Accueil du site > Politique > Pape Samba Mboup sur les violences : « Le Président souffre »

Pape Samba Mboup sur les violences : « Le Président souffre »

vendredi 3 février 2012

Il avait pris du recul par rapport à ses activités au Palais. Il avait observé un silence par rapport à certains évènements comme l’affaire Barthélémy Dias. Aujourd’hui, le chef de cabinet du président de la République a repris service, mais aussi la parole. La situation politique marquée par des violences et la candidature contestée de son mentor l’oblige à sortir de sa « réserve ». Papa Samba Mboup prône le dialogue entre le pouvoir et le M23.


Quelle lecture faites-vous des évènements qui se passent dans le pays depuis le 27 janvier dernier ? Ce qui se passe au Sénégal, tout le monde le sait. Il y a depuis un certain temps une série de manifestations qui ont malheureusement en­traîné des dommages. Il y a eu des pertes en vies humaines, des gens qui ont été bléssés. Nous le regrettons profondément. C’est une chose que nous ne souhaitons pas dans ce pays. C’est la raison pour laquelle je pense que les gens doivent se parler. (Il insiste). Il faut que les gens s’asseyent autour d’une table, de quelque bord qu’ils se situent, qu’ils se parlent pour qu’on sorte de cette situation. Une situation qui n’honore pas le Sénégal, qui fracasse la vitrine sénégalaise. Parce que le Sénégal a toujours offert au monde le visage d’un pays paisible, démocratique. Et ce qui se passe ici, actuellement, est regrettable. L’opposition demande au Président de ne pas se présenter. Est-ce que vous mesurez les conséquences ? Wade, faisant partie du parti majoritaire, du parti au pouvoir et ils veulent qu’il retire sa candidature ? Ce qui signifie que le Pds n’aura pas de candidat. Nous allons assister alors à un tsunami que je pourrais appeler double M23. Parce que les militants du Pds n’accepteront pas, en tant que parti organisé, représentatif, un parti de masse, un parti au pouvoir, le fait de ne pas avoir de candidat pour ces joutes électorales. Donc ce que veut l’opposition, c’est que le Pds n’aille pas aux élections. Ce qui est impossible ! Maintenant, le problème est là et il faut s’asseoir et négocier.

Justement, au-delà de cet appel au dialogue que vous lancez, si aujourd’hui vous aviez des responsabilités à situer, quelles seraient-elles ? Nous autres hommes politiques, que ça soit ceux de l’opposition ou ceux du pouvoir, nous tous, sommes fautifs. Nous avons laissé venir les choses. C’est de notre faute à nous les politiciens parce qu’on ne se parle pas. Combien de fois Wade leur a-t-il tendu la main ? Certains ont même calculé le nombre de fois qu’il a appelé au dialogue.

L’opposition a toujours soutenu que ces appels n’ont jamais été sincères ? Mais comment peuvent-ils dire que ces appels n’étaient pas sincères s’ils ne répondent pas au dialogue ? Ce sont des préjugés. Tant qu’il y a des prejugés, les gens ne pourront pas se parler. Qu’on enlève les prejugés, qu’on mette en avant les intérêts du Sénégal, que les gens s’asseyent et qu’ils se parlent. Dire que je n’ai pas confiance, est-ce qu’il ne va pas me tromper… Quand on veut régler un problème, on doit faire table rase de toutes ces choses-là et n’être animé que par sa bonne foi.

Aujourd’hui, en tant que conseiller du Président, quel est son état d’esprit ? En principe cela ne fait plaisir à personne qu’une personne perde la vie. Je sais qu’il est affligé parce qu’il est le Président du peuple sénégalais. Donc quand un membre de ce peuple est victime d’agression, il le ressent.

Mais il parle de « petite brise » et pas d’« ouragan ». (Très amer, il cherche les mots) Non, ça ce sont les gens… C’est-à-dire, il faut savoir… je vois que… Il faut savoir être un intellectuel pour comprendre Me Abdoulaye Wade.

Qu’est-ce qu’il faut entendre par « brise » alors ? Par brise ? Ecoutez, moi je ne suis pas dans sa pensée. Mais je sais que s’il l’a dit – parce que je l’ai entendu dans la presse -, ce n’est pas dit dans le sens où vous voulez le situer. Moi, je sais qu’il souffre. Il souffre. (Il l’exprime avec peine).

Il souffre de cette situation ? Il souffre de la situation du pays. Il souffre du fait qu’à chaque fois qu’il y a manifestation, il y ait mort d’homme.

Mais malgré tout, il persiste à vouloir se présenter… Parce que vous ne voulez pas que le Pds aille à l’élection présidentielle ? Dites-moi quelle solution il faut trouver.

Vous dites que l’opposition ne souhaite pas que le Pds ait un candidat. Elle était d’accord pour un autre du Pds quand même… Pourquoi l’opposition doit-elle proposer un autre candidat ? Je vous demande pourquoi ? Pourquoi voulez-vous que Abdoulaye Wade propose un candidat à sa place, alors que le peuple en redemande, alors que son parti l’a mis encore devant et investi ? Vous savez, je vais vous faire une confidence. Si moi j’étais constitutionnaliste, on parle entre intellectuels, la limitation des mandats… (il hésite un peu). Cette limitation est anti démocratique.

En quoi l’est-elle ? Parce que je pense que tant que le peuple a besoin de quelqu’un, on ne peut pas lui priver de cet homme-là. Normalement.

Mais le Président lui-même a dit que … (Il coupe) Non, non. Je veux dire qu’en principe, ce que le peuple veut, c’est ce qu’on doit faire. Et actuellement, le peuple en veut encore.

Quel peuple justement monsieur le ministre ? Mais tout le monde.

Mais il y en a qui manifestent ? Ceux qui manifestent, ce n’est pas le peuple. Le Sénégal fait 12 millions d’habitants. Il y en avait 3 000… de toute façon, ça compte. Meme s’il y a dix personnes, ça compte. Quand deux personnes, dix personnes, disent qu’elles ne sont pas d’accord, on doit s’arrêter pour voir pourquoi elles ne sont pas d’accord. Je ne minimise pas mais il ne faut pas non plus grossir les choses en disant « le peuple ».

Vous avez dit tout à l’heure que le Président souffre, que le peuple… Bien sûr. Le peuple sénégalais oui. Et c’est le même peuple qui… ? Ah non. Ce n’est pas ça. Les gens qui ont assassiné par exemple le po­­­licier (Fodé Ndiaye). Vous avez vu les images de même que l’accident qu’il y a eu à la dernière manifestation lorsque l’étudiant a été heurté. Cela m’a fait mal aussi. Et je m’incline devant la mémoire de ces personnes. Ce sont des martyrs.

Qui sont ces martyrs ? Des gens qui sont morts parce qu’ils défendaient une cause qu’elle soit vraie ou… ça dépend du côté où l’on se trouve. Donc, les gens avec lesquels ils défendent une cause peuvent voir en eux des martyrs.

Aujourd’hui, il y a des voix qui s’élèvent pour dire que la meilleure solution pour que la paix revienne au Sénégal, c’est le départ du Président. C’est aussi l’avis de certains chefs religieux ? Quels chefs religieux ?

La famille de Médina Baye par exemple… Oui, vous avez dit les chefs religieux. C’est ça les chefs religieux ? Qui d’autres ?

Léona Niasséne et aujourd’hui encore les imams Quels imams ?

L’Association des imams et prédicateurs du Sénégal… Moi, je connais bien les imams. C’est moi qui gère les imams de ce pays-là. C’est moi qui leur donne leur pécule pendant la korité et la tabaski. Je connais les imams.

Qui sont-ils ? Les imams qui sont inscrits, ceux qui veulent le retrait de sa candidature.

Au-delà des imams, il y a la communauté internationale, notamment la France et les Etats-Unis. Cette affaire, je la laisse au ministre des Affaires étrangères. Moi, je ne suis pas habilité à donner mon opinion dans cette affaire. Le ministre des Affaires étrangères a déjà donné sa réponse. Et cette réponse me suffit. Cette ré­ponse honore les Sénégalais. Parce que j’ai en­ten­du les Sénégalais féliciter dans la rue Ma­dické Niang pour dire « toubab yii dagnou gnoo yab » (ces toubab-là ne nous respectent pas). Effectivement, nous sommes assez grands pour régler nos propres affaires. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes ici.

Avez-vous parlé au Président depuis que les évènements ont éclaté ? Le Président, je parle toujours avec lui.

Qu’est-ce que vous lui dites ? Je ne peux pas vous dire ce qu’on lui dit. Je ne serai pas digne à la place où je suis si je vous dis ce dont je discute avec le Président.

Mais est-ce que vous êtes au courant qu’actuellement à Tivaouane, il a été hué par les populations ? Il n’a pas été hué par les populations. C’est l’opposition qui a peut-être manipulé des gens pour le huer. Ce sont toujours des jeunes. Moi je sais, j’ai fait l’opposition quand même. Ce sont toujours des jeunes.

Est-ce toujours l’opposition qui hue Wade ? Mais l’opposition ne fait-elle pas partie du peuple ? Je vous demande si oui ou non l’opposition fait partie du peuple ? Est-ce que c’est un monde à part ? Ecoutez, je ne suis pas là pour faire des analyses. Je vous dis mon opinion. Je suis pour la paix. Je suis pour la sérénité. Je suis pour la démocratie. Et donc, j’appelle les différentes parties à se mettre autour d’une table et à se parler.

Peut-on s’attendre un éventuel retrait de la candidature du Président ? (Amer et silence) Vous êtes venus avec une idée arrêtée du genre : « Retrait du Président ; retrait du Président. » Aller interviewer le Président ! L’opposition dit qu’elle est majoritaire, elle ne veut pas que Wade se présente. Puisqu’elle est majoritaire, elle n’a qu’à mettre fin à son règne par les bulletins de vote. C’est tellement facile.

Etes-vous pour le report de la Présidentielle ? Je ne fais pas partie de ces gens qui parlent de report. Je parle de consensus, de dialogue, de réconciliation.

Etes-vous d’accord qu’on reporte et qu’on négocie ? Je ne suis pas habilité à en parler.

Puisque le Président persiste, est-ce que cela ne voudrait pas dire qu’il n’y a pas un autre candidat possible pour le Pds ? Je n’en sais rien du tout.

Il n’y a pas que le Président qui est là ? Je n’ai pas dit qu’il n’y a que lui. Je ne suis pas à un niveau de responsabilité pour savoir ce qui se passe à un certain niveau. C’est étagé.

Vous aviez observé un silence. Et voilà aujourd’hui que vous êtes de retour… Mais mon silence est tout simplement dû au fait que je n’avais rien à dire. Maintenant, comme je vois que les choses commencent à être sérieuses, je me lève parce que je suis un homme de paix. Je suis prêt à prendre mon bâton de pèlerin pour que les gens s’asseyent autour d’une table et se parlent. Parce que ce n’est pas bon. Vous croyez que cette situation me fait plaisir. J’ai ma fille qui est là, elle va à l’Université. Elle ne va plus à l’école depuis des mois. Chaque jour, je me lève, je la vois, elle ne fait rien. Il y a les grèves, il y a la situation…

Votre silence, c’est aussi dans l’affaire Barthélémy Dias qui a fait du bruit ? Je ne me prononce pas parce que c’est une affaire qui est entre les mains de la Justice. On attend que la Justice fasse son travail. En ce moment, on pourra en parler.

lequotidien.sn

Répondre à cet article