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Sénégalais et/ou mondialisés ?

lundi 17 juin 2013


Cette intonation condescendante d’injonction, de sermon et de doléance enferme et corrompt le discours politique sénégalais. Elle cantonne et réduit l’analyse des politiques publiques à des revendications communautaristes, spéculatives et hypothétiques. Il faut faire, il nous faut, il va falloir. Ainsi se déclinent soumissions et critiques sans que le rapport aux interférences conjoncturelles et la mesure dans les prévisions n’en dictent l’orientation.

Communiste versus collaborateurs des impérialistes, l’après-indépendance est marquée par l’activisme socialiste scientifique dans un contexte déconnecté des enjeux et revendications prolétariennes. Tellement la prétention universaliste des valeurs nous inhibe et nous abrutit au point d’envisager, par projection, évolution et révolution des masses ouvrières dans un pays qui en compte à peine.

Le discours moralisant, parce que désincarné, parce que anachronique, tympanise et chatouille l’intelligence. Creux et désincarné, le plaidoyer du retour aux valeurs ancestrales ne tient point compte de la dynamique des mœurs en rapport avec l’organisation socioéconomique. Là où se meut la perception de l’homme vis-à-vis de son prochain, là aussi transmute la conception de l’ordre et des principes d’épanouissement individuel.

Comme pour le décréter, des activistes, nouveau genre, aliénés et conformistes, prêchent un nouveau type de sénégalais (NTS). Sous des allures anticonformistes, ils perdent de vue les conditions psychiques et matérielles de la subordination des sénégalais au niveau d’organisation familiale, aux fardeaux sociaux, à la solidarité clanique et à la sensibilité aux manifestations extérieures.

Les prédications et homélies n’y feront rien du tout ; seule la lucidité technocratique autorise le recul nécessaire. Seule la volonté politique engagera la rupture idéologique impérieuse. Seul le courage du guerrier patriote commandera le respect de la différence et le progrès social. Seuls les feux de l’âme et de la force recommanderont les sentiers propres du développement humain en terre africaine.

Les avez-vous vus réclamer leurs allégeances aux doctrines libérale, gaulliste ou social-démocratique ? Ils font honte, ils prêchent l’universalité des courants de pensée, ils n’ont que faire du péché qui suit le pêché, ils ont perdu jusqu’à la fierté qui faisait croire à leur génie. Traitrise, ignorance ou aliénation, allez savoir pourquoi l’Afrique valse, tangue, et tourbillonne au gré des maîtres-penseurs et autres maîtres-censeurs.

Pourquoi ne pas penser par nous et pour nous-mêmes ? Voilà le cadre dynamique, la sensibilité distincte, traduit dans des visions et actes politiques qui accoucheront des résolutions affranchies de toute génuflexion travestie. Quand vient le temps des félicitations supranationales sur les progrès économiques sporadiques, nous nous glorifions. Quand s’exécutent les injonctions aux replis sociaux sur nous-mêmes, nous célébrons.

Le Sénégal, par intervalle, se perd dans des illusions de conservation spirituelle intacte et se laisse divertir par des fantasmes et abstractions structurels comme pour tromper sa légèreté et ses passions aveuglantes.

Birame Waltako Ndiaye

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