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L’ENORME GACHIS SENEGALAIS

jeudi 15 novembre 2007

Ces dernières années, l’Etat du Sénégal a consacré d’importants investissements financiers dans le système éducatif. En effet, avec une part de 40 % du budget national dans l’éducation, au moment où la moyenne africaine est de 13 %, l’Etat sénégalais a pu donner, entre autres, des bourses et des aides à tous les étudiants des universités sénégalaises.

En particulier, dans le troisième cycle, depuis 2001, tous les étudiants reçoivent une bourse mensuelle, contrairement aux années précédentes durant lesquelles 5 bourses au maximum étaient distribuées pour chaque faculté. Par ailleurs, cet important investissement financier a eu une influence positive sur les conditions sociales et d’études des étudiants de troisième cycle et a beaucoup contribué à la formation d’un nombre assez important de jeunes docteurs.

Le nombre de docteurs en sciences et dans d’autres domaines ne cesse d’augmenter. Cette politique est renforcée également par les bourses de la coopération internationale (France, Espagne, Belgique, organismes internationaux, etc.). Cependant, en portant une lecture objective sur l’enseignement supérieur et la recherche, on décèle un certain nombre de problèmes majeurs dont l’insertion des jeunes docteurs chômeurs.

1. Paradoxe sénégalais – Désarroi et misère des jeunes docteurs Au Sénégal, la formation de cadres de haut niveau dans les universités locales et à l’étranger constitue une véritable richesse et une grande opportunité pour le développement du pays. En effet, il est constaté partout dans le monde, et les pays d’Asie de l’Est en constituent l’exemple le plus récent, que la qualité des ressources humaines et la science constituent les piliers fondamentaux pour le développement d’un pays. Paradoxalement, au Sénégal, il n’existe pas de politique de rentabilisation de ces ressources humaines de qualité par l’insertion de ces jeunes chercheurs (environ 100 docteurs au chômage rien que dans l’Association des doctorants et jeunes docteurs (ADJD) ; voir annexes 1 &

2). En effet, ni les universités, ni les instituts de recherche, ni les services techniques de l’administration ne recrutent ces jeunes docteurs. Par conséquent, cette main-d’œuvre jeune, compétente, patriote et pleine d’énergie est plongée dans la précarité de façon permanente. La plupart de ces jeunes chercheurs sont utilisés dans les universités, les lycées, les instituts de recherches, les cabinets de consultance comme des vacataires ou d’éternels stagiaires tandis que d’autres demeurent dans le chômage en permanence. 1.1. Vacation

Le système de la vacation existe depuis longtemps dans les universités au Sénégal. Mais ce phénomène s’est considérablement empiré ces dernières années. Si dans les années 80 les vacataires constituaient un pourcentage marginal, de nos jours, ils représentent une frange non négligeable du corps enseignant. Par exemple, à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, le nombre d’enseignants-vacataires pour l’année 2006-2007 est d’au moins 130 sur 158 enseignants titulaires.

En effet, face au chômage après la thèse et aux responsabilités sociales croissantes, une infime minorité des jeunes docteurs et doctorants se lancent dans le système de vacatariat de l’enseignement supérieur où ils sont payés 5 000 FCFA par heure de travail. Le nombre d’heures d’enseignement allouées aux vacataires dépasse, en moyenne, rarement 4 heures par semaine (soit 500 000 FCFA par an si l’on considère les 25 semaines de l’année académique).

Les vacataires interviennent en général dans les travaux pratiques et dirigés (plus de 70 %), les cours dans certains instituts universitaires, les jurys et la surveillance gratuite des examens. L’université, dans son ensemble, a beaucoup apprécié le travail que les enseignants non titulaires (doctorants et jeunes docteurs) sont en train d’effectuer dans toutes les facultés et sans qui la situation universitaire serait dramatique. Malgré ce fait, les enseignants vacataires sont payés par trimestre avec des retards récurrents souvent de plus de 4 mois. Ils ne bénéficient d’aucune couverture sociale.

En outre, aucun texte ne réglemente ou ne garantie leur statut. Les conditions d’existence des jeunes chercheurs sont similaires dans les instituts et centres de recherche du pays (ISRA, ITA, etc.). Dans leur majorité, les jeunes doctorants et docteurs interviennent dans l’enseignement privé secondaire où ils sont surexploités car ils sont en général payés au maximum 2 000 CFA par heure de cours. Cette forte demande de la vacation s’explique par une combinaison de plusieurs raisons.

• Un vieillissement des enseignants-chercheurs et des chercheurs Dans l’enseignement supérieur, en particulier à l’UCAD, il se trouve que la majorité des enseignants sont des professeurs ou des maîtres de conférences avec un volume horaire réduit à cinq heures par semaine.

La pyramide démographique du personnel enseignant est inversée avec un plus grand nombre de professeurs par rapport au nombre d’assistants qui normalement assurent 13 heures par semaine. Par exemple, à la Faculté des Sciences et Techniques, il y a une vingtaine d’assistants dont 9 au département de mathématiques pour une centaine de professeurs et de maîtres de conférences.

En 2005, la pyramide des âges montrait que 25 % du personnel enseignant avaient entre 55 et 65 ans et 48 % entre 50 et 55 ans ce qui dénote un vieillissement de l’effectif et une imminence pour le recrutement. De ce fait, malgré leur haute compétence, les enseignants titulaires de l’UCAD peinent à assurer correctement les charges liées aux cours magistraux, travaux dirigés et travaux pratiques, à cause de leur effectif très insuffisant.

De plus, dans les universités, les enseignants assurent un volume d’heures complémentaires (heures en dehors de leurs horaires normaux), au-delà du raisonnable (jusqu’à 20 heures et plus pour certains). Par conséquent, forcément, la qualité de l’enseignement dispensé en pâti. De plus, ils délaissent leur deuxième vocation à savoir la recherche, malgré les augmentations substantielles de salaire qui leur ont été accordées par l’Etat.

Dans les centres de recherche, le même phénomène est observé ; ce qui explique la faiblesse des réponses de la recherche face aux problèmes des populations, la faible mobilisation des moyens financiers internationaux destinés à la recherche par les bailleurs et, en partie, la faible productivité scientifique de notre pays.

• Une massification des effectifs d’étudiants dans les universités Chaque année, un nombre important de nouveaux bacheliers rejoint l’université expliquant les effectifs pléthoriques. Ce phénomène est naturellement lié à une amélioration des conditions de travail dans l’enseignement primaire et secondaire mais surtout à une augmentation de la population sénégalaise. L’UCAD compte aujourd’hui environ 60 000 étudiants pour environ 1 000 enseignants-chercheurs. C’est ainsi que l’un des véritables points contenus dans la plate-forme revendicative des étudiants lors de chaque mouvement de grève est l’insuffisance de l’encadrement pédagogique.

Par exemple, à la Faculté des Sciences et Techniques (FST) de l’UCAD, pour l’année académique 2006 – 2007, le troisième cycle, catégorie comprenant les étudiants inscrits en AEA, au DEA, au Doctorat de 3e cycle et en thèse d’Etat, compte environ 1000 étudiants (environ 18 % de l’effectif de la FST). Parmi ces étudiants, il y a 350 doctorants qui doivent incessamment venir grossir le rang des jeunes docteurs chômeurs.

En effet, prenant en compte le nombre d’étudiants de troisième cycle qui ne cesse d’augmenter chaque année, l’encadrement fait défaut du fait du déficit d’enseignants-chercheurs. Le fait que le nombre d’inscrits au 3e cycle soit aussi important et légèrement supérieur à celui du deuxième cycle, indique un temps de transit des étudiants dans ce cycle qui est relativement long et dont les causes ont été globalement identifiées :

problème de financement de la recherche et des laboratoires ; nombre élevé d’étudiants dans certaines formations doctorales et encadrement scientifique déficient ; crainte de l’avenir du fait du défaut d’insertion. • Une absence de politique de recrutement dans les universités (en particulier à l’UCAD) et les instituts de recherche, Le faible nombre de jeunes enseignants-chercheurs et de chercheurs (assistants) observé dans les universités et les centres de recherche est le résultat d’un faible taux, voire d’une absence de recrutement.

En effet, dans les universités, malgré l’augmentation du nombre d’étudiants, chaque année, et le besoin important et croissant en enseignants, les départs (retraites, décès, changements de fonction, détachements temporaires, etc.) depuis plusieurs années ne sont pas remplacés. De ce fait, il y a un déficit alarmant d’enseignants dans les universités sénégalaises et plus particulièrement à l’UCAD (environ 60 000 étudiants pour environ 1 000 enseignants dont une très faible proportion d’assistants).

En particulier, en 2005, au niveau de la Faculté des Sciences et Techniques, les besoins en recrutement d’enseignants ont été estimés à environ 147 postes. Il faut noter que le dernier recrutement significatif à l’UCAD date de 1999 (avant l’alternance) à la suite d’un mouvement d’humeur des jeunes docteurs qui avaient eu à sensibiliser le Président de la République de l’époque par l’intermédiaire du Recteur.

1.2. Fuite des cerveaux Cette précarité, voire cette misère caractérisée par une instabilité financière et morale, pousse, de plus en plus, la majorité des jeunes chercheurs à s’expatrier vers d’autres pays demandeurs de cette main-d’œuvre qualifiée ; ce qu’on appelle parfois « abusivement » la fuite des cerveaux, qui correspond simplement à une réaction de survie. Les voies de départ comprennent entre autre des bourses postdoctorales et des programmes d’immigration (immigration choisie de la France, sélection par le Canada, etc.).

En effet, face à cette forte demande en ressources humaines de qualité des pays développés et aux conditions alléchantes proposées, la tentation est trop forte. Par ailleurs, les jeunes chercheurs formés à l’étranger ont de plus en plus tendance à ne pas rentrer au Sénégal face au manque d’insertion. Cette fuite des cerveaux constitue une réelle perte économique pour le pays si l’on considère tous les gros moyens humains et financiers consentis pour leur formation.

2. Quelques voies de solutions proposées Après une analyse objective des faits, l’enseignement qu’on peut tirer est que l’Etat du Sénégal, à travers les universités, les instituts de recherches, les institut de développement et les services techniques de l’Administration doit aller dans le sens d’un recrutement massif des jeunes docteurs chômeurs et doctorants pour rentabiliser l’investissement de 40% du budget national.

En effet, selon l’UNESCO, un pays ne peut envisager un développement économique et social soutenu et durable que si les 2 % de sa population ont un niveau supérieur d’éducation et le Sénégal en est encore bien loin avec 0,2 %. De plus, le recrutement des docteurs chômeurs va permettre d’atteindre la masse critique du nombre d’enseignants et de chercheurs des universités de Dakar, Thiès, Ziguinchor et du Centre universitaire régional de Bambey, de lutter contre la fuite des cerveaux et de préparer progressivement la relève.

En outre, l’Etat devrait mettre en place des structures de financement destinées spécialement aux jeunes chercheurs porteurs de projets de création d’entreprise (genre programme « Challenge Entreprendre » de l’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar). En effet, de plus en plus, les jeunes chercheurs commencent à comprendre que la recherche est également un métier. La création de ces entreprises pourrait même être un apport significatif pour l’économie sénégalaise par la création de nouveaux emplois et par la contribution positive à la balance commerciale.

Sur le plan national, le Chef de l’Etat fait appel aux technocrates pour une bonne gestion et un développement durable du tissu économique sénégalais. Dans ce cadre, les jeunes docteurs chômeurs sont parfaitement disposés à rejoindre les différents secteurs de l’Etat (ministères, organismes de recherche, programmes nationaux et internationaux, etc.) afin de concrétiser le vœu du Président de la République qui compte développer le pays en s’appuyant sur les compétences de la jeunesse sénégalaise.

Les jeunes docteurs chômeurs et doctorants ont été formés avec l’argent du contribuable sénégalais et, par conséquent, veulent rester au Sénégal afin d’apporter leur contribution au développement scientifique, technologique et économique de ce pays, voire du continent africain. Cet engagement des jeunes chercheurs est fortement ressorti lors du forum des jeunes chercheurs africains tenu à Dakar le 06 décembre 2006, en marge de la 5e session de la Commission mondiale de l’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST-UNESCO) (Annexe 3). Le Sénégal a investi dans les ressources humaines, il doit les capitaliser. Obligatoirement, le Sénégal doit compter sur ces ressources humaines de qualité pour son développement.

Association des Doctorants et Jeunes Docteurs (A.D.J.D) Siège : Faculté des Sciences et Techniques Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

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