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REPORTAGE - Fermeture de la frontière avec la Guinée : Avec ébola, Sandiniéry n’a pas la banane

vendredi 25 avril 2014

La fermeture de la frontière entre le Sénégal et la Guinée a des conséquences néfastes sur le marché sénégalais. A preuve, depuis quelques semaines, les marchés aux fruits de la capitale ne reçoivent plus de marchandises en provenance de la Guinée, créant ainsi une pénurie de certains produits.


Un malheur n’arrive jamais seul. Les conséquences de la fièvre ébola ne sont pas que sanitaires. L’économie sénégalaise commence à en pâtir. Les importations en provenance de la Guinée sont quasi paralysées. Au marché Syndicat de Pikine, dans la banlieue dakaroise, les commerçants ont le moral aux talons. Jadis, les lieux grouillaient de monde, les camions remplis de marchandises. Mais ce samedi 19 avril, c’est l’inverse. Il est 11 heures 30 minutes. Marchandes et marchands se font désirer. Seuls trois camions en provenance du Mali et de la Casamance et quelques chariots motorisés, stationnés au bord de la route, meublent le décor. « Depuis quelques semaines, les marchandises en provenance de la Guinée se font rares. Les mangues devaient commencer à inonder le marché. Mais à cause de la fermeture de la frontière, beaucoup de marchandises ne viennent plus. Ce qui fait que les commerçantes et commerçants, qui s’approvisionnent ici, ne viennent plus », explique Khadiatou Sylla. La gérante d’étal au marché Syndicat, d’origine guinéenne, d’ajouter : « Nous sommes en face d’un dilemme. La fermeture de la frontière est salutaire. Car c’est une mesure préventive. Mais elle nous cause du tort. Cette fermeture a entraîné un manque à gagner de plusieurs millions de francs Cfa. Plusieurs familles vivent directement ou indirectement du commerce dans ce marché. »

Chiffres d’affaires en baisse

La majeure partie de l’huile de palme qui se vend sur le marché est importée de la Guinée, selon les commerçants. Mais depuis bientôt deux mois, les importations sont quasi nulles. Ceux qui ont épuisé leurs réserves n’arrivent plus à s’approvisionner. Et Moussa Bangoura de prédire : « Si cette situation perdure, il y aura une rupture de stocks. Ce qui sera très dommageable pour nous commerçants et les consommateurs. » « Je rentrais avec un chiffre d’affaires quotidien, qui tourne autour de 30 000 francs. Depuis que la frontière est fermée, je ne me retrouve qu’avec 5 000 francs ou moins dans les caisses. Avant-hier, je n’ai pu récolter que 2 000 francs. Vraiment la fièvre ébola est en train de nous causer un énorme préjudice », s’emporte Cheikh Guèye. La psychose que cette maladie a suscitée dans l’esprit des Sénégalais complique la tâche aux vendeurs pour écouler les mangues et autres fruits en provenance du Mali et de la Casamance. En effet, les Sénégalais sont devenus même réticents à se procurer ces fruits. Les parents dissuadent leurs enfants de ne pas s’en procurer à cause d’ébola. Il y a des personnes qui affichent une certaine appréhension de se payer ces mangues croyant qu’elles proviennent de la Guinée Conakry. Au-delà des mangues, la cola importée de la Guinée Conakry n’est plus visible sur les étals. Profitant de la rareté de ce produit prisé par les Sénégalais, ceux qui en disposent augmentent le prix. « Chaque vendredi, le marché était envahi par des remorques qui arrivent de la Guinée déchargeant des tonnes de colas. On n’en trouve presque pas par ces temps qui courent. La cola est devenue une denrée de luxe », narre un commerçant sénégalo-malien. Les yeux rivés sur sa table jonchée de noix de colas, Bakary Traoré indique que « le prix du panier de cola est passé de 70 mille à 100 mille francs Cfa. Ça fait l’affaire des grossistes qui avait réussi à conserver des stocks de ce produit qui vient de la Guinée Conakry ». Le même cas de figure est noté dans la vente de cure-dents, ainsi que de café noir. « A cause de la fermeture, les cure-dents se raréfient », remarque Tapha, une caisse de cure-dents en bandoulière.

Les dockers se tournent les pouces

Les vendeurs ne sont pas les seuls à se plaindre de cette situation. Les activités des dockers sont également au ralenti. Regard perdu, Binoclard, un jeune docker, ne sait plus à quel métier se vouer. « Nous étions suffisamment sollicités par les camionneurs. Nous travaillions 7 jours sur 7. Maintenant ce n’est plus le cas. Les camions ne viennent plus comme avant », se plaint-il. Son collègue Malick Yade dit être maintenant dans une période de vaches maigres, à cause de la fermeture de la frontière. Pour chaque camion déchargé, les dockers encaissent 40 000 francs. Ils opèrent par groupes de cinq ou plus. « C’est un métier rentable, mais actuellement affecté par ébola », ironise Malick Yade.

Le Quotidien

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