Une promesse très chère
« Un jour de 2009, raconte-t-il, un homme portugais est venu organiser un test dans l’académie de foot de Dakar, où je m’entraînais. » Moussa – qui a appris le ballon rond « dans la rue, comme tous les Sénégalais » – est « retenu » avec deux autres ados. En échange d’une avance de 5.000 €, on lui promet un contrat pro dans un club de Porto. Moussa, dont l’idole est El-Hadji Diouf, qui joue en Angleterre, convainc l’un de ses frères d’hypothéquer la maison de leurs parents décédés pour récupérer l’argent. Avec la promesse de rembourser très vite le prêt une fois le contrat signé. Mais, arrivé au Portugal, il déchante. Installé dans un « hôtel de passe », il s’entraîne une dizaine de jours avec une équipe de 3e division.
Mais l’homme qui l’a fait venir disparaît, l’hôtel lui demande de partir et le club dit ne pas pouvoir le prendre avant le mois d’août. Moussa dort dans le métro avant d’être hébergé par une restauratrice à qui il donne des coups de main. En janvier, il appelle une « connaissance » à Paris qui lui paie un bus jusqu’à la capitale française. Depuis, son ami est parti aux Etats-Unis. Moussa vivote, bien malgré lui, dans les rues. « Mon destin n’est plus entre mes mains, regrette-t-il, la voix étranglée. L’homme qui m’a escroqué m’a fait perdre beaucoup de choses : mes études – je voulais devenir comptable – et ma famille. » Car Moussa n’ose pas appeler ses frères et sœurs. « J’ai peur, ils vont perdre la maison. Je me sens fautif d’avoir insisté… Tout est flou devant moi… » Celui qui est sans-papiers depuis dix jours compense son désespoir par l’effort : « Quand je m’entraîne, je ne sens plus le poids du monde peser sur mes épaules. »
