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Sénégal : Macky Sall face à des défis immenses

l’Ifri, Alain Antil. Il n’y a aucune raison pour que le Sénégal ne puisse pas améliorer son agriculture, alors que celle de pays de la région comme le Mali et la Côte-d’Ivoire est plus dynamique. »

lundi 26 mars 2012

De la relance de l’agriculture à la création d’une couverture maladie universelle en passant par les promesses d’eau potable et d’électricité pour tous les villages, la tâche qui s’annonce pour le nouveau président sénégalais est énorme.


Après douze ans de pouvoir d’Abdoulaye Wade, les attentes des Sénégalais sont énormes. Le nouveau président, Macky Sall, qui a remporté dimanche le second tour de l’élection présidentielle en est conscient. « L’ampleur de cette victoire aux allures de plébiscite exprime l’immensité des attentes de la population, j’en prends toute la mesure, a-t-il déclaré dans sa première déclaration publique après son succès. Ensemble, nous allons nous atteler au travail. »

Parmi les « urgences » de Macky Sall figure la question de la situation alimentaire, alors que plus de 800.000 Sénégalais sont menacés de famine dans le nord du pays. Dans ce pays « qui va très mal », comme l’affirmait Macky Sall durant la campagne, la baisse des prix des denrées de première nécessité est en tête de liste des mesures promises.

Avec les femmes et les jeunes, le monde rural a été brandi comme l’une des grandes priorités de Macky Sall pour accompagner le pays sur le chemin du développement. Le monde rural devrait se voir doter d’un investissement massif de 2.000 milliards de francs CFA (3 milliards d’euros). Le modèle économique du pays n’est « pas suffisamment productif pour nous permettre de créer les emplois et les richesses nécessaires à notre développement », justifie Macky Sall. Il a aussi promis l’accès à l’eau potable et à l’électricité pour tous les villages et la création de 10.000 emplois par la mise en place de centres d’agro-business dont le rôle sera d’aider et de former les paysans. « Bien que plus de 60 % de la population active soient dans le secteur primaire, le pays importe massivement du riz alors que certaines terres ne sont pas encore exploitées, analyse le directeur du département Afrique de l’Ifri, Alain Antil. Il n’y a aucune raison pour que le Sénégal ne puisse pas améliorer son agriculture, alors que celle de pays de la région comme le Mali et la Côte-d’Ivoire est plus dynamique. » Le défi ne sera pas facile à surmonter. Il faudra redonner confiance aux agriculteurs sénégalais qui multiplient les activités dans le transport ou l’artisanat pour éviter de miser tous leurs revenus sur la seule agriculture. Il faudra compter aussi avec les importateurs. « Le Sénégal importe des produits agricoles et céréaliers via quelques grands importateurs qui financent la vie politique, poursuit Alain Antil. Il faut évidemment intégrer cette donnée à la réflexion. »

D’autres investissements de « rattrapage » sont à l’ordre du jour. Ils devraient se concrétiser par la construction de 6 pôles de développement économique, par un fonds souverain doté de 250 milliards de francs CFA (380 millions d’euros) pour renforcer les moyens capitalistiques des entreprises et industries à haut potentiel (cimenterie, BTP, agro-industrie, télécoms, assurance, etc.) ou encore par une priorité accordée au secteur électrique pour remédier aux délestages.

A la différence d’Abdoulaye Wade qui avait ciblé sa campagne sur les infrastructures, Macky Sall a largement insisté sur le volet social. Dans ce domaine, la création d’une caisse autonome de protection sociale universelle (Capsu) dotée de 120 milliards de francs CFA (183 millions d’euros) pour alimenter la couverture maladie universelle et la bourse de sécurité familiale devraient être « entièrement » financée par les économies promises sur le train de vie de l’Etat.

La bonne gouvernance et le redressement des finances publiques sont les autres « urgences » de Macky Sall. Le candidat a promis un audit des comptes de la présidence de la République et du Parlement et un gouvernement réduit - à 25 ministres tout au plus, contre une quarantaine aujourd’hui. Un premier geste attendu sur lequel les Sénégalais seront fixés dans quelques jours. MARIE-CHRISTINE CORBIER

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