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Moustapha Niasse : « Si je suis élu, je serai un président de transition pour un mandat de cinq ans »

mercredi 22 février 2012

Toute cette semaine, les candidats à la présidentielle de ce dimanche 26 février au Sénégal s’expriment sur RFI. Moustapha Niasse, le vétéran de l’opposition a travaillé avec les trois premiers présidents du Sénégal : Senghor, Diouf et Wade, dont il fut durant un an le Premier ministre. Aujourd’hui, il brigue la première place. En 2007, comme en 2000, il était arrivé en quatrième position. Il était l’invité d’Olivier Roger, ce mercredi 22 février 2012.


Moustapha Niasse, les derniers jours de campagne ont été marqués par une vive tension sur l’ensemble du pays au Sénégal. Pouvoir et opposition s’accusent de provoquer le chaos. Est-ce que vous pensez, Moustapha Niasse, que le vote pourra se dérouler dans de bonnes conditions dimanche ?

Moustapha Niasse : Rien n’est encore sûr. Et je pense que les deux jours qui vont s’écouler là, vont être décisifs. Alors si le président maintient sa candidature, je ne sais pas dans quelles conditions va se dérouler le scrutin, va se dérouler ce scrutin. Vous savez, la tension est très vive actuellement au Sénégal. Et l’affaire n’est plus une affaire de parti ni de coalition, ni même de la société civile. C’est la jeunesse sénégalaise qui se lève aujourd’hui et qui dit non à un troisième mandat de Wade. RFI : Certains candidats, comme Cheikh Bamba Dièye ou Idrissa Seck, ont clairement pris le parti de la rue, appelant à des manifestations continuelles. Que pensez-vous de cette stratégie ? Ecoutez l’entretien 22/02/2012 - Invité Afrique Moustapha Niasse, ancien Premier ministre, candidat à la présidentielle au Sénégal

M.N. : Vous savez, le droit de manifestation est inscrit dans la Constitution du Sénégal. Et toutes ces manifestations sont des manifestations à contenu pacifique. C’est lorsque les forces de l’ordre refusent aux citoyens sénégalais, qui marchent pacifiquement, exerçant le droit qui est le leur et qui est reconnu par la Constitution, lorsque les forces de l’ordre chargent les manifestants, c’est là qu’il y a un problème. Mais les manifestants ne manifestent jamais de manière violente. Donc, on ramène toujours la responsabilité de cette situation à ceux qui donnent des ordres, c’est-à-dire le ministre de l’Intérieur, en particulier son président.

RFI : Moustapha Niasse, sur un plan politique, est-ce que le fait que l’opposition parte désunie à cette élection présidentielle ne va pas faciliter la tâche au président sortant ?

M.N. : Non, il n’y a pas désunion. Il y a diversité. Qu’il y ait quinze ou vingt candidats de l’opposition prouve simplement la richesse du Sénégal.

RFI : Mais il va y avoir un émiettement des votes.

M.N. : Ce n’est pas impossible. Mais la totalisation des votes qui vont vers les candidats de l’opposition, c’est quelque chose que le candidat d’en face ne recevra pas. Je ne parle pas de Wade, parce que pour moi il ne doit pas être candidat. Il ne peut pas être candidat. Il n’a pas le droit d’être candidat.

RFI : Si vous êtes élu, Moustapha Niasse, serez-vous un président de transition ?

M.N. : Sans aucun doute, puisque c’est ce que nous avons dit dans les recommandations des assises nationales et dans les documents de Benno Siggil Senegaal. Si je suis élu, ce sera pour un mandat de cinq ans, dont la mission fondamentale se trouve définie dans les documents des assises nationales, dans la charte de gouvernance démocratique, et dans le programme élaboré par la coalition Benno Siggil Senegaal. C’est quoi ? C’est l’institutionnel démocratique, l’équilibre des pouvoirs, respect de l’esprit de la République, bonne gouvernance, lutte contre la corruption. C’est ensuite les réformes concernant les paysans, les pasteurs, les pêcheurs, concernant les PME et PMI, concernant la reconstruction du système judiciaire sénégalais et les réformes sur l’agriculture à moderniser.

RFI : Au fond, vous préparez vous aussi, l’alternance générationnelle, comme le prône le président Wade.

M.N. : Mais il n’y a aucun problème ! Il le prône, maintenant qu’il a 90 ans ! Il n’en a jamais parlé avant. C’est de la politique politicienne.

RFI : Comment allez-vous résoudre le problème de la Casamance ?

M.N. : D’abord par une première mesure qui consiste à installer les conditions d’une vaste concertation nationale sur la crise casamançaise. Ensuite il faut ouvrir le dialogue de manière saine, pacifique et sincère, avec le mouvement des forces démocratiques de la Casamance.

RFI : Votre programme pour la Casamance ressemble exactement à ce qu’a fait le président Wade, lorsqu’il est arrivé au pouvoir. Les assises nationales, un dialogue avec le MFDC. Cela n’a pas marché.

M.N. : Non. Ce n’est pas la même chose. Le président Wade a mis la charrue avant les bœufs. Le 30 décembre 2004, il a convoqué à Dakar une conférence de signature pour accord de paix. On ne peut pas signer un accord de paix sans négociation préalable. Il a dit : à partir du février. Nous étions le 30 décembre. Nous allons ouvrir les négociations. Vous savez, dans aucun pays au monde on ne gère un conflit en signant un accord de paix pour ouvrir les négociations. Il aurait pu et dû parler d’un accord de cessez-le-feu pour commencer les négociations qui ont abouti à un accord de paix. Donc, nous ne sommes pas comme le président Wade. Il parle et ne fait rien ! Nous, nous savons ce que nous faisons. J’ai quand même conduit le processus de paix en République démocratique du Congo pendant trois ans.

RFI : Un autre problème qui inquiète beaucoup les Sénégalais, c’est celui de l’électricité. Comment vous, Moustapha Niasse, allez régler ce problème de l’électricité, qui dure au Sénégal depuis quinze ans ?

M.N. : Le déficit de l’énergie peut être résorbé progressivement. Mais pas en une fois. Le mal sénégalais, en matière d’énergie repose sur la corruption généralisée, qui marque ce domaine de l’économie sénégalaise. Le Sénégal est l’un des rares pays au monde, où le ministre de l’Energie fait fonction de directeur général de la compagnie nationale d’électricité. Autrement dit, aucun contrat ne peut être négocié et aucun engagement financier ne peut être signé par la Senelec (Société National d’Éléctricité du Sénégal) aujourd’hui. C’est le ministre qui signe. C’est lui qui décide, avec tout ce que vous imaginez en dessous de table, comme magouilles, combines, détournements de fonds. Ceci est clair ! Je l’ai dit ! Je le dis depuis quatre ans !

RFI : Quand vous étiez Premier ministre vous n’aviez pas pu arranger les choses ?

M.N. : Moi, je suis resté Premier ministre onze mois, juste le temps d’une gestation d’un bébé dans le ventre de sa maman, plus deux mois. Il n’y a assez de temps pour s’occuper de ces questions.

RFI : Si le président Wade est élu, au lendemain du 19 février, reconnaîtrez-vous sa victoire ?

M.N. : Jamais ! Je ne pourrais reconnaître la victoire d’un candidat qui aura violé la Constitution de son pays, en étant en fonction là-bas, au sommet de l’Etat, violant, violant – je dis bien de manière flagrante – une disposition de la Constitution qui lui interdit un troisième mandat. Jamais, jamais ! S’il se déclarait élu, dans cette hypothèse ubuesque, jamais je ne reconnaîtrai son pouvoir ni sa victoire, puisque je conteste déjà dans le fond, le fait même qu’il se présente pour un troisième mandat.

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