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Les vérités de Oumou Wane à une presse poubelle au sénégal.

Marième Faye, souffre-douleur ou vache à lait médiatique…(Par Oumou Wane)

vendredi 8 novembre 2013

En sortant de la charte et des principes qui régissent la presse, un journal sénégalais nous a tout simplement affligé tant l’annonce de la naissance d’un faux bébé présidentiel est énorme et devient carrément gigantesque lorsque la maman extraterrestre, supposons-le, arrive à accoucher entre deux meetings en gambadant et sans n’avoir jamais été enceinte ! Waouh ! La Superwoman !


Honte et gêne nous écrasent depuis l’aube et nous laissent sans voix, les yeux rivés aux souliers. Nous, ce n’est pas la presse en général mais celle particulière, espace infesté de malotrus dont les faits d’armes s’égrènent à longueur de journée sans que rien n’y fasse ! Les derniers mohicans du milieu qui devraient pourtant moraliser les nouveaux gladiateurs de la plume ne disent rien et nous laissent faire par dépit parce que les dérapages sont tels que les bras leur en tombent !

Nous voilà donc condamnés au discrédit puisque esclaves de l’envie effrénée de publier, course pour le fric, les boyaux sens dessus dessous et le cœur en tachycardie dès l’idée du scoop. Feux follets et incapables de résister car du succès de la Une du matin dépend la lourdeur de la poche le soir. Comme disait Oscar Wilde ‘’ la meilleure façon de résister à la tentation c’est d’y céder’’, n’est-ce pas ? Et tous les matins, imbus d’une puissance factice, nous titrons et titrons sans penser une seule seconde que nous diffamons, que nous détruisons la vie de pauvres gens qui n’ont rien demandé, que nous laminons des familles et comble du comble nous moralisons à tout va une société qui a cessé de croire en nos simagrées depuis fort longtemps mais puisqu’elle s’ennuie et qu’elle se lève tôt, elle s’amuse de nos revues de presse théâtrales et de nos articles vernaculaires.

Faute de grives, l’on mange des merles ! Personne ne nous aime mais chacun attend avec délectation nos coups fourrés matinaux en espérant y voir un ennemi décoiffé pour se pimenter sa journée ! Sacré pays de la Téranga, as de la fausse dialectique et du faux-semblant. Bref ! Je n’ose pas dire réveillons-nous avant qu’il ne soit minuit, cette belle expression ayant coûté cette semaine plusieurs grades à une autorité. Disons tout simplement, regardons nous dans le miroir et analysons ce qu’il nous renvoie ! L’image d’une presse cruelle sans foi ni loi, si ce ne sont celles de l’argent, gagné facilement à coups de chantage, d’intimidation ou de protection d’un individu. Qui sommes-nous pour violer la vie privée d’honnêtes citoyens ? Pourquoi de leur malheur fait-on notre beurre et notre fonds de commerce ? Désormais, quiconque peut se lever, se décréter journaliste sans n’avoir jamais vu un amphi, créer son organe réel ou virtuel et sauter dans le bain le mors aux dents pour gagner sa purée de vie si rêche comme le boutiquier du coin.

Disons-le clairement, les modèles ou anti-modèles de nos jeunes guerriers ont tous réussi, le journalisme menant à tout sous nos cieux…4X4, villas cossues et cartes de visite…

Tous les signaux de la corporation sont au rouge depuis, le fioul nécessaire des ainés étant tombé en délestage. Pourtant si le courant arrivait un tant soit peu à irriguer les cadets des valeurs cardinales de ce métier noble de journaliste, l’on n’en serait pas là mais vu que presque tous ont déserté pour se dorer ailleurs, la corporation est nue ! Oh là là ! Il est urgent que les aînés du métier, si tant est qu’ils sont encore un chouia respectés, appellent solennellement les acteurs du secteur à réfléchir ensemble pour donner un coup d’arrêt aux dérives. Scabreux tout ça ? Tout est scabreux ici et hallucinant. On exerce ce métier à notre manière, culturelle et pas intellectuelle et surtout je m’en fous la mort puisque personne ne nous poursuit ou alors à reculons de peur des échos de nos grands cris d’animal blessé et offensé dès que l’on nous touche.

Lorsque les bornes sont dépassées, il n’y a plus de limite disait De Gaulle. Chez nous les bornes on ne connaît même pas, les trottoirs encore moins, les limites ça veut dire quoi ?

Ca fait désordre tout cela, et le désordre on le retrouve partout et dans tous les domaines, tant nous sommes réfractaires à l’ordre, à l’organisation et que de par notre comportement nous démolissons tout ce qui est bon pour nos pauvres âmes. Tiens un conte wolof qui illustre bien cette légèreté et notre faiblesse devant l’argent :

‘’ Béne serigne lawone ak talibém ; talibé bi lebko 500 frs, serigne bi diokh ko ba paré néko bouko joué PMU you kharam yoyou. Talibé bi dém joué, gagné, indil lép Serigne bi. Serigne bi compté compté, bamou matt 5 millions rek né talibé bi : khana ordre bi nga diapp ? Talibé bi nekko waw !!!! Mouneko kharamoul, Yallah désordre lay bagnnn….

Puisque le désordre est à l’ordre du jour, voici donc dans le désordre et sans être exhaustif les serial killers qui gangrènent notre société : cupidité, jalousie, hypocrisie et manigance. Ces quatre sœurs sont des quadruplées et mères de tous les vices. A cause d’elles nous franchissons toutes les barrières, hautes ou basses, telles des antilopes, pour asséner le coup fatal à notre proie.

Ces ‘serial killers’ citées plus haut ne sont pas supportables, mais nous nous en accommodons bien. Elles sont parfois drapées derrières des sourires mielleux pour nous endormir. D’autres fois, elles sont dégainées comme des armes de poing et dès lors deviennent criminelles.

Le développement aime l’ordre, la Chine et la Corée du Sud ne se sont développées qu’en cultivant le sens de la rigueur, du civisme et du travail en bannissant le désordre. Notre presse vit au jour le jour et est en train de mourir tout bêtement parce qu’elle est tombée dans le piège tendu par une société passive qui encaisse toutes ses surenchères et avale toutes ses couleuvres pour mieux la tuer. Aux ainés de la profession, réveillez-vous pour remettre tout ce beau monde sur le droit chemin !

oumou wane 2Par Oumou Wane

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