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LES CONSEILS AU SENEGAL DE DORIVAL BETTENCOURT SPECIALISTE DE L’INDUSTRIE PETROLIERE : « Au lieu de former 100 ingénieurs, il serait plus intéressant, avec la même somme, de former 1000 soudeurs »

jeudi 5 octobre 2017


Le Sénégal jase déjà à la perspective du développement de l’industrie pétrolière. Une belle opportunité pour le pays en termes d’emplois et de parts de marché pour les entreprises locales. Mais, faudrait-il qu’il y ait les ressources humaines requises et des entreprises capables de satisfaire les normes contraignantes du secteur, pour pouvoir capter ces opportunités. Ce qui est loin d’être le cas actuellement. Pour Dorival Bettencourt, expert international et conseiller principal en matière de pétrole et de gaz chez Dai Sustainable Business Group, un pays comme le Sénégal, qui a des problèmes d’emplois, gagnerait plus à former des techniciens intermédiaires et des ouvriers qualifiés, qui auront tous du travail, que de former des ingénieurs pétroliers, peu utilisés ou utilisables. De même, il invite les entreprises sénégalaises, potentiellement intéressées par les marchés de l’industrie pétrolière, à commencer dès maintenant à se mettre à niveau.

Avec le développement en perspective de l’industrie pétrolière et gazière, l’Etat fait déjà des projections dans le domaine de la formation, avec l’Institut des métiers du pétrole. Mais, du fait des réalités du secteur, de la situation et des impératifs d’emplois du pays, est-ce que l’option du Sénégal doit être de former des ingénieurs ? Beaucoup de spécialistes du secteur ne sont pas emballés par une telle option. C’est le cas de Dorival Bettencourt, expert international, qui travaille déjà au Sénégal comme consultant, avec Kosmos et Bp et qui a animé la semaine dernière des ateliers de formation pour de journalistes sénégalais, sur initiative des deux compagnies précités. « On parle beaucoup (au Sénégal) de formation d’ingénieurs. C’est bien, mais est-ce que c’est de cela dont le Sénégal a le plus besoin ? », souligne d’emblée le spécialiste. Pour lui, si le choix du Sénégal est de tirer le maximum d’emplois de l’exploitation pétrolière et gazière en vue, il doit privilégier la formation de techniciens intermédiaires et d’ouvriers spécialisés dans des domaines à fort potentiel de main d’œuvre. En ce sens, il affirme : « si le Sénégal forme 100 ingénieurs, c’est sûr que l’industrie pétrolière ne va pas recruter tout le monde. Elle en prendra 50 peut-être, et le reste va aller au chômage. Il serait plus intéressant, pour la même somme nécessaire pour former 100 ingénieurs, de former par exemple 1000 soudeurs qualifiés. Il est certain que l’industrie pétrolière va prendre au moins les 500. Et les autres pourront facilement trouver du travail dans d’autre secteurs », explique-t-il. Cela est d’autant plus important, pour lui, que dans le secteur du pétrole et du gaz même, il faut en plus de la formation académique, faire des années de terrain pour être vraiment un bon ingénieur capable de travailler pour les grandes compagnies. « Le secteur pétrolier est assez particulier. Il faut des années de pratique pour être vraiment un bon ingénieur, particulièrement dans des domaines comme la sismographie. Aujourd’hui, les ingénieurs les plus réputés dans le secteur ont des dizaines d’années d’expérience ». Pour lui, le fait de former un nombre important de techniciens intermédiaires et d’ouvriers spécialisés dans certains métiers (soudure, électricité, bâtiments, électronique…) est d’autant plus important que ces derniers pourront être utilisés pour le développer d’autres secteurs (bâtiment, hôtellerie, construction métallique, construction navale…) Car, pour lui, le plus important n’est pas de trouver des travailleurs qualifiés pour l’industrie pétrolière, mais aussi de pouvoir se servir de cette main-d’œuvre qualifiée pour booster les autres secteurs de l’économie. Surtout que, pour lui, en cas de déclin de l’industrie pétrolière, cette masse de travailleurs pourra toujours avoir du travail ailleurs, contrairement à une pléthore d’ingénieurs spécialisés dans les métiers spécifiques du pétrole, qui se retrouveraient au chômage ou seraient contraints d’aller voir ailleurs.

« Il faut tout de suite commencer la remise à niveau des entreprises sénégalaises »

Malgré tout le bruit autour de l’exploitation pétrolière en vue, le Sénégal est loin d’être prêt pour en tirer le maximum de profits, en marchés pour les entreprises locales. En effet, beaucoup de possibilités seront offertes aux entreprises nationales, dans certains domaines comme la sécurité, le transport (terrestre, par hélicoptères et par bateaux), la restauration ou encore des domaines comme l’électricité, l’électronique. Mais, pour cela, il faut le respect de normes nombreuses et strictes, que nos entreprises sont actuellement incapables de satisfaire. « Pour gagner des marchés dans le secteur, il faut respecter des normes de qualité, avoir des certifications. Et ici, aucune des entreprises évoluant dans ces secteurs (transport, restauration, sécurité…) n’a de certification, pour ne citer que cette exemple », souligne Dorival. Qui ajoute que, déjà, dans le secteur, même « le système de soumission pour les appels d’offres, qui se fait exclusivement en ligne, est si complexe, compliqué et contraignant que nos entreprises ne s’y retrouveraient pas dans leur état actuel ». Fort de ce constat, il recommande que les entreprises, potentiellement bénéficiaires de marchés dans l’industrie pétrolière en gestation, « commencent dès maintenant à se mettre à niveau », pour ne pas être laissées en rade par les concurrents étrangers déjà très expérimentés dans le secteur.

Mbaye THIANDOUM

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