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Violences racistes en Italie

samedi 9 janvier 2010

La tension est plus vive que jamais à Rosarno, où quatre ouvriers agricoles africains ont été agressés par des habitants de la ville, au lendemain d’un incident similaire.


Deux d’entre eux ont été grièvement blessés à coups de barre de fer, les blessures d’un d’entre eux ayant nécessité une intervention chirurgicale au cerveau. Plus tôt, deux autres travailleurs africains ont été blessés aux jambes par des tirs de fusil de chasse, à une dizaine de kilomètres de la ville.

Selon l’agence italienne Ansa, une centaine d’habitants, armés de bâtons et de barres de fer, ont érigé en soirée une barricade près d’un local où se trouvent plusieurs migrants.

En matinée, des milliers d’ouvriers agricoles africains ont manifesté devant l’hôtel de ville de cette localité calabraise pour protester contre une première agression gratuite, jeudi, de deux de leurs compatriotes.

« Nous ne sommes pas des animaux », clamaient-ils, outrés par l’attaque à la carabine contre des migrants de retour des champs par des jeunes de la région.

L’agression avait provoqué des émeutes spontanées, des dizaines de migrants africains déferlant dans les rues de la petite ville calabraise, incendiant des voitures et brisant des vitrines. L’intervention des forces antiémeutes s’est traduite par l’arrestation de sept étrangers. Selon la police, 15 émigrés et 18 policiers ont également été blessés.

La mafia bien servie par le racisme ambiant

Le ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, a mis sur pied une cellule de crise et ordonné l’envoi de renforts policiers dans la région. Ce ministre issu de la Ligue du Nord, parti xénophobe d’extrême droite, a cependant jeté de l’huile sur le feu en avançant que la violence à Rosarno était notamment due à « une trop grande tolérance face à l’immigration clandestine ».

Le chef de l’opposition de centre gauche, Pierlugi Bersani, a aussitôt répliqué en montrant plutôt du doigt le rôle joué par la mafia dans l’exploitation de milliers de clandestins et le racisme qui entretient un climat d’impunité.

Le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés a de son côté dénoncé ce qu’il qualifie de « chasse aux immigrés » et annoncé l’envoi samedi d’une mission à Rosarno. Il déplore les « conditions inhumaines dans lesquelles vivent ces ouvriers », rejoignant les avertissements répétés de Médecins sans frontières.

Bon nombre des milliers de migrants qui viennent chaque année en Calabre pour les récoltes n’ont pas de permis de travail. Mal payés, ils vivent dans des conditions rudimentaires, certains dans des usines désaffectées sans eau courante ni électricité.

Selon le principal syndicat italien Cgil, ils sont des dizaines de milliers à faire les récoltes en Calabre et en Sicile, oeuvrant au sein d’un système contrôlé par la mafia qui s’apparente à l’esclavage.

Par ailleurs, le ministère de l’Éducation a décidé de limiter à 30 % le nombre des élèves étrangers dans les classes au primaire et au secondaire. La mesure s’appliquera dès la prochaine année scolaire, mais ne concernera pour l’instant que les classes de première année de chaque palier.

Le gouvernement voit dans cette mesure qui s’adresse aux non-Italiens un moyen de « favoriser l’intégration » à la culture italienne, en tout « respect pour les autres cultures ».

« Établir un plafond de 30 % d’élèves étrangers par classe est selon moi un moyen utile pour favoriser l’intégration, car grâce à cette limite, nous évitons la création de classes ghetto avec uniquement des élèves étrangers », a affirmé la ministre de l’Éducation, Mariastella Gelmini.

L’opposition de centre gauche convient qu’il faut éviter la création de ghettos scolaires, mais craint que la mesure ne fasse qu’accroître le sentiment d’exclusion des immigrés.

On dénombre 600 000 élèves étrangers dans les écoles italiennes, dont un tiers sont nés en Italie.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Associated Press

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