Accueil du site > Actualités > LECTURE - Election du secrétaire général : Le Ps à l’épreuve de la (...)

LECTURE - Election du secrétaire général : Le Ps à l’épreuve de la démocratie

samedi 31 mai 2014

Le vote des Socialistes arrêté par Khalifa Sall se poursuivra, selon Serigne Mbaye Thiam. Sans Aïssata Tall Sall qui ne s’est « pas désistée ». Le Ps se remettra-t-il de cet échec de l’apologie de la démocratie avec Tanor ?


Le Ps à l’épreuve de la démocratie. On peut ainsi réduire le titre de l’ouvrage de Abdou Latif Coulibaly en 1999, Le Sénégal à l’épreuve de la démocratie : Enquête sur 50 ans de lutte et de complots au sein de l’élite socialiste. Les Socialistes l’ont vécu avec ce congrès plusieurs fois annoncé, plusieurs fois reporté. Et le dénouement laisse planer un air de démocratie manquée à jamais pour donner aux autres une leçon de la structuration, mais surtout de l’audace de la confrontation politique saine. Deal ou pas, dans cette décision d’arrêter les opérations, l’on retiendra que le Parti socialiste a échoué là où il ne fallait justement pas : montrer à la face du Sénégal que la démocratie commence à l’intérieur des partis. Mais ce 15e congrès ordinaire placé sous le sceau des « valeurs socialistes », il faut l’avouer, est parti pour ne pas relever les « défis de notre époque ». Que le processus menant au Congrès s’arrête là, comme le veut Khalifa Sall, ou que le vote se poursuive, comme le prône Serigne Mbaye Thiam, le Ps repart à zéro, après le congrès sans débat de 1996. Et c’est ce qu’on peut appeler, pour reprendre Alioune Badara Diop, la « démocratie du phœnix ». De la suite du feuilleton Aïssata Tall Sall-Ousmane Tanor Dieng dépendra l’espoir de voir ce parti renaître de ces cendres. Le coup de force de Abdou Diouf a été à l’origine des départs de Djibo Kâ et de Moustapha Niasse, qui ont accéléré la chute du régime socialiste en 2000. Et dans l’opposition, les autres, Robert Sagna, Mamadou Diop, Souty Touré, Abdourahim Agne n’ont pu se remettre de la défaite, mais surtout n’ont pas été convaincus par le leadership de l’ex-Premier secrétaire du Ps.

2007 et 2012, la peur du mérite de Tanor 2007 était le congrès de la confirmation de celui qui a su tenir les rênes de bonnes mains. Ce qui n’était pas évident face à un Abdoulaye Wade décidé à décapiter un parti qui l’a combattu avec toutes les armes. Ce mérite que même Aïssata Tall Sall reconnaît à son adversaire n’inspirait à personne une candidature. Tout comme pour la Présidentielle de 2007 et 2012, Tanor s’imposait comme un candidat naturel. Mais 2014, c’est le « mandat de trop » conjugué aux échecs accumulés aux différentes élections et une image qui colle à un parti qui dicte une alternance. Ou tout au moins une démocratie, même maquillée.

Les Primaires, c’est secondaire Il y a une comparaison que Aïssata Tall Sall a faite hier dans Le Quotidien, qui paraît subtile, mais qui épouse aussi un caractère national : « Si le ministre de l’Intérieur arrête le processus électoral, qui ira aux élections ? » C’est vrai qu’elle se rechigne à braver l’interdit de Khalifa Sall et du Comité national de pilotage des élections (Cnpe), mais en même temps, elle suggère là une incongruité. Il y a un espoir que le Ps a brisé hier, après avoir innové l’appel à candidatures, installé des Commissions administratives et organisé le vote. Des primaires comme celles de son répondant de la France en 2011 avec 6 candidats. Entre Hollande, Aubry, Valls, Montebourg, Royal et Baylet. La confrontation a été rude jusqu’au second tour, mais les Socialistes ont eu de la hauteur pour faire face à l’« ennemi » Sarkozy. Mais jamais, l’arbitre Harlem Désir, premier secrétaire hors de la course ou quelqu’un d’autre n’a osé penser à un arrêt des Primaires. Pourtant, Dieu sait que des attaques il y en a eu et pas des plus douces. Le livre de David Renault D’Allonnes Petits meurtres entre camarades : Enquête secrète au sein du Ps paru en 2010 n’a pas épargné les trahisons, les complots, et autres entre Hollande, Aubry, Dsk et Royal. Voilà pourquoi « l’intérêt supérieur du Parti socialiste », avancé pour justifier l’arrêt de la compétition, ne doit pas tuer la démocratie. Ainsi dit, Khalifa Sall estime que le ver(t) est dans le… bruit. Or, qui dit compétition dit confrontation des idées et c’est ce à quoi Aïssata Tall Sall avait appelé Tanor en parlant de débat. Quoique, comme l’a rétorqué Abdoulaye Wilane, c’est une affaire dépassée. Tout comme sur les « irrégularités », le Ps a fait ses précisions et démentis. Les contestations sont inhérentes à la compétition. C’est dire que pour des Primaires, il y a un prix à payer. Mais là, le Ps semble dire que les Primaires, c’est secondaire. Le vent de la démocratie au sein du Ps est reporté. Mais jusqu’à quand ?

Khalifa Sall dans le jeu S’il est vrai que le chargé de la Vie politique du Ps, Khalifa Sall, a pour souci « l’unité du Parti et la cohésion entre ses militants », il s’est fait là un mauvais coup de pub dans l’opinion qui risque de le poursuivre à l’avenir. Ce message- il est vrai- interne au Ps peut avoir aussi des répercussions externes. C’est connu que la candidature du maire de Podor, aussi sérieuse qu’elle soit, n’était que symbolique. En réalité, Tanor ne serait pas honoré de ne pas avoir un concurrent cette fois-ci. Et l’ambition de Aïssata Tall Sall n’était que l’expression de la démocratie interne, mais bien un maquillage d’une suprématie. Que le maire de Dakar veuille éviter la dispersion des forces à la veille de Locales- de ses Locales- cela peut se comprendre. S’il n’est pas le seul à avoir décidé de l’arrêt du processus, il en est pour beaucoup et la signature du communiqué en est la preuve. C’est le sable et le couscous. Khalifa Sall a mis tous les ingrédients de son côté, sans bruit, pour préparer son couscous local dans lequel le pouvoir a voulu mettre du sable par l’Acte 3 de la décentralisation qui ne garantit pas sa réélection. Une réélection de Tanor sur fond de contestations avec des « irrégularités » dénoncées par l’avocate braquerait les caméras sur une crise au Ps et non sur le défi de Taxawu ndakaaru face à l’Apr et Benno bokk yaakaar dans les collectivités, notamment à Dakar. Parce que s’y joue son avenir. Ci-gît aussi l’ambition présidentielle qu’on lui prête. Au fait, Khalifa Sall est bien dans le jeu de ce congrès.

Le Quotidien

Répondre à cet article