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Reportage à Bango : Une féminisation de l’armée sénégalaise en marche

dimanche 24 février 2008

Après les premiers jalons de la féminisation des Forces armées sénégalaises posés en 1984 par l’accueil de filles à l’École militaire de santé, et à la Gendarmerie en 2006 avec sa première promotion d’élèves sous-officiers, c’est cette fois-ci l’étape du recrutement par appel ouvert aux jeunes filles sénégalaises. Pour cette année, ce sont 130 filles qui ont été réparties dans 4 compagnies au 12e Bataillon d’instruction de Dakar-Bango (ville de Saint-Louis). Reportage.


Une page importante de la vie de nos institutions vient d’être ouverte, donnant ainsi à notre armée un visage moderne. L’ambiance que ce processus a nouvellement créée a suscité dans le centre d’instruction de Dakar Bango (Saint-Louis), va bientôt gagner toutes les casernes militaires de notre pays. En effet, ce sont des filles bien intégrées et adaptées, réparties dans les quatre compagnies du 12e Bataillon de Dakar Bango pour les besoins de leur formation initiale du combattant assurée conjointement par l’encadrement traditionnel du 12e Bataillon d’instruction et des élèves sous-officiers gendarmes, que nous avons trouvées en instruction.

Déjà en bivouac depuis le 18 février dernier au champ de tir de Ngalène, les filles du contingent 2008/1 ont bien démontré par leur classe que la féminisation de l’armée est d’ores et déjà réussie. Il faut noter que cette réussite est le fruit d’un long processus de préparation par le commandement. « L’étape finale du recrutement a été précédée par l’adaptation des textes réglementaires à la nouvelle situation, la définition des cadres d’emploi et la levée des contraintes infrastructurelles », a noté un communiqué de presse fourni par la Direction des Relations Publiques des Armées (Dirpa), à l’occasion.

C’est dans ce cadre qu’une cellule de suivi de la féminisation est créée pour suivre le processus d’intégration des femmes au Centre d’Instruction. Elle sera chargée d’en tirer tous les enseignements. La cellule s’occupe de l’incorporation et de la formation tout en suivant les conditions d’hébergement, la cohabitation hommes-femmes, l’encadrement et les questions d’intégration et de santé. Sous ce rapport, l’encadrement est unanime à reconnaître que « la cohabitation ne souffre d’aucun impair ». C’est dans cette perspective que « durant les activités d’instruction de la journée, les femmes-soldats restent dans les différentes compagnies avec les hommes sous la supervision des cadres ».

Les filles (appelées garçons de quartier par le commandement) prennent le petit-déjeuner au réfectoire du quartier des femmes situé avant l’entrée du 12e Bataillon. Elles prennent le déjeuner et le dîner ensemble avec les garçons dans les réfectoires des compagnies selon les dispositions de leur calendrier de travail. Mais au soir, à la fin de l’instruction, les femmes-soldats regagnent leur quartier sous la supervision des femmes gendarmes.

De vraies lionnes à l’œuvre

Seulement, la détermination et la hargne démontrées par ces jeunes femmes en instruction prouvent à bien des égards que « la compétence n’est pas exclusivement du domaine des hommes ». Même si elles sont dispensées de la « table irlandaise », du « mur d’assaut », « des gaies » (du fait des écartements) et du « fossé du lion » sur le parcours du combattant, pour raisons de sensibilité, les femmes-soldats franchissent avec succès, au même titre que les hommes, tous les autres obstacles du redoutable parcours de 500 mètres de long. Au total, ce sont 20 obstacles à franchir, mais les filles sont dispensées de 4 d’entre eux, selon les explications du Sergent-chef Ibrahima Diop, Moniteur chef du 12e Bataillon d’instruction.

Dans cette matinée du vendredi 22 février, les « garçons de quartiers » (nom donné aux filles par les instructeurs), bien au pied, prennent d’assaut les différents obstacles du « mythique » parcours du combattant. De l’échelle de cordes avec sa hauteur de cinq mètres, aux poutres jumelées et aux fils enjambés, les filles rampent avec une charmante finesse comme au champ de bataille, sous des fils disposés à une certaine hauteur au-dessus de leur corps. Contournant les gaies, elles s’élancent vers le spalier avant d’escalader la poutre d’équilibre au trot et d’affronter l’échelle verticale des rails.

Par la suite, elles passent en dessus dessous de petites haies, contournent la « table irlandaise » que des garçons ont même du mal à franchir, et le « mur d’assaut », ainsi que le « fossé du lion ». Bien plus, elles passent par le mur d’escalade, la chicane et les trois petits fossés à sauter. Pour réussir le test et obtenir 20 sur 20 en notation au parcours, il faut franchir tous les obstacles dans les 3 minutes, ont signalé l’encadrement. Auparavant, trouvées à l’œuvre au champ de tir de Ngalène où la 21e compagnie était en bivouac, à quelques encablures de Bango, les filles ont aussi démontré leur classe.

La vie en bivouac

En quittant Bango, après quelques dizaines de minutes, le bus bifurque à droite à hauteur d’un tableau indiquant l’école Marie, et longe une petite piste qui file droit au champ de tir de Ngalène. Sous les herbes, ou sur les arbres, ou encore tapi dans des fossés creusés au sol, on aperçoit difficilement des soldats en pleine instruction, comme sur un vrai champ de bataille. Au loin, on aperçoit des cibles disposées sur une rangée. « Nous sommes ici en bivouac dans le site de Ngalène qui englobe le champ de tir où 259 soldats femmes et hommes de la 21e compagnie s’exercent au tir.

Cette sortie a pour but de familiariser ces jeunes soldats à la vie en campagne et de leur donner l’occasion de restituer les attitudes élémentaires réflexes du combattant qui sont déjà apprises pendant deux mois. Le principal objectif est donc de les habituer aux réalités de la vie en campagne qui est différente de la vie menée dans les casernes. Après ceci, pour tester leur valeur physique, elles seront soumises à une marche de près de 20 kilomètres pour retourner à Bango. Présentement, il y a 29 filles qui sont là et qui se comportent très bien », assure le Lieutenant Ousseynou Cissé, chef du détachement.

Des tireurs d’élite

Après cette étape, 20 tireurs regagnent leurs armes disposées linéairement sur une longueur de plusieurs dizaines de mètres face aux cibles disposées à 100 mètres. Derrière les cibles en question, un drapeau rouge flotte pour, sans doute, prévenir du danger à s’aventurer par là, car ce sont de vraies munitions qui sont utilisées. « Position du tireur couché », répètent les soldats à la suite de l’instructeur. Ensuite, ils courent à leur position. Couchés sur le ventre, la jambe gauche allongée et la droite repliée, les soldats sont en position.

« Actuellement, vous avez une série de 20 tireurs constitués de 11 filles et de 9 garçons. Ils vont directement tirer sur les cibles, au G3, avec 8 cartouches », indique le Lieutenant Cissé. Après cela, les soldats répètent un à un le numéro de leur cible et déclarent : « Vue et prêt ». Et les tirs sont déclenchés après le signal des instructeurs. Un à un, ils vident tous leurs cartouches sur leurs cibles. « Doucement, prenez votre temps », tempèrent les femmes gendarmes qui les encadrent à l’occasion. Comme sur un vrai théâtre d’opérations au champ de bataille, le crépitement des armes couvre l’atmosphère.

A la fin de l’exercice, c’est le moment de vérifier les résultats. Ce moment est sanctionné par une véritable course de vitesse. Encore alignés, comme avant la séance du tir, les soldats sont au garde-à-vous et attendent leurs supérieurs qui scrutent les cibles pour décompter les impacts. Un à un, ils se présentent en donnant leur nom, leur section et leur compagnie. Après quoi, ils sont informés de leur performance.

Sur les onze filles, seules deux n’ont pas la moyenne, alors que les autres ont mis leurs huit cartouches dans l’objectif de leur cible. Au total, cinq tireurs ont eu 8 points sur 8. De quoi devenir de vrais tireurs d’élite. « Ils ont un instructeur spécialisé en la personne du sergent-chef Baldé pour le tir. Après avoir fait le cours ensemble, nous assurons les détails au niveau de la compagnie où nous avons le rôle de compléter, car il y a des illettrés parmi ceux qui doivent tirer.

L’instructeur n’a pas le temps de reprendre à chaque fois pour tenir compte de ces cas, mais c’est à nous, au niveau de la compagnie, de reprendre le cours, s’il le faut pendant les heures d’études pour mettre le soldat dans de bonnes conditions. Il y a toujours une séance de révision pratique pour eux, le jour de l’exercice du tir », explique le Lieutenant Cissé. Selon lui, pour être un bon titreur, il faut respecter les règles de tir et les consignes pratiques de l’instructeur. Et de noter qu’en instruction, les soldats ont besoin au minimum de quatre séances de tir.

source : sudquotidien

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