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Football : L’interview d’Eto’o qui fait trembler Barcelone

vendredi 20 février 2009

La dernière interview que Samuel Eto’o a accordé au magazine SportWeek ne finit plus de faire des vagues. Combiné à ses relations tendues avec son entraineur Josep Guardiola, à l’épisode du dernier match contre le Real Betis, les supputations ont repris sur l’avenir du goléador. Le journal la Gazetto dello Sport titre que Eto’o aurait déjà tourné son dos au FC Barcelone et que des négociations préliminaires ont déjà lieu entre son représentant et les dirigeants de l’AC Milan. Pour vous faire votre propre idée, voici l’intégralité de l’interview de SportWeek.


Invité par Sportweek à former sa sélection mondiale, son onze idéal à l’exclusion de joueurs français, Raymond Domenech vous a choisi comme avant-centre, aux côtés de Wayne Rooney notamment. Etes-vous sensible à ce genre de reconnaissance ?

"C’est évidemment un grand honneur quand un monsieur comme Raymond Domenech, qui connaît le football et sait de quoi il parle, me nomme dans ce genre de sélection. C’est une reconnaissance énorme mais je n’en déduis pas pour autant que je suis le meilleur attaquant du monde. Je suis Samuel Eto’o et, chaque jour qui passe, je fais tout pour aller le plus haut possible. C’est tout.

Vous dites parfois que la France et le Cameroun occupent une place équivalente dans votre coeur. D’où vient cet amour de la France ?

Chez moi, au Cameroun, la France est un idéal. D’ailleurs, lorsqu’un footballeur quitte le pays pour aller jouer en Italie par exemple, on dit qu’il part " en France ". Comme si la France et l’Europe étaient la même chose. Cela vient évidemment de la langue. Pour ma part, la France représente encore un peu plus que ça.

Expliquez-nous ça...

Je suis arrivé en France alors que j’étais adolescent. Je suis venu participer à un tournoi de jeunes à Avignon et j’en ai profité pour rejoindre une tante qui habitait la région parisienne. Je suis resté quelques mois chez elle, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). [Il se marre et répète en prenant un accent ’style banlieue’]. "A Bôôôbigny ".

Etait-ce une période heureuse de votre vie ?

Pas vraiment. J’étais un sans-papiers. Je ne pouvais pas vivre et me déplacer librement. Et le football, qui était toute ma vie, ne m’apportait rien de bon. J’ai tenté de me présenter à une journée de détection organisée par le PSG, mais comme je n’avais pas de papiers, j’ai été refusé à la porte d’entrée. J’ai rencontré un autre échec au Havre et je crois être allé à Cannes aussi, mais cela n’a pas marché. Au bout de neuf mois, je suis rentré au Cameroun.

En voulez-vous à la France de ne pas vous avoir ouvert les bras ?

Comment pourrais-je en vouloir à la France ? J’étais un sans-papiers. Il y a des règles en France et elles sont faites pour être respectées. Non, franchement, je n’ai aucun regret. Si mon destin avait basculé à cette époque, je serais peut-être devenu français, effectivement, et je jouerais peut-être dans l’équipe de Raymond Domenech. Ou peut-être pas !

De l’équipe du FC Barcelone, on retient d’abord le nom de Leo Messi ou lors des années passées, celui de Ronaldinho. Estimez-vous être encore méconnu en France ?

Je ne pense pas. Et même si c’est le cas, ça m’arrange, en fait. Je passe beaucoup de temps à Paris, j’y ai un appartement, de la famille et, pendant un bon moment, ma femme et mes enfants ont vécu à Paris avant de venir me rejoindre à Barcelone... [Il s’arrête] à Paris, je respire normalement. Je peux me promener dans les rues sans être sans cesse reconnu. à Barcelone, c’est impossible.

Envisagez-vous de terminer votre carrière dans un club de Ligue 1 ?

J’ai déjà dit que si tel était le cas, j’aimerais bien jouer à l’Olympique de Marseille. Mais je ne pense pas que cela arrivera. En revanche, je souhaiterais terminer ma carrière à Majorque, là où tout a commencé pour moi. C’est là-bas que j’ai lancé ma carrière et que j’ai pris l’une des décisions les plus importantes de ma vie. Après avoir fait parler de moi dans ce club, j’avais le choix entre aller en Angleterre, en Italie, retourner au Real Madrid ou bien m’engager avec le FC Barcelone. Je ne me suis pas trompé. Mais dans ma vie, je n’ai pas pris que des excellentes décisions...

Quelle est la plus mauvaise décision que vous ayez prise ?

Cela relève de ma vie privée.

Votre contrat avec le FC Barcelone expire en 2010. Êtes-vous sur le point de prendre une décision difficile : rester au Barça ou le quitter, peut-être dès cette année ?

Non, ça, c’est facile. D’ailleurs, ma décision est déjà prise. Mais je ne peux rien dire pour le moment.

Généralement, lorsqu’on parle ainsi au mois de février, c’est parce qu’un transfert a déjà été conclu...

C’est vous qui le dites.

Karim Benzema pourrait-il rejoindre le FC Barcelone dès l’année prochaine, qui sait, pour vous remplacer ?

Benzema fait partie de ces joueurs capables d’évoluer dans n’importe quel club. Alors, pourquoi pas le Barça ? Mais on pourrait aussi jouer ensemble...

Vous allez bientôt avoir 28 ans. On dit que c’est l’âge de la maturité pour un footballeur, pour un attaquant en particulier. Cela vous fait-il peur ?

Non, " 28 ans, l’âge de la maturité ", c’est une phrase toute faite. Moi, je sais que je peux encore aller plus haut. Cette saison, je le prouve encore. L’été dernier, je n’étais plus vraiment le bienvenu à Barcelone parce que certains au club doutaient de moi. Tout ça parce que j’avais connu une sérieuse blessure et que j’ai mis du temps à retrouver mon niveau. Aujourd’hui, personne ne doute plus de moi. Mais c’est ça, le football. Les gens oublient très vite et il faut toujours prouver, montrer qui tu es, de quoi tu es capable.

D’où votre devise : "Le pouvoir s’arrache" ?

C’est ça. Le pouvoir ne se prend pas, il ne se donne pas, il ne se transmet pas. Il s’arrache. Chaque jour, à l’entraînement. Rien n’est donné.

Même à vous ?

Même à moi.

Qu’est-ce qui pourrait empêcher le FC Barcelone d’être champion d’Espagne ?

Nous-mêmes. On enchaîne une série de victoires tellement énorme que l’on risque de se déconcentrer. Nous sommes proches de la perfection, on joue magnifiquement bien mais tout cela est fragile. Il ne faut pas l’oublier.

En novembre dernier, vous disiez que le Barcelone de 2005-2006 vainqueur de la Ligue des champions était supérieur à celui de cette année. Avez-vous changé d’avis ?

Non. Nous n’avons encore rien gagné. Et c’est seulement à ça que l’on juge de la qualité d’une équipe.

Vu du terrain, comment décrire cette harmonie qui semble vous habiter lorsqu’on vous regarde jouer ?

L’harmonie, c’est savoir où aller sur le terrain et à quel moment. Quand je regarde un déplacement de Leo Messi ou de " Titi " [Thierry Henry, ndlr], je sais ce qu’ils veulent me dire et, d’instinct, je sais où je dois aller. Mais attention, ce n’est pas tous les jours dimanche. Il suffit que l’un d’entre nous soit moins bien pour que tout devienne plus compliqué.

L’Olympique Lyonnais a-t-il les moyens de vous éliminer de la Ligue des champions ?

A priori, nous sommes un peu supérieurs mais franchement, ça ne veut rien dire du tout. Eux aussi possèdent de très grands joueurs.

C’est de la langue de bois. Qui, par exemple, parmi les joueurs de l’OL, aurait sa place au Barça ?

Impossible à dire. En football, tout est affaire d’adaptation. Sans réfléchir : Benzema, Juninho et Jean II Makoun.

Jean II Makoun ? Vous le citez car c’est l’un de vos amis camerounais...

C’est un très bon ami à moi, mais je pense que c’est un très grand joueur qui ne montre pas, actuellement, tout ce qu’il est capable de faire. S’il avait l’opportunité d’aller dans un très grand club, cela changerait beaucoup de choses. Attention, je ne dis pas que Lyon n’est pas un grand club, mais il y a encore un niveau au-dessus.

Question courtes, réponses courtes pour la fin de notre entretien. Combien avez-vous de téléphones portables ?

Environ 400. Je les collectionne. C’est vraiment une sale manie.

Quelle est la personnalité la plus célèbre de votre répertoire ?

Georgette, ma femme.

Si un film était consacré à votre vie, qui pourrait vous incarner à l’écran ?

Denzel Washington. Je l’ai adoré dans American Gangster.

Si vous croisez Dieu, vous aimeriez qu’il vous dise quoi ?

Que je vais avoir une longue vie et que je verrai mes enfants grandir.

Pourquoi avez-vous refusé de poser pour notre photographe drapé dans le maillot du FC Barcelone ?

Je n’aime pas les joueurs qui embrassent leur maillot après avoir marqué un but alors que le lendemain, si on leur propose quelques millions en plus (sic), ils n’hésiteront pas une seconde à changer de club. Moi, mon club de coeur, c’est Majorque et actuellement, je travaille pour le Barça. Voilà tout.

Entretien réalisé par Ronan Folgoas à Barcelone

Repères :

Samuel Eto’o "fils" 27 ans, né le 10 mars 1981 à Nkon (Cameroun) 1,80 m - 75 kg Avant-centre Clubs : FC Barcelone (depuis 2004) Real Majorque (1999-2004) Real Madrid (1998-2000) International camerounais (depuis 1996). Palmarès : 2 ligues des champions (2000, 2006), 2 Liga (2005, 2006), 2 supercoupes d’Espagne (2006, 2007), 1 Coupe Intercontinentale (1998), 1 Coupe d’Espagne (2003), champion olympique (2000) avec le Cameroun, 2 Coupes d’Afrique des nations (2000 et 2002). Saison en cours : 22 buts toutes compétitions confondues.

Source : Starafric.com

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