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Sur les risques d’héberger un ancien chef d’Etat voisin : Babacar Justin Ndiaye alerte Macky Sall

samedi 5 mai 2012


Dans un décryptage paru dans les colonnes de notre confrère Sud Quotidien, Babacar Justin Ndiaye observateur sublime et politologue de bonne réputation revient sur les dangers à recevoir les anciens chefs d’Etat voisins avec qui l’on partage une histoire, une géographie et une culture. Le Sénégal et le Mali ont été un peuple, un but et une foi(s) ensemble. Le Président déposé Amani Toumani Touré, semble devenir un allié délicat, pour ne pas dire encombrant, aux yeux de notre historien du présent.Morceaux choisis. Le Président Macky Sall – un civil fraîchement, démocratiquement et magnifiquement élu – est-il mieux indiqué que l’officier Blaise Compaoré (hôte du Capitaine Dadis Camara) pour héberger ATT ? Le Tchadien Hissène Habré qui survit aux alternances chez nous (Diouf et Wade passés électoralement à la trappe) n’est-il pas déjà un sérieux casse-tête ? Et pourquoi pas la Côte d’Ivoire et le Bénin dont les chefs d’Etat sont respectivement Présidents en exercice de l’UA et de la CEDEAO ? Le Bénin, non frontalier avec le Mali, est assurément le meilleur pays d’accueil, au regard de la conjoncture sous-régionale.La jurisprudence camerounaise est éloquente et bonne conseillère à cet égard. En décembre 1990, Paul Bya accorda une hospitalité de quelques heures à Hissène Habré. Temps mis à profit pour convaincre le Sénégal de le recevoir. En mars 2003, la mutinerie victorieuse du Général François Bozizé obligea l’avion du Président Patassé à se poser à Yaoundé. Deuxième refus camerounais d’accorder l’asile à un second chef d’Etat déchu. Motif : le Tchad et la Centrafrique sont frontaliers du Cameroun. En politique – comme en ses variantes géopolitique et géostratégique – les sentiments, les émotions, les amitiés et les erreurs ne sont pas de mise. Car le Sénégal a son ventre voire son chancre mou (la Casamance) que tout Etat ennemi peut titiller à loisir. En 1991, le socialiste Abdou Diouf avait demandé (grosse imprudence) à la France socialiste de parachever la dynamique de la Conférence nationale souveraine du Togo, par une intervention militaire. Opération finalement annulée. Colère du dictateur Eyadema (sauvé in extremis) qui ordonna à ses services secrets, d’entrer en contact avec le Mfdc. L’objectif des barbouzes togolaises n’était certainement pas d’apprendre aux rebelles, la meilleure façon de repiquer le riz.Vigilance et prudence donc, en direction du Mali.

Dont la ville méridionale la plus excentrée (le cercle de Kéniéba) donne sur la région de Kédougou, et permet d’ouvrir un corridor de déstabilisation jusqu’au parc national de Niokolo-Koba, frontalier de la Haute Casamance ou région de Kolda. Parfaite illustration des capacités de nuisances réciproques entre pays voisins.Pour bien gouverner disait le Général De Gaulle, il faut être féru d’Histoire et friand de prospective.Une leçon dont la justesse est vérifiée en Casamance, depuis 19982, à travers les agissements des Etats voisins qui – à un moment ou à un autre – ont eu des comptes à solder avec le Sénégal : la Gambie, la Guinée-Bissau et la Mauritanie.Collé au guêpier bissau-guinéen – parfois piqué par les guêpes qui en émanent – le Sénégal n’a pas besoin d’épures, c’est-à-dire de croquis, pour savoir ce qu’il doit faire.

Car, il est l’unique membre de la CEDEAO qui subit les contrecoups des convulsions récurrentes en Guinée-Bissau. La défense effective de ses intérêts vitaux passe avant la sublimation de l’idéal démocratique. D’où l’obligation pour Dakar de ne pas accorder mécaniquement ses violons avec ceux du Bénin et du Burkina.Tout en adhérant au credo anti-putsch de la CEDEAO, le Président Macky Sall doit cultiver une bienveillance cachée à l’endroit de l’équipe militaire la moins anti-sénégalaise de l’Histoire de la Guinée-Bissau indépendante. D’autant que tout scénario de sortie de crise proposée par la CEDEAO aura des répercussions en Casamance. Si l’Ecomog commandée par le Colonel burkinabé Barro Gnibanga évacue le contingent angolais et stabilise le pays, le Sénégal se frottera les mains. Par contre, si l’Ecomog est rejetée et combattue par une partie de l’armée, le chaos (évaporation de l’Etat) s’installera en Guinée-Bissau.

Dans ce cas de figure, c’est le Mfdc qui aura, à la fois, un sanctuaire et une profondeur stratégique, pour mieux répandre l’insécurité dans le sud du Sénégal. Enfin, si l’on restaure le duo Pereira-Gomez Junior, le statu quo ante resurgira, avec des ressentiments plus forts et une volonté plus farouche de punir le Sénégal de sa collusion supposée ou réelle avec la clique militaire du Général Antonio Indjai.

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