Accueil du site > Société > Interdiction de la mendicité à dakar : " C’est le signe de l’échec social du (...)

Interdiction de la mendicité à dakar : " C’est le signe de l’échec social du régime de Wade"

vendredi 27 août 2010

La mendicité à Dakar représente la « face hideuse » de l’échec des « programmes de réduction de la pauvreté », a soutenu Ibrahima Sène du Parti de l’indépendance et travail (Pit), dans une tribune reçue ce jeudi. M. Sène réagit ainsi à la mesure prise mardi par le gouvernement pour interdire la mendicité sur les principaux axes routiers de la capitale du Sénégal ; une mesure associée à la lutte contre la traite des personnes.


Selon Ibrahima Sène, « cette mendicité qui est enfantée, par l’extrême pauvreté, est le résultat de la liquidation de la filière arachidière qui a ruiné le monde rural, et de l’échec de la ‘’généralisation de l’éducation de base’’, comme l’un des axes stratégiques des ‘’Programmes de réduction de la Pauvreté’’ ». Il ajoute que « la ruine du monde rural a jeté des milliers de familles dans l’exode vers Dakar pour espérer vivre de la solidarité islamique des urbains, à travers la mendicité, y compris de leurs enfants ».

Citant les statistiques

officielles de 2008 (« Situation Economique et Sociale à Dakar en 2007 » par l’Agence national de la statistique et de la démographie du Sénégal–Ands), le responsable politique au Pit, note que « la faillite de l‘Ecole publique, particulièrement dans sa partie ‘’Education de base’’, s’est traduite en milieu rural par des problèmes de fournitures de manuels scolaires pour 47% des ménages, contre 21% à Dakar ».

M. Sène ajoute que « l’échec de l’Education de base et le chômage ont fait que les résidents de Dakar ne sont pas épargnés de la pauvreté, dont l’extrême pauvreté, qui engendre quotidiennement la mendicité ». Il avance que Dakar a le plus fort taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans, soit 21,7 % contre 14,8% en moyenne au Sénégal. De même, poursuit-il, la capitale sénégalaise comptait déjà en 2005-05, 39,9 % d’individus vivant en dessous du seuil de pauvreté, dont 17% dans le département de Dakar, 45,8% dans ceux de Pikine et Guédiawaye, et 40,6% dans le département de Rufisque, contre 50,6 % au niveau national. Il rappelle aussi que le taux de croissance du Pib du pays est tombé à 2,5% en 2006, puis est monté à 4,7 % en 2007, avant de plonger à 2,5 % en 2008 et à 1,5 % en 2009.

« Ce n’est donc pas en envoyant la ‘’troupe’’ (forces de l’ordre, NDLR) chasser des mendiants des artères de Dakar, que l’on va remédier aux effets sociaux désastreux ». Il estime que « c’est tout cela qui a porté ‘’l’encombrement humain’’ des artères de Dakar à un niveau tel, qu’il n’est plus supportable par les bailleurs, au point qu’ils exigent du pouvoir ‘’d’ôter hors de leur vue’’ ces images insoutenables d’enfants mendiants autour des artères de Dakar, malgré les centaines de milliards qu’ils ont fournis à Wade pour réduire la pauvreté ». Ce faisant, martèle M. Sène, « le gouvernement du Sénégal vient, de nouveau, de s’aplatir sous les injonctions des Bailleurs de fonds, pour nettoyer Dakar de la mendicité infantile ».

« Subterfuge et amalgame »

Par ailleurs, M. Sène conteste la mesure d’interdiction visant également la quête pratiquée par les enfants de moins de cinq ans et tous les autres mendiants supposés faire du « trafic d’enfants ». Le gouvernement entend ainsi respecter son engagement à mener la « lutte contre le trafic d’ humains » dans son territoire. Mais, pour l’opposant politique « cette exigence des bailleurs de fonds ne s’inscrit que dans leurs rapports de ‘’Maître à sujet’’, pour demander des comptes (au gouvernement), avec tout le financement qu’il a reçu dans le cadre des deux ‘’Documents de Réduction de la Pauvreté’’ (DSRP I, 2003/2005, et DSRP II, 2006/2010) ».

D’après M. Sène, se serait donc pour « éviter que l’opinion associe la mendicité à l’extrême pauvreté, (que) le gouvernement a eu recours à un subterfuge qui laisse croire que la mendicité des enfants est le produit du ‘’trafic d’humains’’, combattus par la communauté internationale ». Il explique que le pouvoir avait « besoin de cet amalgame pour justifier sa nouvelle croisade contre les couches populaires pauvres de notre pays, et obtenir ainsi le soutien de l’opinion publique et d’organisations de la Société civile ». Dans le cas de la mendicité de tous âges et de toutes conditions physiques à Dakar, « il est clair que cette caution rend complice de l’échec patent de la politique économique et sociale de Wade, particulièrement dans son volet DSRP ».

A en croire le membre du Pit, « conscients d’être mis devant leur responsabilité par les bailleurs de fonds, Wade et son gouvernement, ont atteint leurs limites sociales, et ne peuvent recourir qu’à la violence à tout problème social ».

Répondre à cet article