner puisqu’il a déjà été transmis à l’Assemblée nationale qui ne l’a pas encore voté. Nous allons le revoir et nous donnerons une suite. Je ne peux pas vraiment vous donner une réponse précise parce que je n’ai pas de réponse précise. J’ai été saisi par Reporters sans frontières pour solliciter le vote de ce code de la presse. Tout ce qui pourra aider la corporation à travailler dans les meilleures conditions devra être fait. Mais je crois aussi que pour les autres secteurs vous avez des obligations. La presse doit être accompagnée, soutenue, mais il faudra que vous puissiez répondre de vos actes. Il n’y a aucun métier où on dit qu’on peut faire ce qu’on veut parce que simplement c’est un métier spécial. Un médecin s’il fait un dégât sur un malade, devra rendre compte, le journaliste aussi. Je pense que ce qu’on doit réussir ensemble dans le partenariat c’est d’abord de définir les périmètres de la corporation, de vous accompagner, de soutenir de façon transparente le secteur. Puisque les entreprises de presse, je le sais, font face à de graves difficultés, de même que les journalistes et les reporters. Sur ces questions je pense que nous devons avancer. Sur l’autre question majeure, à savoir la dépénalisation des délits de presse, il nous faut voir le contenu et nous pourrons travailler ensemble dans un esprit responsable et de partenariat.

Une dernière question sur l’entourage des chefs d’Etat qui a toujours posé problème. Pensez-vous que vous êtes bien entouré ? C’est une question difficile. Vous savez on a toujours envie d’améliorer son entourage, puisqu’on essaie d’avoir des compétences d’avoir aussi des alliés. Lorsque vous arrivez au pouvoir c’est que vous avez fait un parcours du combattant, vous avez été au front avec des gens qui ont cru en vous, qui vous ont accompagné, donc il n’est pas très indiqué de ne pas les garder. Il s’agit maintenant de trouver un équilibre entre cet impératif de compagnonage et d’alliance et l’impératif de compétence et d’éthique. L’es­sentiel est que si le Président définit sa gouvernance et le cadre dans lequel tout le monde doit évoluer, il appartient aux collaborateurs de s’inscrire sur cette voie. Pour le moment j’en ai des compétents autour de moi, j’en cherche encore pour compléter. J’ai aussi des compagnons, je pense qu’ils ont été honnêtes, ont renoncé à beaucoup de choses pour me suivre dans ce combat. C’est pour cela que nous sommes aujourd’hui ensemble pour relever le défi.

Vous aviez signé avec le prédécesseur de François Hollande des accords de défense et vous aviez promis de les publier. Qu’attendez-vous pour le faire ? Je ne sais pas pourquoi cela n’a pas été fait. Je dis que ces accords doivent être publiés. Il appartient au ministre des Forces armées de les rendre publics. Il n’y a aucun secret dans ces accords. Nous avons dépassé les moments où il y avait des accords secrets entre la France et le Sénégal, c’est terminé. Le seul aspect sur lequel il y avait malentendu entre l’ancien gouvernement et le gouvernement français, c’était sur les logements qui étaient encore détenus par les éléments français. En dehors de cela, ces accords ont été signés. C’est le même accord qu’il y avait du temps du président Abdoulaye Wade, en dehors du paiement du loyer pour les éléments français au Sénégal. Donc, cet accord n’a rien de spécial. Je demanderai au ministre des Forces armées de le mettre à niveau.

SOURCE : LE QUOTIDIEN

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