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L’exemplaire démocratie sénégalaise

lundi 26 mars 2012

Vu de Bamako, Dakar doit faire rêver ! Alors que la capitale du Mali vit à l’heure du chaos et de la confusion, celle du Sénégal célébrait, dimanche 25 mars, à l’occasion du second tour d’une élection présidentielle, une démocratie solide et sereine. Ainsi va l’Afrique de l’Ouest - toujours dominée par l’exemplarité politique du Sénégal.


Ce n’était pas donné, et ce scrutin présidentiel s’annonçait mal. A 86 ans, le président sortant, Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis 2000, sollicitait un troisième mandat dans des conditions contestées. M. Wade a dû imposer une interprétation quelque peu forcée de la Constitution pour imposer sa candidature. Cela donna lieu à polémique et à des violences préélectorales qui ont fait en un mois une dizaine de morts.

Mais les Sénégalais ont sonné dimanche l’heure de la retraite pour M. Wade. Ils l’ont fait en accordant massivement leurs suffrages à l’homme qui a su rassembler l’opposition : Macky Sall, 50 ans, ex-premier ministre du président sortant. C’est une bonne chose, tant l’obstination de M. Wade semblait contraire à un besoin d’alternance politique de plus en plus pressant au Sénégal.

Le vieil homme a retrouvé pour l’occasion, dans la soirée de dimanche, ses réflexes de démocrate. Lui qui incarna si longtemps l’opposition a été le premier à reconnaître sa défaite. Il l’a fait avec une élégance de grand seigneur qui devrait permettre une transition politique paisible.

Les résultats officiels ne sont pas encore définitifs, mais M. Sall semble l’emporter de manière écrasante. Il a été plébiscité. En politique réaliste, sage et prudent qu’il est, il a pris la mesure de ce que signifiait cette victoire : elle exprime, a-t-il dit, « l’immensité des attentes de la population ».

Car M. Wade laisse ce pays pauvre dans un état médiocre : beaucoup de corruption, un secteur public accumulant les déficits, un chômage des jeunes désespérant. La croissance, ces dernières années, a été faible ; sur quelque 13 millions de Sénégalais, un sur deux est sous le seuil de pauvreté.

Mais dans les immenses difficultés qui l’attendent, le Sénégal a cet atout, que vient de confirmer la journée de dimanche : une démocratie qui fonctionne et assure l’alternance. C’est d’autant plus marquant que l’un de ses voisins de l’Est, le Mali, est au même moment en pleine tourmente intérieure. Une junte au pouvoir dirigée par un capitaine, Amadou Sanogo, a renversé le président Amadou Toumani Touré. Elle reproche à ce dernier d’être incapable de venir à bout de la rébellion touareg qui enflamme le nord du pays.

Mais les putschistes, non contents d’avoir porté un coup à la démocratie malienne, n’y arriveront pas non plus. Car l’insurrection touareg est le reflet de la misère et d’une déstabilisation politique, du fait notamment des djihadistes, qui concerne toute la zone sahélienne. Elle relève d’un plan d’assistance régional, qui devrait être une des priorités de l’Europe. Une guerre civile prolongée au Mali finirait par fragiliser le Sénégal.

LE MONDE

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